Evolution des religions

Tous les sujets liés à la vie, l'oeuvre, et les enseignements de Swedenborg.

Evolution des religions

Messagepar Patrick » 13 Juin 2016 16:42

Par ‪Nicolas‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬ » Mar 10 Mai 2016

Pour faire suite au message très intéressant de Patrick, (voir forum : "Texte d'accompagnement des morts") voici une mise en perspective baha’ie* de la religion :

(*Fondée en Perse au milieu du 19eme siècle par Baha'u'llah, la foi baha’ie est la plus jeune des religions indépendantes monothéistes. Elle fonctionne sans clergé et possède un système spécifique d'administration locale et mondiale comprenant des conseils directeurs librement élus.)

La création est l'expression du mouvement. Le mouvement, c'est la vie.

La religion est l'expression extérieure de la réalité divine. Elle doit donc être vivante, vivifiée, mobile et progressive. Si elle était immobile et ne progressait pas elle n'aurait pas la vie divine, elle serait morte.

Les instituts divins sont continuellement actifs et évolutifs. En conséquence, leur révélation doit être continue et progressive.

La foi baha’ie considère la religion comme un cycle continuel, un processus organique vivant plutôt que comme une révélation figée. Chaque religion a ses saisons :

« A partir de la graine de réalité, la religion est devenue un arbre qui a donné des feuilles et des branches, des fleurs et des fruits. Après un certain temps cet arbre a commencé à dépérir. Les feuilles et les fleurs se sont desséchées et ont péri ; l'arbre est devenu malade et stérile. Il n'est pas raisonnable que l'homme s'en tienne au vieil arbre, proclamant que ses forces vivantes ne sont pas diminuées, que ses fruits sont sans égal, son existence éternelle. La graine de réalité doit être semée à nouveau dans le cœur des hommes afin qu'un nouvel arbre puisse en sortir et que de nouveaux fruits divins puissent rafraîchir le monde.»

Les baha’is croient que Baha’u’llah, prophète et fondateur de la foi baha’ie, a à nouveau semé la graine de la réalité dans le cœur des hommes.

Le message essentiel de Baha'u'llah est celui de l'unité. Il a enseigné qu'il n'y a qu'un seul Dieu, qu'une seule espèce humaine et que les religions du monde ne sont en fait que des étapes dans la révélation de la volonté et du projet de Dieu pour l'humanité.

L’existence d’un Dieu unique signifie que l’univers et toutes les créatures et forces qu’il comprend ont été créés par un seul être supranaturel. Les désignations telles que Dieu, Allah, Yaweh et Braham réfèrent toutes au même être divin, dont on ne peut appréhender la nature qui est inaccessible à l’humanité.

Au cours de l’histoire, Dieu s’est révélé à l’humanité au travers d’une série de messagers divins, dont les enseignements nous guident et nous éduquent et fournissent la base pour l’avancement de la société humaine.

Ces messagers comprennent Abraham, Krishna, Zoroastre, Moïse, Bouddha, Jésus et Mahomet. Leurs religions proviennent de la même source et sont en essence les chapitres successifs d’une même religion de Dieu.

Baha’u’llah, le dernier de ces messagers, nous a apporté de nouveaux enseignements spirituels et sociaux pour notre époque. Il affirme qu'aujourd'hui l'humanité a collectivement atteint sa maturité. Comme cela fut prédit dans toutes les écritures, le temps est venu pour l'union de tous les peuples en une société mondiale pacifique et intégrée. " La terre n'est qu'un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens " a-t-il écrit.

Pour qu'une société mondiale puisse s'épanouir, elle doit reposer sur certains principes fondamentaux, déclare Baha'u'llah. Ceux-ci comprennent l'élimination de toutes formes de préjugés, le principe de la recherche individuelle et sans entraves de la vérité, l'égalité complète entre les sexes, la reconnaissance de l'unité fondamentale des grandes religions du monde, l'élimination des extrêmes dans la pauvreté et la richesse, l'éducation universelle, l'harmonie entre la science et la religion, un équilibre durable entre la nature et la technologie et l'établissement d'un système fédéral mondial fondé sur la sécurité collective et l'unité de l'humanité.

Les baha’is croient que Dieu continuera à envoyer ses manifestations au monde à travers les âges afin de continuer à révéler son dessein pour l’humanité.

Il est intéressant que Swedenborg parle lui aussi d'ères religieuses. Par contre, il ne s'agit pas de hiérarchie des religions. Il n'y a pas une religion meilleure que les autres. Mais il s'agit plutôt d'une religion de Dieu qui se développe à travers les âges. Il ne faut pas s’arrêter aux aspects sociaux des religions qui peuvent venir obscurcir le message originel des messagers de Dieu par les interprétations faillibles de l'homme. En effet, la religion comporte 2 aspects. L’un est spirituel, immuable et commun à toutes les religions. L'autre est social et répond aux besoins de chaque époque.

Toutes les religions apporte le même message de paix et d'amour.
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Re: Evolution des religions

Messagepar Patrick » 13 Juin 2016 16:49

Cher Nicolas

Notre débat a évolué des textes d’accompagnement pour les morts, et accessoirement pour les vivants endeuillés, vers celui de la question des différentes visions que Baha’u’llah et Swedenborg nous donnent des différentes religions. C’est pourquoi je propose que nous continuions ce débat sur ce nouveau forum, ici, entièrement dédié à cette passionnante question.

Nous venons de voir ce que la foi baha’ie nous en dit à travers ce beau résumé que tu nous en as fait. Je cite :

“ Au cours de l’histoire, Dieu s’est révélé à l’humanité au travers d’une série de messagers divins, dont les enseignements nous guident et nous éduquent et fournissent la base pour l’avancement de la société humaine.

Ces messagers comprennent Abraham, Krishna, Zoroastre, Moïse, Bouddha, Jésus et Mahomet. Leurs religions proviennent de la même source et sont en essence les chapitres successifs d’une même religion de Dieu.”

La perspective ultra universelle de cette vision est certes très intégrante, au risque d’estomper peut-être un peu trop les différences fondamentales, et éventuellement irréductibles qui existent entre elles.

C’est une vision certes très tentante, mais je ne suis pour autant pas certain qu’elle soit tout à fait réaliste. Le “tu ne tueras point” de la révélation mosaïque ne s’applique plus à Mahomet, un prophète guerrier qui a tué de ses mains de nombreux “impies”. La voie du Christ qui nous engage à transformer le monde par le pouvoir de l’amour pour Dieu et le prochain, n’a pas grand chose à voir avec celle du Bouddha qui nous enjoint au contraire à quitter le monde pour une voie de célibat et de renoncement monacale stricte, très très loin du “croissez et multipliez vous” de la religion d’Abraham. Le bouddhisme se dit non théiste, c’est-à-dire sans Dieu tout du moins personnel, là où le judaïsme l’appelle Père, et le christianisme Christ, Fils de Dieu ou Dieu-Homme !

Par ailleurs le Bouddha ne s’adresse pas aux femmes, ne consent qu’à contre coeur à leur ouvrir la voie, et sinon encore qu’en la soumettant à des conditions très restrictives. Le Christ s’entoure de femmes disciples, leur confie ses enseignements les plus secrets, en fait les annonciatrices de sa résurrection et les fondatrices de sa première communauté à Jérusalem. Mahomed, lui aura plusieurs femmes, dont certaines seront pour lui de fidèles confidentes et de précieuses conseillères.

Si vraiment toutes ces religions proviennent de la même source et sont d’une même essence, comment expliquer alors une telle disparité de croyances et de valeurs même ? Il faut croire que le grand Dieu universel qui chapeaute en secret toutes ces religions a un sens de la contradiction très développé. Allez vous y retrouver après cela !

Je propose, après ces enseignements bahaïstes sur la question des religions, et ces quelques interrogations en guise de préambule, de considérer ce que Swedenborg nous en dit à son tour :

« De tout temps il y a eu des révélations qui se sont succédées sur Terre. » (DC 247)

« Il est pourvu par le Seigneur à ce que partout il y ait une religion, et à ce que dans chaque religion il y ait deux essentiels, qui sont, de reconnaître un Dieu et de vivre dans le bien. » (DP 325, 328)

« Sur l’idée de Dieu est fondé le Ciel tout entier, et sur Terre l’Eglise entière, et en général toute religion, car par cette idée il y a conjonction, et par la conjonction, Lumière, Sagesse et Félicité éternelles. » (AR préf.)

« Il est pourvu par le Divin à ce qu’il y ait toujours une Eglise sur la Terre, car par l’Eglise il y a
conjonction du Divin avec l’humain, et du Ciel avec le Monde. » (DC 5)

La question de savoir quelles sont les valeurs fondatrices et universelles qui relient toutes ces religions entre elles trouve ici une belle réponse, c’est le lien de coeur et d’esprit qui nous relie au Divin, et la voie du bien, du vivre positif :
« Considérées intérieurement les doctrines de toutes les Eglises enseignent la vie. » (DP 338)

« L’Eglise du Seigneur est universelle, elle est, chez tous ceux qui sont dans le bien de la vie et qui d’après leur doctrine regarde vers le Ciel. » (AE 331)

Voilà pour ce qui en est de l’Eglise universelle et de sa fonction ultime, d’unir le Divin et l’humain, le Ciel et le Terre, en sachant que la Terre et l’humanité sont la pépinière des Cieux angéliques.

Notons que lorsque Swedenborg parle ici d’Eglise il s’agit de l’Eglise dans l’homme, de l’Eglise intérieure, spirituelle. L’Eglise extérieure elle, obéit à la loi du temps et de l’entropie (loi qui fait que tout ce qui est nouvellement créé ne fait que se détériorer ensuite).

« Toute Eglise dans le commencement est spirituelle, car elle commence par la charité (la compassion, l’amour en action), mais dans le cours du temps elle se détourne de l’amour vers la foi, et alors d’interne l’Eglise devient externe, et quand elle devient externe elle arrive à sa fin, parce qu’alors tout est placé dans la science (le savoir), et peu, si quelque chose, dans la vie. Et autant d’interne l’homme devient externe, autant chez lui s’obscurcit la lumière spirituelle, jusqu’au point qu’il ne voit plus les vérités divines. Il ne voit plus que par la lumière naturelle qui brille dans l’intellectuel (le mental), alors les mondains, les corporels et les terrestres y sont aimés plus que les spirituels, et autant ainsi l’homme devient externe. » (J 38)

« Toute Eglise commence par la charité, mais par la suite du temps elle s’en détourne successivement pour la foi seule ou pour les oeuvres méritoires, et tombe ainsi dans les faux qui proviennent du mal, et enfin dans le mal lui-même. L’Eglise commence et décroit comme le lever et le coucher du soleil ou comme l’enfance et la vieillesse de l’homme. » (AE 104)

Quand la croyance commence à devenir plus importante que l’esprit et les actes, l’homme bascule progressivement dans une foi extérieure, imbue d’elle-même et intolérante, elle verse dans la bondieuserie et le magico-religieux d’une religion qui devient méritoire et tout à fait extérieure. Cette perte de spiritualité vraie ouvre la porte à toutes sortes de fausses croyances et à toutes les illusions qu’elles génèrent. L’homme devient finalement tellement externe qu’il n’est plus tourné que vers lui-même, vers ce qui lui vient à travers ses seuls sens corporels, à travers les plaisirs sensuels, les mondanités, l’avidité de pouvoir et de biens, précipitant ainsi sa chute.

Comme nous allons le voir ce cycle spirituel collectif qui part à chaque fois d’une nouvelle révélation pour s’achever par la perte complète de son esprit initial, va se reproduire de façon cyclique au cours de l’histoire.

« Toute religion par succession de temps décroît et est consommée. Sur cette Terre il y a eu plusieurs Eglises, l’une après l’autre depuis les temps très anciens jusqu’aux temps actuels. Ces Eglises sont décrites dans la Parole, mais non historiquement, excepté l’Eglise Israélite et Juive, avant laquelle cependant il y en a eu plusieurs. Celles-ci ont seulement été décrites (dans les textes bibliques) par des noms de nations et de personnes, et par certaines particularités qui les concernent.

La Très-Ancienne Eglise, qui a été la première, a été décrite par Adam et Eve son épouse. Sa consommation a eu lieu par l’action (symbolique) de manger de l’arbre de la science, elle est aussi décrite par le Déluge.

L’Eglise suivante qui doit être appelée l’Eglise Ancienne, a été décrite par Noé, ses trois fils et leurs descendants, celle-ci fut vaste et répandue dans plusieurs royaumes d’Asie du Moyen-Orient, chez eux était l’ancienne Parole. Sa consommation est principalement décrite par l’expulsion des nations hors de la terre de Canaan par les fils d’Israël (l’entrée en terre promise).

Cette Eglise cependant, a été profondément réformée par Eber, de qui l’Eglise Hébraïque tire son origine, c’est dans celle-ci que le culte par des sacrifices a d’abord été institué. De l’Eglise Hébraïque est née l’Eglise Israélite et Juive, instituée avec solennité à cause de la Parole qui devait y être écrite. La consommation de l’Eglise israélite et juive est entendue par la destruction du temple de Jérusalem, et la déportation du peuple israélite à Babylone, l’avènement du Christ, et enfin par la seconde destruction du temple et de Jérusalem (par les Romains en 70 ap. JC).

Ces quatre Eglises sont représentées par la statue que Nabuchodonozor vit en songe, dont la tête était d’or pur, la poitrine et les bras d’argent, le ventre et les cuisses de bronze, les jambes et les pieds de fer et d’argile.

A l’Eglise Juive a succédé ensuite l’Eglise Chrétienne. Que toutes ces Eglises, par succession de temps, aient décru jusqu’à leur fin, qui est appelée consommation, on peut le voir d’après la Parole. Sa vastation successive jusqu’à la fin (ou consommation) est décrite dans l’Apocalypse par la destruction de la Terre et du Ciel.

D’après cela, on peut voir que par succession de temps toute Eglise décroît et est consommée, par conséquent aussi toute religion. » (DP 328)

« De tout temps il y a eu des révélations qui se sont succédées sur Terre. Dans la Très Ancienne Eglise, elle était immédiate, car la vérité Divine était inscrite dans leurs coeurs. Dans l'Ancienne Eglise, elle se fit par les correspondances. Dans l'Eglise d'Israël, elle se fit de vive voix, par des songes et des visions nocturnes et aussi des visions de jour, par une voix au-dedans de l'homme, ou du dehors venant d'anges qu'ils ne voyaient pas, ou d'après encore un entretien avec des anges. Dans l'Eglise Chrétienne elle vint par la Parole, couronne des révélations successives. Il y a eu aussi des révélations prophétiques chez d'autres peuples que les hébreux, parmi les autres nations. »

(DC 247-255 ; CB 6 ; AC 6000, 5121 ; DA 249)

Ces grands cycles spirituels de l’humanité que Swedenborg nomme "Eglises", s’inscrivent eux-mêmes dans un très vaste cycle d’ensembles qui passe par un déclin et une remontée :

« Les Divins vrais intimes furent révélés à ceux qui étaient de la Très Ancienne Eglise. Les Divins vrais extérieurs furent révélés à ceux qui était de l’Ancienne Eglise, et les vrais extrêmes ou derniers à l’Eglise Hébraïque. Enfin avec l’Eglise Israélite toute vérité divine a péri. Mais après la fin de cette Eglise, des vrais intérieurs furent révélés par le Divin pour l’Eglise Chrétienne, et maintenant commence la Nouvelle Eglise, où des vérités encore plus intérieures sont révélées. Ce sont ces vrais intérieurs qui sont dans le sens interne ou spirituel de la Parole.

D’après ces considérations, il est évident qu’il y a eu progression des divins vrais, des intimes aux derniers, par conséquent de la sagesse à l’ignorance complète, et que maintenant sa progression se fait des derniers aux intérieurs, ainsi de l’ignorance, à nouveau à la sagesse. » (AE 948)

Voici qu’un grand cycle d’histoire et d’évolution de l’humanité, depuis le temps des origines (Adam et Eve) jusqu’à celui de Swedenborg est en train de s’accomplir à travers un double mouvement de chute progressive, jusqu’aux plus profondes ténèbres, et de remontée vers une lumière toujours plus haute, plus vraie, plus réelle.

« Si l’on considère les états successifs des Eglises sur notre Terre, il est évident qu’ils ont été comme les états successifs de l’homme qui est réformé et régénéré, en ce que, pour qu’il devienne homme spirituel, il est d’abord conçu, ensuite il naît, puis il grandit, et enfin il est de plus en plus conduit dans l’intelligence et la sagesse.

L’Eglise, depuis les temps très anciens jusqu’à l’Eglise Juive a crû, comme l’homme qui est conçu, qui naît et qui grandit, et qui est alors instruit et enseigné. Mais les états successifs de l’Eglise, après la fin de l’Eglise Juive, ou depuis le temps du Christ jusqu’à ce jour, ont été comme ceux d’un homme qui croît en intelligence et en sagesse, ou qui est régénéré. Pour cette fin les intérieurs de la Parole, de la religion et du culte, ont été révélés par le Christ lorsqu’il était dans le monde, et maintenant, à nouveau, il est révélé des choses encore plus intérieures, et autant elles sont intérieures, autant l’homme peut devenir plus sage, car devenir intérieur, c’est devenir plus sage, et devenir plus sage, c’est devenir intérieur. » (AE 641)

La boucle se referme par le haut, à travers son évolution, sa chute et sa remontée, l’homme est depuis l’avènement du Christ sur le chemin du grand retour, celui de sa réintégration au plan Divin. Difficile à croire quand on voit l’état du monde d’aujourd’hui, et celui des Eglises qui se réclament du Christ !

Ces enseignements sont d’une importance majeure en cela qu’ils développent le vaste panorama à l’intérieur duquel Swedenborg inscrit son oeuvre et sa "prophétique" : le dévoilement du sens spirituel des Ecritures, et à partir de là, des doctrines de la Nouvelle Jérusalem, qui marquent pour lui l’avènement de la "Nouvelle Eglise", symboliquement décrit dans l’Apocalypse par la descente de la Jérusalem céleste à la fin des temps.

Cela tombe on ne peut mieux, puisque nous sommes justement à aborder la question du sens spirituel de la Parole dans le forum sur la Bible. Nous aborderons la prochaine fois les questions, beaucoup plus polémiques que sont celles de l’ordination des religions et des nations dans le monde spirituel, au moment du Jugement dont Swedenborg sera témoin en 1757, ainsi que celle du rayonnement spirituel de la révélation christique au sein des religions du monde. Et enfin pour jouir du panorama complet de sa vision des Eglises et des religions, nous aborderons ce que Swedenborg entend exactement par l’avènement de la Nouvelle Eglise.

Tout cela constitue un très vaste sujet qui n’avait pour l’instant été que très succinctement abordé sur le site. (voir les deux derniers chapitres de la biographie, sur le site : [url]emmanuelswedenborg.info[/url]).

N’hésitez pas, en attendant, à réagir par rapport à ces enseignements si riches et singuliers. Lisez attentivement, réfléchissez à tout cela, interrogez votre sens critique, posez "les questions qui tuent", en un mot réveillez-vous et venez rejoindre le cercle éternel et universel des « philo-sophes », des « philo- sophia », des « amoureux de la sagesse », debout, forgerons de ce monde !

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Re: Evolution des religions

Messagepar nicolas » 16 Juin 2016 11:59

Cher Patrick,

Les visions de Swedenborg et de Baha'u'llah entrent en profonde résonance ;) , ce qui est rassurant puisque la source divine est une.

La religion peut parfois paraître contradictoire. Dieu est amour et pourtant Il ordonna à Abraham d’offrir Ismaël en sacrifice, afin que son détachement et la fermeté de sa foi fussent ainsi montrés aux hommes. Malgré tout, le message d’amour de Dieu n’est pas remis en cause.

Krishna puis Bouddha n’auraient pas reçu la mission, comme pour les prophètes de la lignée monothéiste, d’expliquer la nature de Dieu ni même de dévoiler explicitement son unicité, mais plutôt de développer chez les hommes les «principes de la spiritualité » (détachement, humilité, compassion, méditation intérieure, discipline du corps…).

« Mahomet, un prophète guerrier qui a tué de ses mains de nombreux « impies » »... Il faut replacer dans l’époque. Les prêtres et leur peuple se sont soulevés contre Mahomet… Nous considérons aujourd’hui ces faits guerriers avec notre compréhension humaine.

Au sujet de Mahomet, Baha’u’llah nous dit : « vous savez quel fut, aux premiers jours de sa dispensation, le sort de sa foi, les terribles souffrances qu’infligèrent à cette essence de l’Esprit, à cet être pur et saint, les infidèles et les égarés, les prêtres de son temps et leurs partisans, de quelles épines et de quelles ronces son chemin fut semé ! De toute évidence, cette génération, dans ses imaginations sataniques, tenait pour un moyen d’atteindre à l’éternelle félicité tout dommage qu’elle infligeait à cet être immortel. Les autorités spirituelles officiellement reconnues en cet âge le traitaient d’imposteur, le déclarait fou et calomniateur. Ces perfides accusations incitèrent les masses à se lever pour le tourmenter. Et quiconque lui était associé tombait victime de l’implacable cruauté de ses ennemis…

Voici quelques éclaircissements sur le principe de la révélation progressive :

Krishna dit ceci : « J’apparais d’âge en âge afin de délivrer mes dévots, d’anéantir les mécréants et rétablir les principes de la spiritualité.» (Bhagavad-gita 4.8)
En prophétisant en tant que messager divin son retour « d’âge en âge », Krishna annoncerait le «retour de son esprit » à travers chaque messager divin. En effet si tous les messagers divins sont habités par le même Esprit saint d’un Dieu unique, alors l’esprit de l’un serait fondamentalement l’esprit de l’autre. Chaque messager divin serait le retour en esprit de tous les autres, à la manière des miroirs purs reflétant tous la même lumière du même Soleil de Vérité selon des intensités et des époques différentes. Ainsi en promettant d’apparaître « d’âge en âge » afin de « délivrer » les croyants de leur décadence et rétablir les « principes de la spiritualité », Krishna affirmerait le principe universel de la « révélation progressive » de Dieu aux hommes à travers une chaîne continue et ininterrompue de messagers divins.

Bouddha dit : « Je ne suis pas le premier Bouddha qui soit venu sur la terre ni ne serai le dernier. »

Zoroastre déclare : « Un autre messager de Dieu viendra après moi du même pays, mais pour unir toutes les nations du monde dans 1200 et quelques années après la religion des arabes. »
Et encore « Lorsque la Perse et les autres pays seront pris par les Arabes, je choisirai quelqu’un de la descendance des rois de Perse, pour qu’il puisse appeler les peuples du monde de l’Est et de l’Ouest à adorer un seul Dieu... Dieu vous donnera une bonne fin... S’il ne reste qu’une seule minute dans le monde entier, je vous enverrai quelqu’un de cette nation qui renouvellera la religion. »

Prophétie juive: « L'Éternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d'entre tes frères, un prophète comme moi : vous l'écouterez ! » (Deutéronome 18.15)
Un « prophète comme moi », c’est-à-dire un « prophète comme Moïse ». L’évangile revendique cette continuité entre Jésus et Moïse: « Moïse a dit : le Seigneur votre Dieu vous suscitera d'entre vos frères un prophète comme moi ; vous l'écouterez dans tout ce qu'il vous dira » (Actes 3.22). Selon ce verset, Jésus serait donc un « prophète comme Moïse » et les juifs devraient « l’écouter ». Ainsi la «révélation de Dieu » ne s’arrêterait pas à Moïse, mais continuerait avec Jésus, confirmant l’existence entre le judaïsme et le christianisme d’une « révélation progressive » de Dieu dans le temps.

Car si Dieu est absolu, l’humanité est relative et aura donc toujours besoin de progressivité et de temps pour évoluer. Et comme Moïse et Jésus reflète le même Esprit saint émanant du même Dieu, Jésus incarnerait le « retour de cet Esprit saint » ayant « parlé » à travers Moïse, soit dans un sens le « retour en esprit » de Moïse. De plus, jamais Dieu n’a dit dans aucun texte saint que sa « parole » ou sa « révélation divine » aurait une fin. C’est pourquoi, Dieu étant infini, sa « révélation progressive » serait « sans fin ». Même le Coran confirme ce verset de la bible repris dans l’évangile attestant que Jésus est un « prophète comme Moïse » : « Dites : Nous croyons en Allah et en ce qu'on nous a révélé, et en ce qu'on a fait descendre vers Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les Tribus, et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur : nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes Soumis.» (Coran 2.136).

Baha’u’llah déclare : « Tout observateur pourvu de discernement reconnaîtra que la dispensation du Coran a tout ensemble confirmé le livre et la cause de Jésus. Mahomet a lui-même déclaré « Je suis Jésus ». Il a reconnu la vérité des signes, prophéties et paroles de Jésus et attesté qu’ils étaient tous de Dieu ».

« Jésus s’adressant à ses disciples dit « Je m’en vais, et je vous reviendrai ». Et ailleurs il dit encore « Je m’en vais et un autre viendra après moi, qui vous dira ce que je ne vous ai pas dit et qui accomplira ce que j’ai dit ». Ces deux propos n’ont qu’une seule et même signification, si vous méditez profondément sur les manifestations de l’unité de Dieu », nous indique Baha’u’llah.

Krishna, Bouddha, Zoroastre, Moïse, Jésus et Mahomet confirmeraient le principe d’une révélation divine progressive, sans fin.

Pour finir, voici une déclaration de Baha’u’llah : « Gardez-vous, ô croyant en l’unité de Dieu, de distinguer entre les manifestations de sa cause, de faire à leur sujet quelque discrimination qui aille à l’encontre des signes dont s’est accompagnée leur révélation. Là est, en vérité, la vraie signification de l’unité divine, si vous êtes de ceux qui peuvent comprendre cette vérité et y croire. De plus, soyez assurés que les œuvres et les actes de ces manifestations de Dieu, et même quoi qu’il appartienne en propre à chacune et quoi qu’elles puissent manifester de particulier à l’avenir, sont toutes d’ordre divin et reflètent toutes la volonté et le dessein de Dieu… Chacune d’elles a apporté un message spécifique et a reçu un livre spécial de révélation divine, avec mission de dévoiler les mystères d’une puissante tablette. La mesure de la révélation à laquelle chacune d’elles s’est identifiée avait été préordonnée de manière précise…Si le Verbe libérait tout d’un coup les énergies qui sont en lui latentes, il n’est point d’homme qui pourrait soutenir le poids d’une si puissante révélation. Bien plus, tout ce qui est dans le ciel et sur la terre fuirait devant lui, dans la plus profonde consternation.


Sources :
Ecrits de Baha’u’llah
Le Promis de Dieu – Eric Louvet
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Re: Evolution des religions

Messagepar Slaite » 17 Juin 2016 08:42

Bonjour à tous,

L’essentiel réside dans l’amour de Dieu et du prochain. Pour donner du sens à cette proposition il convient de se demander pourquoi ?

L’homme qui s’interroge s’il n’est humble ne peut en aucune manière être dans la vérité. Qui suis-je ? Quels sont les mécanismes qui régissent ma volonté, ma pensée et mon action ? L’homme qui est dans l’ignorance de ces choses, comment pourrait-il être dans les connaissances d’où proviennent ces choses. Bien plus comment pourrait-il aimer Dieu et son prochain s’il n’était enseigné.

Jésus-Christ Roi et Seigneur selon les Écritures, est une réponse à la proposition citée ci-dessus.

Pour ma part je ne suis pas amateur de joutes verbales, mais je crois à l’essentiel.

Gilbert.
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Re: Evolution des religions

Messagepar Patrick » 09 Aoû 2016 15:53

Bien chers amis,

Nicolas, le sacrifice d’Abraham est à présent considéré par la recherche biblique comme une parabole du passage de la pratique du sacrifice humain, au sacrifice animal, que le Christ abolira à son tour avec l’institution d’un sacrifice uniquement végétal (de pain et de vin), symbole seulement du sacrifice de corps et de sang. Un détail à ce sujet, mon collègue Jean souligne : “que le sacrifice que Dieu avait demandé - immense sacrifice pour Abraham devant prouver que l’amour de l’Eternel et l’obéissance devaient être placés au-dessus de tout - était bien sûr celui d’Isaac (et non d’Israël), opportunément remplacé au dernier moment par un bélier”.

“Krishna puis Bouddha n’ont pas reçu pour mission d’expliquer la nature de Dieu ni même de dévoiler explicitement son unicité, mais plutôt de développer les principes de la spiritualité que sont le détachement, l’humilité, la compassion, la méditation intérieure, la discipline du corps, etc."

C’est très parlant, surtout à notre époque, et tout spécialement ici en France, qui voit une profonde désaffection à l’égard des religions - tout spécialement des trois grandes religions monothéistes que sont le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam - mais qui connaît en même temps un grand regain d’intérêt pour la spiritualité. D’où l’ouverture significative de ces quarante dernières années aux spiritualités orientales. Les nouvelles générations ont besoin de retrouver la dimension initiatique (“experiential” en anglais), dont les religions monothéistes justement se sont coupées depuis très longtemps.

Je vous remercie pour votre “recadrage” concernant Mahomet. C’est un point essentiel que vous soulignez ici de façon très appropriée : il est indispensable de veiller à toujours replacer toute personne, tout événement, et a plus forte raison toute “révélation”, dans son contexte culturel et historique, si l’on veut se donner une chance de les comprendre vraiment, et d’éviter de grossières (possiblement dangereuses) erreurs de jugement.

Votre développement sur la question de l’évolution des religions, ou plutôt de la continuité de la révélation à travers le temps et l’histoire, riche de nombreuses citations, est très intéressant. Merci d’avoir pris le temps de nous préparer un si beau résumé. Je me demande toutefois si à force de vouloir absolument que tout soit un, on n’en finisse pas par tout mélanger, au point finalement de ne plus rien distinguer.

Il y a un concept fondamental que Swedenborg nous rappelle sans cesse c’est celui de “l’unité dans la diversité”. Il va même plus loin en expliquant que plus on se rapproche de l’unité, plus la diversité singulière et unique de chacun et de chaque chose s’enrichit à l’infini. Dans l’expérience mystique nous pouvons nous fondre avec Dieu, ou avec l’Univers et tous les êtres de cette création, pour ne plus faire qu’un, oui, mais “distinctement un”, souligne aussitôt Swedenborg. L’unité ne confond pas les choses mais les différencie vit aeternam.

Gilbert, un grand merci aussi pour votre message. Tout ramener au Christ peut certes grandement simplifier les choses, mais au risque de réduire le réel à un trou de serrure que l’on nomme Jésus. Je sais parfaitement que c’est loin d’être votre cas, mais je profite de l’occasion de votre “Jésus-Christ Roi et Seigneur” pour avertir d’une tendance et d’un danger par trop répandu.

“Aimer Dieu et son prochain” ne suffisent pas non plus, quoi qu’en disent Jésus-Christ et Swedenborg. Bien que fondamentales ces valeurs sont bien insuffisantes pour embrasser tout le mystère de l’existence de Dieu, de cet univers, de cette vie et de cette mort, de l’âme ou de la conscience. Il en faut un peu plus, mourir à soi ! par exemple.

La pratique assidue "de la joute verbale" aussi, qui permet de développer les enseignements de la Tradition (réciter - assimiler - partager), afin d’enrichir notre compréhension des choses. Socrate, Jésus, Swedenborg en étaient tous trois de grands adeptes, passés maîtres parmi les maîtres dans l’art de la chose. Je connais bien moins Mahomet et Baha’u’lahh, mais je suis certain qu’il en était de même pour eux.

Rien ne nous permettra jamais de faire l’économie de l’apprentissage de la langue, des textes et des enseignements, rien ne nous dispensera jamais de nous mettre en quête d’une connaissance spirituelle, d’une sagesse, sans laquelle l’amour n’est rien, rien d’autre qu’une émotion narcissique.

À présent, voyons ce que nous dit encore Swedenborg au sujet des "Eglises" et des religions. Lisez attentivement, et aiguisez votre esprit critique, de façon à réagir comme celui auquel le Christ dit : « Voilà, c’est ce que disent les prêtres, ou les pharisiens, les romains ou les sadducéens, mais dis-moi, toi, qu’est-ce que tu en penses ? ... »

Nous avons vu la dernière fois la vision que Swedenborg avait de l’évolution de ce qu’il nomme ici les différentes "Eglises", mot par lequel il entend "les grands cycles d’évolution spirituelle de l’humanité". Le découpage qu’il en donne, se développe en au moins quatre grandes périodes qu’il nomme : l’Eglise Adamique, l’Eglise Noétique, l’Eglise Israélite (qui correspond au Judaïsme de la période biblique), et l’Eglise Chrétienne.

Chacune de ces périodes obéit à une même loi cyclique :

« Dans chaque Eglise il y a eu consécutivement quatre changements d’état ou quatre périodes successives, qui sont entendus dans la Parole par le matin, le jour, le soir et la nuit. Son matin ou son lever la révélation du Divin, le second, son instruction, et alors son jour ou sa progression, le troisième son déclin, et alors son soir ou sa vastation, le quatrième, sa fin, et alors sa nuit ou sa consommation. » (Cour 4, 5,6)

L’ensemble de ces périodes successives développent elles-mêmes un cycle plus vaste qui les englobe toutes, de la période symboliquement décrite par le mythe d’Adam et Eve, jusqu’à la l’incarnation du Christ et la destruction du temple et de Jérusalem en 70 ap JC, le cycle est descendant. Il y a pour l’humanité une perte progressive de l’état d’innocence originel, une chute d’un niveau de perception intime et innée du réel, jusqu’au niveau de conscience et de perception le plus externe qui soit (la connaissance qui ne vient que des sens). En un mot nous assistons à un processus d’obscurcissement progressif de la conscience intérieure, spirituelle, au profit d’une conscience qui n’est plus tournée que vers le monde extérieur et matériel. Avec la révélation Christique une transformation se produit et la courbe évolutive s’inverse pour repartir dans un mouvement remontant, ascendant. Mais ce nouveau cycle évolutif obéit toujours à cette même loi des cycles.

De la vie du Christ jusqu’à la fin de l’Eglise primitive, du Concile de Nicée en 325, en passant par la Réforme autour de 1559, et jusqu’au "Jugement Dernier" dont Swedenborg est témoin dans le monde spirituel de 1757, la remontée est loin d’être continue. Elle développe en fait le vaste scénario de l’Apocalypse de Jean, pour culminer avec l’avènement de ce que Swedenborg nommera la "Nouvelle Eglise", symboliquement représentée dans l’Apocalypse par la descente de la "Nouvelle Jérusalem", la Cité-Sainte, demeure de Dieu avec les Hommes.

Le grand cycle de l’humanité est bouclé, de Adam et Eve, en passant par le Christ, jusqu’à la Jérusalem céleste. L’état d’innocence, de pureté et de beauté originelles est retrouvé, avec quelque chose en plus, la sagesse ! La pleine conscience de ce qui a dû être si douloureusement perdu, pour être ensuite si difficilement retrouvé.

L’Homme, et avec lui l’humanité entière, doit d’abord perdre, chuter, avant de pouvoir se redresser, pour regagner ce qui lui a été arraché, par le pouvoir de son coeur et de sa volonté. Nul doute qu’arrivé au bout de ses peines, ce qui lui avait été donné, puis retiré, pour lui être ensuite redonné, va prendre pour lui une tout autre valeur. La différence en apparence insignifiante entre le donné premier, et re-donné finale, c’est la conscience, et la re-connaissance.

« L’Eglise universelle sur Terre est en présence du Divin comme un seul Homme, et les états successifs des Eglises sur notre Terre, ont été comme les états successifs de l’homme qui est régénéré. » (CE 308, AE 641)

C’est une clé majeure, l’histoire des grands cycles spirituels de l’humanité, symboliquement représentés dans la Bible, n’est rien d’autre que celle des cycles à travers lesquels l’humanité entière, comme un seul homme, est amenée à se transformer, à se spiritualiser (devenir plus intérieure, adhérer à des valeurs plus essentielles), jusqu’à réintégrer l’état d’unité originel, l’état d’union consciente avec le Divin et sa création entière. C’est une vision magnifique, pleine d’espoir et de promesses insoupçonnées pour l’humanité.

Je n’ai fait que résumer ici l’ensemble de ce que nous avions précédemment développé. Nous allons maintenant aborder un nouveau chapitre qui traite de la question, non plus seulement de l’évolution des religions, mais de leur situation hiérarchique, structurelle et spaciale, dans le monde spirituel. Il s’agit d’une vision assez étrange, que Swedenborg développera surtout dans deux très petits et curieux opuscules :

" Du Jugement dernier et de la Babylone détruite ; ainsi que tout ce qui a été prédit dans l'Apocalypse, et qui est aujourd'hui accompli. D'après ce qui a été vu et entendu ", Londres, 1758. (86 petites pages, dans l’édition française de Le Boys des Guays).

Et, cinq années plus tard :

" Continuation du Jugement Dernier et du monde spirituel ", Amsterdam, 1763. (15 petites pages sur le Jugement Dernier, 26 pages pour sa continuation sur le monde spirituel qu’il met aussi en perspective avec son précédent "Ciel et Enfer" de 1758).

« Aucun homme, tant qu’il vit dans le monde, ne peut voir quelle est l’Eglise du Seigneur dans les terres, ni, à plus forte raison, comment elle se détourne du bien vers le mal par laps de temps. Et cela, parce que l’homme, lorsqu’il vit dans le monde, est dans les externes, et ne voit que les choses qui se présentent devant son homme naturel. Mais quelle est l’Eglise quant aux spirituels qui sont ses internes, cela ne se fait pas voir dans le monde, mais apparaît dans le Ciel comme dans la clarté du jour. (...) De là vient que l’état de l’Eglise et ses progressions se présentent clairement dans les Cieux devant les anges. » (J41)

« Les ordinations de toutes les nations et de tous les peuples, sur lesquels il y a eu Jugement dans le monde spirituel, ont été vues comme suit : Dans le milieu apparurent rassemblés tous ceux qui sont appelés Réformés, (...) Autour apparurent rassemblés ceux qui étaient de la religion Catholique Romaine. (...) Au-delà d’eux était les Mahométans. (...) Au-delà des Mahométans avaient été rassemblées en grand nombre les nations (Gentes, les Gentils), qui constituaient l’enceinte même, au-delà il apparut comme une mer qui formait la limite. (...) Ces ordinations des nations selon les plages se fait en fonction de la commune faculté de recevoir les vérités divines. C’est pourquoi, dans le monde spirituel, chacun est connu selon la plage et le lieu de la plage où il habite. » (J 48)

Par "plages" Swedenborg entend les quatre "quartiers" ou "régions" de l’espace, délimités par les quatre directions cardinales : l’orient, le midi, l’occident et le septentrion.

Il précise encore ailleurs :

« Les Chrétiens, chez lesquels la Parole est lue, constitue la poitrine de cet Homme, aussi sont-ils au centre de tous, autour d’eux sont les Catholiques Romains, et autour de ceux-ci les Mahométans, qui reconnaissent le Seigneur comme un très grand prophète et comme fils de Dieu, après eux viennent les Africains, et la dernière circonférence est formée par les nations et par les peuples de l’Asie et de l’Inde. » (DE 106)

« La lumière la plus grande est là où sont ceux qui ont la Parole. De là comme de son centre, la lumière se propage à l’entour dans toutes les périphéries jusqu’à la dernière, de là vient aussi l’illustration des nations et des peuples hors de l’Eglise. » (DE 107)

« L’Eglise du Seigneur est répandue sur tout le globe des terres, mais son intime est là où le Seigneur est connu et reconnu, et où il y a la Parole, par conséquent où les vérités divines sont révélées. De cet intime la lumière et l’intelligence s’étendent vers tous ceux qui sont autour et qui sont de l’Eglise, mais cette propagation se fait dans le Ciel. » (AE 313)

« L’Eglise du Seigneur est répandue sur tout le globe, et par conséquent universelle, et en elle sont compris tous ceux qui ont vécu dans le bien de l’amour chacun selon sa religion. L’Eglise où est la Parole et où par elle le Seigneur est connu, est à l’égard de ceux qui sont en dehors de l’Eglise, comme dans l’homme le coeur et le poumon d’après lesquels tous les organes et tous les membres du corps vivent. » (CE 328)

« L’Eglise universelle sur la Terre est en présence du Seigneur comme un seul Homme, mais l’Eglise où est la Parole, et où par elle le Seigneur est connu, est dans cet homme comme le coeur. Le genre humain qui est en dehors de l’Eglise où il y a la Parole, reçoit de là la vie, et constitue les membres de cet homme. » (CE 308)

« L’Eglise où le Seigneur est connu et où il y a la Parole, est comme le coeur et le poumon dans l’homme respectivement aux autres parties du corps qui vivent d’après ces deux organes comme d’après les sources de vie. » (AC 637 ; VRC 268)

« De même que dans le corps humain toutes les autres parties subsistent et vivent d’après ces deux sources de vie, de même aussi tous les habitants du globe qui ont une religion, qui adorent un seul Dieu et vivent bien, et qui par là sont dans cet Homme, (...) subsistent et vivent d’après la conjonction du Seigneur et du Ciel par la Parole avec l’Eglise. Car la Parole dans l’Eglise, bien que l’Eglise soit chez un petit nombre relativement, transmet chez tous les autres la vie procédant du Seigneur par le Ciel. » (DE 106)

On voit ici l’intérêt d’une lecture thématique des écrits de Swedenborg. Il donne en effet souvent l’impression de répéter sans cesse les mêmes choses, alors qu’il est en réalité à traduire et à développer, par touches successives, une vision souvent vaste et complexe. A chaque fois qu’il se répète c’est qu’il est, à coup sûr, en train d’amener quelque chose de nouveau sur le sujet, d’ajouter une pièce importante au puzzle.

Après nous avoir dit que l’Eglise du Divin était, quelle que soient la religion et l’appartenance extérieures, absolument universelle - en vertu des deux valeurs fondatrices qui fondent toutes religions, à savoir : la reconnaissance de l’existence de Dieu, et une vie positive dans le bien, le respect et l’amour des autres – il nous dit à présent son exact contraire.

Le Christ et la Parole, avec ceux qui le reconnaissent, qui s’instruisent et qui mettent en pratique ses enseignements, constituent le centre invisible, le coeur et les poumons, à partir desquels l’influx alimente et maintient en vie et dans un certain ordre, l’ensemble des peuples et des religions !

Je peux voir en fermant les yeux, pour plonger ma vision intérieure dans la profondeur des siècles, la présence du Christ et de ses évangiles, rayonner une très puissante et magnifique lumière. Certes, ce vagabond sans travail, qui n’aura enseigné que trois ans le long des chemins, ne va pas soulever plus de deux mille ans de civilisation sans raisons, mais de là à en faire le centre de toutes les religions du monde ?

Notons un petit passage qui suit un peu plus loin :

« La lumière la plus grande est là où sont ceux qui ont la Parole. De là comme de son centre, la lumière se propage à l’entour dans toutes les périphéries jusqu’à la dernière, de là vient aussi l’illustration (l’illumination) des nations et des peuples hors de l’Eglise. » (DE 107)

Notons que cette vision très "christo-centrique" du monde des religions, telle qu’elle lui apparût dans le monde spirituel de son temps, revient jusque dans son dernier ouvrage (VRC 268).

Il ajoute encore plus loin :

« C’est pour cette raison que, par Divine Providence du Seigneur, les royaumes de l’Europe, et principalement ceux où la Parole est lue, sont en relations commerciales avec les nations qui sont hors de l’Eglise. » (DE 108)

La démonstration est plutôt malvenue, Swedenborg, qui n’avait peut-être pas le recul que nous avons par rapport à la colonisation, se garde bien de mentionner l’esclavagisme, la destruction des peuples et des cultures autochtones, avec les désastreuses conséquences qu’ils ont encore jusqu’à nos jours partout dans le monde.

Ce point n’est certainement pas à son honneur, et montrent combien, tout prophète qu’il soit, il reste parfois encore victime des préjugés de son temps, et ceci est valables pour tous les "révélateurs". D’où l’importance d’aborder tout enseignement, aussi inspiré soit-il, avec un esprit critique, en exerçant notre discernement et notre raison. Tout n’est pas bon à prendre, et tout n’est certainement pas à prendre au premier degré, dans la Bible comme chez Swedenborg, comme dans n’importe quelle autre tradition de sagesse. Il y a toujours un tri à faire !

On pourrait comprendre à présent la frustration des Catholiques qui se retrouvent en deuxième ligne, des Musulmans en troisième position, et à plus forte raison des religions de l’Afrique, de l’Inde et de l’Asie, qui se trouvent reléguées en dernière ligne à la limite extrême. Mais venons en à présent au fin mot de l’histoire, là où la chose se rebouche :

« Toutefois cependant, ne sont point pour cela dans l’Eglise ceux qui sont nés où il y a la Parole et où le Seigneur est connu, mais sont de l’Eglise ceux qui sont régénérés. Car l’Eglise du Seigneur est chez tous ceux, qui sur la Terre, vivent dans le bien selon leur religion. » (AC 6637, 3263, ...)

En un mot, pour conclure et pour rassurer tout le monde, l’Eglise spirituelle, n’est pas une question de religion ou d’appartenance quelconque, mais bien une question de niveau de transformation personnelle, d’évolution ou d’intégration psycho-spirituelle, et de rien d’autre ! Voilà qui remet à plat tout le monde.

Nous avons ici une belle illustration de cette dynamique du paradoxe qui caractérise tant la pensée de Swedenborg :

1. l’Eglise universelle est celle des hommes qui "placent leur confiance" (sens littéral de "foi") en Dieu.

2. Elle n’existe et ne vit véritablement qu’en vertu de l’incarnation du Christ et de sa Parole.

3. Mais n’en font finalement partie intégrante que ceux qui, par delà de toutes appartenances religieuses, sont sur le chemin de leur propre régénération, sur le chemin de la compassion et de la sagesse.

Oui, non, oui ! Voilà, débrouillez-vous avec ça, c’est du Swedenborg 100%. On se croirait dans un traité de physique quantique où les quarks, particules subatomiques, éléments constitutifs de la matière même, en arrive à être, et ne pas être en même temps !

A la suite de tous les chapitres sur les différentes "Eglises", ou "Ères" spirituelles de l’humanité, de leur Jugement successif et de leur évolution globale du temps des origines jusqu’à nos jours, nous aborderons la prochaine fois la question de cette prophétie au sujet de la "Nouvelle Eglise", qui doit venir parachever ce grand cycle d’évolution humaine et spirituelle.

En attendant n’hésitez pas à partager vos réflexions et vos questions sur ce très vaste sujet qui développe l’immense panorama à l’intérieur duquel vient s’inscrire la prophétique de Swedenborg, et sans lequel rien n’aurait ici de sens ni de cohérence d’ensemble.

Avouons, qu’on y adhère ou pas, que cette vision a quelque chose de grandiose, et qu’elle ouvre des perspectives de compréhension insoupçonnées, notamment en regard de la parabole historique biblique.

Tout avec vous, quelque part entre le jardin d’Eden et la Jérusalem céleste !

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Re: Evolution des religions

Messagepar nicolas » 26 Aoû 2016 09:24

Waouh, quel message !

1 – Unité dans la diversité

On parle d’unité des religions car Dieu est un. Les révélations de Moïse, Jésus, Mahomet… sont elles bien distinctes et ont répondu à des besoins particuliers au cours du déroulement de l’histoire de l’humanité. D’un point de vue baha’i, ces révélations successives s’inscrivent dans un plan global.

« L’essence de la foi de Dieu et de sa religion réside, en ce jour, dans le principe que la diversité des confessions et croyances religieuses ne doit être à aucun prix, parmi les hommes, une cause de discorde. Ces règles et observances, ces puissants systèmes religieux si fermement établis, procèdent d’une même source et sont les rayons d’une seule lumière. Le fait qu’ils diffèrent doit être tout entier rapporté à la diversité des besoins que présentaient les âges où ils furent promulgués. » Baha’u’llah.


2 - Préjugés

On en revient à la notion de hiérarchie. Comment définit-on un « révélateur » ? Swedenborg est-il un révélateur au même titre que Jésus. Il est compréhensible que Swedenborg puisse être victime de préjugés de son temps, mais Jésus, étant par essence le Verbe de Dieu, « une gemme de vertu divine, un pur miroir dépositaire de la science divine », la notion de préjugé ne peut lui être appliquée.

Les préjugés sont le résultat de l’ignorance de l’homme. Dieu a doté l’âme de raison justement pour qu’elle puisse distinguer ces préjugés.
L'un des principes de la foi baha'ie est la recherche individuelle et sans entrave de la vérité afin de voir par ses propres yeux et non par ceux d'autrui.

Voici un écrit de Baha’u’llah :

« Celui qui est la Source de grâce infinie a fait surgir du royaume de l’esprit, sous la forme du temple humain, ces gemmes lumineuses de sainteté, et Il les a manifestées aux hommes, pour qu’elles puissent communiquer au monde les mystères de l’Etre immuable et lui expliquer les subtilités de son impérissable Essence.
Ces purs miroirs, sont tous sans exception, les représentants sur la terre de Celui qui est l’Orbe central de l’univers, qui en représente l’Essence et la Fin dernière. De Lui procède leur science et leur puissance ; de Lui procède leur souveraineté. La beauté de leur visage n’est qu’un reflet de son image, et leur révélation n’est qu’un signe de sa gloire immortelle. Ils sont les dépositaires de la science divine et de la céleste sagesse. Ces tabernacles de sainteté, ces miroirs Premiers qui reflètent la lumière d’impérissable gloire ne sont que des expressions de Celui qui est l’Invisible. Par la révélation de ces gemmes de vertu divine, tous les noms et attributs de Dieu, tels que savoir et pouvoir, souveraineté et puissance, miséricorde et sagesse, gloire, grâce, bonté sont manifestés. »

3 - l’Eglise spirituelle

« Toutefois cependant, ne sont point pour cela dans l’Eglise ceux qui sont nés où il y a la Parole et où le Seigneur est connu, mais sont de l’Eglise ceux qui sont régénérés. Car l’Eglise du Seigneur est chez tous ceux, qui sur la Terre, vivent dans le bien selon leur religion. » (AC 6637, 3263, ...)

Vous concluez Patrick par « l’Eglise spirituelle, n’est pas une question de religion ou d’appartenance quelconque, mais bien une question de niveau de transformation personnelle, d’évolution ou d’intégration psycho-spirituelle, et de rien d’autre!»
L’Eglise spirituelle représente plutôt à mon sens la religion de Dieu dont le but est de transformer l’homme. L’homme, par le message de Dieu et sa guidance, connaît une transformation personnelle ou évolution psycho-spirituelle comme vous l’appelez Patrick. L’homme ainsi régénéré est dans l’Eglise à la différence de celui qui se réclame de l’Eglise mais dont l’être n’a pas été transformé.

J’attends impatiemment le chapitre sur la « Nouvelle Eglise ».
Bien à vous,
Nicolas
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