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Swedenborg, pourquoi ? Swedenborg, comment ?

MessagePosté: 11 Oct 2018 14:29
par Patrick
« Swedenborg, pourquoi ? »

ou : « Influence de Swedenborg sur plus de 25 auteurs et créateurs de renom ».


« Les idées vraies finissent toujours par s'imposer ».

(Cité dans l'excellent ouvrage : « Le miracle Spinoza. Une philosophie pour éclairer notre vie », de Frédéric Lenoir, Fayard, 2017. Spinoza, un philosophe inspiré et précurseur qui a probablement influencé Swedenborg.)

Peu après avoir publié ce nouveau forum, je suis tombé par hasard sur un chapitre de Charles Byse qui égrène dans l'un de ses ouvrages (1) une étonnante collection de citations au sujet de Swedenborg, émanant de toutes sortes de personnalités de renom. À la suite de quoi je me suis souvenu d'une autre collection de citations trouvées au dos de chaque chapitre d'un excellent petit résumé de « Ciel et Enfer » en anglais, réalisé par l'un de mes amis aux États-Unis, James Laurence (2).

Plusieurs d'entre elles m'ont tout de suite frappé du fait qu’elles entraient en résonance avec quelques-uns des points abordés dans le sous-forum : « Les visions de Swedenborg en question ». De plus, après avoir placé en postscriptum de son dernier message la liste non exhaustive de personnalités célèbres que l'œuvre de Swedenborg avait profondément influencées, il valait la peine de l'illustrer par quelques-uns de leurs commentaires à son sujet.

L'idée a progressivement germé que ces citations gagneraient certainement d’être, pour celles de Charles Byse résumées et réarrangées, et pour celles de « Awakened from Death », traduites en français. J'ai cru utile ensuite de reclasser tous leurs auteurs dans l'ordre chronologique, plutôt que par nationalité comme l'avait fait Charles Byse, ou plutôt que dans l'ordre alphabétique comme l'avait fait James Laurence. J'ai également trouvé profitable d'y ajouter quelques commentaires venant de quelques-uns de ses biographes français de références, certes moins connus, mais spécialistes de Swedenborg et de sa pensée (Matter, Lamm, Byse, Allard).

J'ai complété le nom de tous ces auteurs par leurs dates de naissance et de décès, afin de mieux les situer dans la chronologie de ces 230 dernières années. J'y ai également adjoint leur nationalité ainsi qu'un résumé biographique, afin de situer plus facilement ces personnages, pour certains bien connus, mais pour d'autres peut-être moins.

J'ai ensuite complété chacune de ces références d'auteurs par un bon nombre d'informations trouvées sur un site en anglais en partie dédié aux écrivains influencés par Swedenborg (3). J'ai encore découvert, au fil de ces recherches, toute une littérature anglo-américaine spécialisée dans le domaine des influences de Swedenborg, ouvrages de référence que je me suis aussitôt procurés. Ceux-ci, ajoutés à ceux dont je disposais déjà, m'ont permis de vérifier un grand nombre d'informations « à la source », et d'enrichir considérablement cette enquête. (Voir notes en fin de texte)

J'ai encore ajouté quelques extraits d’une étude sur Baudelaire et la philosophie, dans laquelle j'ai trouvé un chapitre fort intéressant au sujet de son lien avec Swedenborg. J'ai également porté une attention toute particulière à Helen Keller, du fait de son extraordinaire destin et de sa personnalité charismatique, en réalisant, à partir de sources diverses, un résumé biographique plus complet, suivi de citations plus étendues.

J'ai dû réaliser dans ce contexte de nombreuses traductions, aussi ai-je le grand plaisir de porter un bon nombre de ces textes à la connaissance du public français pour la première fois. Voici donc, cette compilation de citations et de commentaires émanant de 25 auteurs différents, pour lesquels la rencontre avec l'œuvre de Swedenborg aura été puissamment significative.

Je dois dire que les nombreux témoignages de ces hommes et femmes célèbres ont radicalement changé la vision que j'avais de Swedenborg, que je connais pourtant assez bien pour avoir étudié sa vie et ses écrits pendant de nombreuses années. Je suis convaincu qu’ils auront un effet analogue sur de nombreux lecteurs. Ils constitueront un magnifique portail d'entrée pour les néophytes, et encourageront à coup sûr, ceux qui n'en ont qu'une connaissance partielle, à approfondir leur lecture et leur connaissance de ses enseignements. Lecture dont j'ai constitué avec le texte qui suit celui-ci : « Swedenborg, comment ? » une sorte de guide ou de mode d'emploi.

Commençons, en guise d'introduction, par la présentation que Charles Byse nous fait de sa belle collection de citations :

« Ces citations n'expriment pas seulement l'admiration que notre héros, incompris de la foule, a inspirée à des écrivains éminents de diverses contrées, mais elles nous font encore connaître d'une manière plus ou moins explicite, les causes de cette admiration, relevant ce qui les a le plus frappés dans le système universel et dans la personnalité de cet homme extraordinaire. Elles peuvent ainsi nous aider à nous en faire, à notre tour, une idée plus juste, plus complète et plus vivante. »


Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832 / 83 ans) Allemagne (Grand poète allemand, romancier, dramaturge, essayiste et scientifique, passionné par la physique, l'anatomie, l'optique, la géologie et la botanique. Il fut aussi théoricien de l'art, et homme d'État.)

À la suite de graves problèmes de santé qui l'obligent à séjourner en Allemagne, il rencontre une amie de sa mère qui éveillera en lui un intérêt nouveau pour le mysticisme, l'occultisme et l'alchimie. Après une longue vie tumultueuse et dominée par de nombreuses passions amoureuses, ses dernières œuvres sont marquées par la sagesse d'un vénérable vieillard.

Goethe s’est familiarisé avec l'œuvre tant scientifique que théologique de Swedenborg dès sa période estudiantine. Il s'est beaucoup inspiré de Swedenborg pour sa très célèbre pièce : Faust I (1806), Faust II (1831). Ce qu'il y dit sur le monde spirituel, le macrocosme et le microcosme, ainsi que sur beaucoup d'autres sujets, vient du théosophe suédois, qu'il nomme « le respecté Voyant de notre époque », et ailleurs « le savant penseur qui était à la fois naturaliste et théologien ».

Dans une lettre qu'il écrivit à Johann Kaspar Lavater, nous lisons ces mots :

« Je suis plus enclin que quiconque à croire qu'il existe un monde au-delà du monde visible, et je possède assez de force poétique et vitale pour percevoir, malgré mon Moi si borné, le monde des esprits de Swedenborg ».


Samuel Taylor Coleridge (1772-1834 / 62 ans) Angleterre (Un des poètes romantiques et des penseurs les plus remarquables, philosophe et critique littéraire britannique.)

De retour d'un voyage en Allemagne en 1799, ses opinions changent de façon surprenante, en politique, de jacobin, il est devenu royaliste ; en religion, de rationaliste, il est devenu un fervent croyant du mystère de la Trinité. Aussi, il combat avec violence la Révolution française qu'il avait d'abord exaltée. Après s'être mis à consommer de l'opium vers 1798, afin de traiter des problèmes de santé et des troubles psychiques, en 1816 il devient pensionnaire du médecin James Gillman à Londres du fait d'une très forte dépendance. C'est là qu'il achève sa grande œuvre de prose, la Biographia Literaria, mi-biographie, mi-recueil de critiques littéraires.

Coleridge qui est né l'année de la mort de Swedenborg s'est très tôt familiarisé avec les écrits de Swedenborg, dont il fut jusqu’à la fin de sa vie un lecteur aiguisé et passionné :

« J'ai souvent songé à composer un livre intitulé : Défense des grands hommes injustement attaqués, et dans ces moments-là les noms qui se présentent les premiers à mon œil spirituel sont Giordano Bruno, Jacob Böhme, Bénédict Spinoza et Emmanuel Swedenborg. Ainsi, même avec une connaissance très partielle des œuvres de Swedenborg, je puis sans crainte affirmer qu'en tant que naturaliste, psychologue et théologien, il a des droits incontestables et multiples à la gratitude et à l'admiration des hommes de science et des philosophes. Et c'est cet homme que l'on a voulu faire passer pour un fou ! Trois et quatre fois heureux serions-nous s'il était donné aux savants et aux maitres de ce siècle d'être doués d'une telle folie, d'une folie en quelque sorte céleste et découlant de l'Esprit Divin ».


Jacques Matter (1791-1864 / 73 ans) France (Écrivain, théologien, professeur d'histoire et de philosophie, pasteur, inspecteur, et administrateur.)

Inspecteur général et professeur d'histoire ecclésiastique à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg. Il fut professeur d'histoire au collège royal de Strasbourg (1818-1820), puis professeur de philosophie au Séminaire protestant (de 1820 à 1843 et de 1846 à 1864) et enfin professeur d'histoire ecclésiastique à la Faculté de théologie. Cependant, Matter n'était pas qu'un enseignant, il fut également pasteur (de 1825 à 1829 à St Thomas), et un écrivain fécond. Il est nommé inspecteur d'académie (1818), puis inspecteur général des études (de 1828 à 1845). Il démissionne de ses fonctions en 1845. Alors nommé inspecteur général des bibliothèques il n'occupe ce poste qu'un an, avant de se consacrer entièrement à ses recherches. Celles-ci concernaient essentiellement les doctrines philosophiques et ésotériques, ce qui contribua à le mettre à la tête d'un cercle de théosophes strasbourgeois. Il est d'ailleurs l'inventeur du mot « ésotérisme » en français, que l'on retrouve dès 1828 dans son Histoire critique du gnosticisme et de son influence sur les sectes religieuses et philosophiques de six premiers siècles de l'ère chrétienne, Paris, F. G. Levrault, 1828, 2 vol. Il héritera des écrits personnels de Saint-Martin dont il deviendra le premier biographe : Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits », Paris, 1862, actuellement encore la biographie la plus complète sur ce mystique.

Auteur d'ouvrages estimés d'histoire, de pédagogie et de philosophie, il fut le premier en France qui prit la peine d'écrire une biographie impartiale et bien documentée sur Swedenborg : Emmanuel de Swedenborg, sa vie, ses écrits et sa doctrine, Paris, Didier et Cie, 1863.

Matter s'exprime ainsi dès sa préface :

« Dans tout ce dernier siècle, qui connut tant d'hommes éminents, il y en eut peu de plus vigoureusement constitués de corps et d'âme que Swedenborg ; et nul ne fut plus laborieux, plus honnête, plus savant, plus ingénieux, plus fécond écrivain, plus lucide docteur. Nul, dans ce siècle où Rousseau se proclama aussi vertueux que tout autre, ne fut meilleur que Swedenborg, ni plus aimé, ni plus heureux ».

Au chapitre sept de sa biographie sur Swedenborg, nous lisons ce qui suit :

« La grandeur de Socrate reste, que son démon soit une fiction poétique ou une hallucination. Il en est de même de Swedenborg. La grandeur de sa pensée reste, que sa qualité de médium élu de Dieu pour servir d'organe et d'interprète de sa Parole auprès des hommes soit une pieuse fiction ou l'illusion la plus sincère. Sa doctrine, si complètement exposée dans ses écrits, a sa valeur en elle-même ; indépendante des visions citées à l'appui, elle est donnée dans les textes sacrés enfin compris. Tout homme de sens peut faire ce que fit le comte Hoepken : prendre la doctrine et laisser là les visions ». (4)

Deux lettres de Matter répandent encore plus de lumière sur la haute estime qu'il avait conçue pour le Voyant de Stockholm. Dans la première, adressée à M. Le Boys des Guays, il écrit :

« Vos amis de Paris vous ont entretenu de la publication que je me propose de faire sur la vie et les écrits de Swedenborg ; ils ont mis à ma disposition quelques-uns des ouvrages les plus considérables de cet homme extraordinaire dont je tiens à présenter et à faire apprécier le caractère, les facultés et les doctrines si exceptionnelles dans les annales de l'humanité ».

En plus de ce témoignage rapporté par Charles Byse, j'aimerais encore ajouter cette citation extraite de sa biographie sur Swedenborg :

« L'extase est pour tous un des phénomènes les plus incontestables et le plus éclatant d'entre ceux qui promettent quelques découvertes dans la science de l'âme. Elle y prend une place extraordinaire, la première de toutes, mais une place très légitime. Or de tous les extatiques qui ont jamais étonné le monde par leurs facultés exceptionnelles, Swedenborg est sans contredit celui qui unit à la plus haute science la plus grande raison, comme il est aussi de tous les visionnaires celui dont les visions sont les plus nombreuses, les plus concordantes entre elles et les plus conformes à son système de doctrine, système très complet, très conscient de son principe, de ses conséquences, de son but et de ses résultats ».


Thomas Carlyle (1795-1881 / 86 ans) Écosse / Angleterre (Éminent écrivain, essayiste, satiriste, traducteur et historien écossais, installé en Angleterre en 1834, il eut une très forte influence durant l'époque victorienne.)

Originaire d'une famille calviniste stricte, Carlyle se destine au métier de pasteur. Lors de ses années à l'Université d'Édimbourg il perd la foi. Il conservera cependant tout au long de sa vie les valeurs que lui ont inculquées ses parents. Cette synthèse entre un tempérament religieux et une foi chrétienne perdue contribue à rendre le travail de Carlyle intéressant aux yeux de nombre de ses contemporains aux prises avec les changements scientifiques et politiques de son temps. Il publie en 1837 l'Histoire de la Révolution française, une œuvre littéraire et historique de grande qualité qui eut une profonde influence sur la culture anglaise. Son ouvrage innovait, en faisant du peuple de Paris et non plus des élites révolutionnaires le seul et véritable acteur de la Révolution française. Sa critique de la Révolution française avec la mise en avant des images de foules sanguinaires, et de scènes d'horreur provoquées par la populace, visera à susciter une profonde aversion à l'égard de cet événement historique. Carlyle est également connu pour un pamphlet raciste dans lequel il défend l'esclavage et la domination de l'homme noir par l'homme blanc, écrit qui l'a largement désavoué, y compris parmi ses proches.

Il découvre Swedenborg à travers Ralph Waldo Emerson qu'il rencontre en 1833. Son roman : Sartor Resartus, 1836, dénote une forte influence de Swedenborg ainsi que du romantisme et de l'idéalisme allemand. Il écrira à son sujet : « Il est un des soleils spirituels dont la lumière rayonnera toujours davantage au fil des années à venir ».

« J'ai fait personnellement connaissance avec cet homme en ayant lu plusieurs de ses livres, ainsi que les biographies dont j'avais entendu parler. J'ai longuement réfléchi à la singulière apparition qu'il a faite dans ce monde ainsi que sur le remarquable message qu'il était, en ce temps-là, chargé d'apporter à ses frères en humanité. C'était, sans contestation possible, un homme de vaste culture, une forte tête de mathématicien, avec la disposition d'esprit la plus pieuse, la plus séraphique. Un homme splendide, aimable et tragique à la fois, ayant dans son cerveau un nombre incalculable d'idées qui, lorsque je les médite à mon usage, me semblent appartenir à ce qu'il y a de plus haut et d'éternel dans la pensée humaine. Ses ouvrages contiennent un nombre de vérités bien supérieur que ceux d'aucun autre homme. Il fut l'un des esprits les plus élevés dans le monde de la pensée, un des soleils spirituels dont la lumière ne pourra que rayonner de plus en plus puissamment dans le temps. »


Honoré de Balzac (1799-1850 / 51 ans) France (Écrivain français, romancier, dramaturge, critique littéraire, critique d'art, essayiste, journaliste et imprimeur.)

Il fut un des grands maîtres du roman français, dont il a abordé plusieurs genres, philosophique, fantastique, poétique. Il a surtout excellé dans la veine d'un réalisme visionnaire. Il a laissé l'une des plus imposantes œuvres romanesques de la littérature française, avec plus de quatre-vingt-dix romans et nouvelles. Lu et admiré dans toute l'Europe, Balzac a fortement influencé les écrivains de son temps et du siècle suivant. Les adaptations cinématographiques et télévisuelles de cette œuvre immense se sont multipliées, avec plus d'une centaine de films et téléfilms produits à travers le monde.

Le puissant écrivain qui forme la transition entre le romantisme et le réalisme, Honoré de Balzac, s'est passionné pour Swedenborg, et en a beaucoup parlé dans ses Études philosophiques, malheureusement peu connues. Dans la première, intitulée Louis Lambert, son héros s'exprime ainsi :

« Je suis revenu à Swedenborg, après avoir fait d'immenses études sur les religions et m'être démontré - par la lecture de tous les ouvrages que la patiente Allemagne, l'Angleterre et la France ont publiés depuis soixante ans - la profonde vérité des aperçus de ma jeunesse sur la Bible. Évidemment, Swedenborg résume toutes les religions, ou plutôt la seule religion de l'Humanité. Si les cultes ont eu des formes infinies, ni leur sens ni leur construction métaphysique n'ont jamais varié. Enfin l'homme n'a jamais eu qu'une religion, Swedenborg reprend au Magisme, au Brahmanisme, au Bouddhisme et au Mysticisme chrétien ce que ces quatre grandes religions ont de commun, de réel, de divin, et rend à leur doctrine une raison pour ainsi dire mathématique. Pour qui se jette dans ces fleuves religieux dont tous les fondateurs ne sont pas connus, il est prouvé que Zoroastre, Moïse, Bouddha, Confucius, Jésus-Christ, Swedenborg, ont eu les mêmes principes et se sont proposé la même fin. Mais le dernier de tous, Swedenborg, sera peut-être le Bouddha du Nord. Quelque obscurs et diffus que soient ses livres, on y trouve les éléments d'une conception sociale grandiose. Sa théocratie est sublime, et sa religion est la seule que puisse admettre un esprit supérieur. Lui seul fait toucher à Dieu, il en donne soif ».

Dans une étrange histoire, Séraphitus-Séraphita, Balzac raconte la vie de Swedenborg par la bouche de M. Becker, pasteur du village de Jarvis, sur l'un des pittoresques fiords de la Norvège :

« Mais que signifient ces lambeaux pris dans l'étendue d'une œuvre de laquelle on ne peut donner une idée qu'en la comparant à un fleuve de lumière, à des ondées de flammes ? Quand un homme s'y plonge, il est emporté par un courant terrible. Le poème de Dante Alighieri fait à peine l'effet d'un point, à qui veut se plonger dans les innombrables versets à l'aide desquels Swedenborg a rendu palpables les mondes célestes, comme Beethoven a bâti ses palais d'harmonie avec des milliers de notes, comme les architectes ont édifié leurs cathédrales avec des milliers de pierres. Vous y roulez dans des gouffres sans fin, où votre esprit ne vous soutient pas toujours ».

Des références aux enseignements de Swedenborg sont également visibles dans Peau de Chagrin, À la Recherche de l'Absolu, Ursule Mirouët, Cousin Pons, et bien d'autres de ses œuvres. Dans une lettre écrite en 1837 à Madame Hanska, sa maîtresse et plus tard à sa femme, le grand romancier français déclara sans ambages : « Je ne suis point orthodoxe et ne crois pas à l'Église romaine, le swedenborgianisme est ma religion ».


Ralph Waldo Emerson (1803-1882 / 79 ans) États-Unis (Poète, philosophe, et essayiste. Chef de file du mouvement transcendantaliste américain du début du XIXe siècle. Une bonne part de ses intuitions lui viendront de son étude des religions orientales, notamment de l’hindouisme, du confucianisme et du soufisme.)

Emerson rencontra l'œuvre de Swedenborg tandis qu'il était étudiant à Harvard Divinity School, et resta tout au long de sa vie un fervent lecteur de son œuvre. Son essai biographique : Swedenborg, or the Mystic, fut publié dans son Representative Men en 1850 (5). D'autres références à Swedenborg se trouvent dans plusieurs de ses œuvres : English Traits (1856) ; May-Day and Other Poems (1867). Lors d'un grand voyage en Europe au cours des années 1832-1833, il rencontre en Grande-Bretagne tout un groupe de condisciples passionnés par Swedenborg, tel que Coleridge, James John Garth Wilkinson traducteur et biographe de Swedenborg, et Thomas Carlyle avec lequel il entretiendra par la suite une correspondance jusqu'au décès de Carlyle, en 1881.

« Le plus remarquable pas dans l'histoire religieuse des temps modernes est celui qui a été fait par le génie de Swedenborg.

Swedenborg avait un vaste génie et il annonça beaucoup de choses vraies et admirables. Ces vérités, passant de son système dans la circulation générale, se rencontrent à présent chaque jour, modifiant les vues et les crédos de toutes les Églises, même des hommes hors de toute Église. Tous nous reconnaissons, je pense, qu'il se fait une révolution dans les esprits.

Emmanuel Swedenborg - qui fut un visionnaire aux yeux de ses contemporains - a vécu sans aucun doute une vie plus réelle que qui que ce soit d'autre en son temps. Comme il arrive aux grands hommes, par la variété et la puissance de ses facultés il semblait être un composé de plusieurs personnes, pareil à ces fruits géants qui mûrissent dans les jardins par l'union de quatre ou cinq fleurs simples.
Le génie qui devait faire entrer dans la science de son siècle une science beaucoup plus subtile, dépasser les limites de l'espace et du temps, s'aventurer dans le mystérieux royaume des esprits, tenter d'établir dans le monde une religion nouvelle, commença ses études dans les carrières et les forges, au milieu des creusets et du métal fondu, dans les chantiers de navires et les salles de dissection. Il n'est peut-être pas un seul individu qui soit capable de juger les mérites de ses œuvres sur tant de sujets différents. Il paraît avoir anticipé dans une large mesure la science du dix-neuvième siècle.
Il est un des mastodontes et des mammouths de la littérature, qui ne saurait être mesuré par des collèges entiers d'érudits ordinaires. Sa présence majestueuse ferait craquer les robes de toute une université. Nos écrits sont faux parce qu'ils sont fragmentaires, mais Swedenborg est systématique, et chacune de ses phrases concerne le monde entier, ses facultés agissent avec une ponctualité astronomique, et son admirable style est pur de toute impertinence et de tout égoïsme. Ses vues favorites furent nommées par lui la doctrine des Formes, la doctrine des Séries et des Degrés, la doctrine de l'Influx, la doctrine des Correspondances. Son exposé de ces doctrines mérite d'être étudié dans ses livres, que toute personne ne peut pas lire, mais qui récompensera celui qui le peut. Ses écrits seraient une bibliothèque suffisante pour un lecteur solitaire et athlétique.
Esprit colossal, il devance de loin son siècle, ses contemporains ne le comprennent pas. Pour le juger, il faut être placé à une distance considérable de lui. Comme Aristote, Bacon, Selden, Humboldt, il démontre la possibilité d'un savoir immense, d'une quasi toute-présence de l'âme humaine dans la nature.
»

Enfin Emerson met Swedenborg au même rang qu'Homère, Dante, Shakespeare et Goethe, il en fait : « un des inflétrissables pétales qui composent la fleur parfaite de l'humanité ».

Notons qu'Emerson ne partageait pas les vues de Swedenborg en ce qui concerne l'enfer, et son symbolisme biblique.


George Sand (1804-1876 / 72 ans) France (Pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant. Romancière, dramaturge, épistolière (qui écrit des lettres à caractère littéraire), critique littéraire et journaliste française. Parmi les écrivaines les plus prolifiques, avec plus de 70 romans à son actif et 50 volumes d'œuvres diverses dont des nouvelles, des contes, des textes politiques et des pièces de théâtre.)

George Sand contribuera activement à la vie intellectuelle de son époque. Ses premiers romans bousculent les conventions sociales et magnifient la révolte des femmes en exposant les sentiments de ses contemporaines, chose exceptionnelle à l'époque et qui divisa aussi bien l'opinion publique que l'élite littéraire. Elle prend la défense des femmes, prône la passion, fustige le mariage et lutte contre les préjugés d'une société conservatrice. Elle fait scandale par sa vie amoureuse agitée, par sa tenue vestimentaire masculine et son pseudonyme masculin, dont elle a lancé tous deux la mode. Elle s'est aussi illustrée par un engagement politique actif à partir de 1848, ouvrant ses romans à la question sociale, en défendant les ouvriers et les pauvres, pour se tourner ensuite vers le milieu paysan. Elle a entretenu une grande amitié avec Victor Hugo par correspondance, mais ces deux grandes personnalités ne se sont jamais rencontrées.

Le traducteur français des œuvres théologiques de Swedenborg, M. Le Boys des Guays, eut pendant plu¬sieurs années des relations avec George Sand, dont il était assez voisin. Il en reçut plusieurs lettres aussi franches que sérieuses concernant notre auteur. George Sand lui écrit d'abord, en 1852, pour le remercier de lui avoir offert un livre de Swedenborg : « Connaissant peu ou mal cet homme extraordinaire, j'ai toujours désiré le lire plus et mieux. Je vous devrai d'avoir une opinion éclairée sur ce fait métaphysique et religieux si diversement apprécié jusqu'à ce jour. Les quelques pages que j'ai lues du volume que vous m'avez envoyé me paraissent d'une grande clarté ».
L'année suivante, elle en sait déjà davantage et écrit : « Toute la philosophie de cette religion ne rencontre en moi nul obstacle intérieur ».
Dans une lettre de 1855, elle dit encore : « Il me faudra plus d'un an pour connaître et juger sainement ce très grand esprit de Swedenborg, qui me paraît dans le courant des grandes vérités ».
Enfin une lettre de 1857 contient les lignes suivantes : « J'ai lu avec intérêt votre dernier envoi, et j'y ai trouvé de très belles choses, une morale très élevée qui est la mienne, celle à laquelle j'ai toujours aspiré dans mon esprit. Ce que j'appelle ses extases a un caractère très particulier, en ce que l'imagination ne l'emporte jamais à des visions qui soient en désaccord avec sa philosophie, sa métaphysique et sa morale ».


Hiram Powers (1805-1873 / 68 ans) États-Unis (Sculpteur néoclassique américain. Une de ses sculptures les plus connues est « L'Esclave grecque ».)

« Swedenborg est mon auteur ; tous les autres écrivains me font l'effet de se mouvoir dans les ténèbres, une petite bougie à la main, tâtonnant pour trouver leur route, tandis qu'il marche lui-même à la pleine lumière du soleil. »


Elizabeth Barrett Browning (1806-1861 / 55 ans) Angleterre (Poétesse, essayiste et pamphlétaire anglaise de l'ère victorienne.)

Elle commence à écrire dès son plus jeune âge, et son intérêt la porte vers les œuvres de l'Antiquité gréco-latine et hébraïque lues dans le texte. Elle cultive aussi les grands classiques anglais, français, allemands et italiens. Sa vie bascule lorsque, à la fin de son adolescence, elle est atteinte d'une paralysie. Après la mort accidentelle de son frère préféré, elle vit en recluse dans sa chambre à Londres, où son état est aggravé par d'importantes prescriptions d'opium. De plus, elle est prisonnière de l'affection possessive et tyrannique d'un père envers ses enfants, qui entend leur imposer le célibat. Le poète Robert Browning, ébloui par la lecture d'un recueil de ses poèmes, entreprend avec elle une correspondance amoureuse. Au bout de deux ans, celle-ci se conclut en 1846 par un enlèvement, un mariage clandestin et une fuite en Italie, où le couple voyage et publie pendant quinze ans, jusqu'à la mort d'Elizabeth à Florence en 1861.

Elle est surtout connue pour deux œuvres, Sonnets from the Portuguese dans lequel elle chante son amour naissant, puis triomphant pour Robert Browning, et Aurora Leigh, long roman en vers où elle aborde des questions historiques, sociales et politiques, et où elle retrace également l’itinéraire personnel, intellectuel et moral d'une artiste revendiquant sa féminité et l'accomplissement de sa vocation. Elle deviendra l'une des figures majeures de la poésie victorienne, une écrivaine à la fois engagée et lyrique, à la culture encyclopédique.


Robert Browning (1812-1889 / 77 ans) Angleterre (Poète et dramaturge reconnu comme l'un des deux plus grands créateurs poétiques de l'Angleterre victorienne.)

Robert passe son enfance et sa jeunesse dans une famille éprise des lettres et des arts. L'accès illimité à de grandes œuvres littéraires, doublé d'une insatiable curiosité intellectuelle, lui permet d'acquérir un immense savoir et de cultiver son goût pour la poésie. Comme il ne supporte pas d'être scolarisé, ses tentatives d'études secondaires puis supérieures laissent rapidement place à un parcours intellectuel éclectique. Ses œuvres monumentales, souvent longues et rédigées dans un style parfois difficile, dérouteront souvent, par leur originalité, le public comme la critique.

Les Browning ont lu ensemble au début de leur mariage « l'Amour Conjugal » de Swedenborg. Au cours des années 1850, les lettres d'Elizabeth font régulièrement référence à ses lectures de Swedenborg et attestent de l'influence de ses enseignements sur son monumental roman : Aurora Leigh (1857). Dans ses lettres, Robert semble moins sensible à Swedenborg, mais au moins trois de ses œuvres de maturité les plus importantes : Men and Women (1855), Dramatis Personae (1864), et The Ring and the Book (1868-1869) s'avèrent très fortement influencées par les enseignements de Swedenborg. Les Brownings étaient tous deux amis avec le célèbre swedenborgien anglais Charles Augustus Tulk, et Robert fut un ami précoce de James John Garth Wilkinson.

Voici une des citations d'Elizabeth à son sujet :

« Je maintiens que la seule lumière qui ait jamais été donnée sur l'autre vie se trouve dans la philosophie de Swedenborg. Cette philosophie explique en grande partie le mystère des choses ».


Henry James, senior (1811-1882 / 71 ans) États-Unis (Père de William James, et de Henry James. Théologien, écrivain et penseur américain, adepte des enseignements de Swedenborg.)

Il fut un partisan convaincu de l'égalitarisme radical de Robert Sandeman, et du socialisme utopique du philosophe français Charles Fourier (1772-1837), il fut un féroce critique du « primaire et brutal matérialisme » de la société américaine, l'avocat également de nombreuses réformes sociales, telles que l'abolition de l'esclavage et la libéralisation du divorce. Bien que ses idées n'aient jamais été reçues avec un grand enthousiasme par ses contemporains, et qu'il ne fut pas très estimé par son siècle dominé par la toute science, il ne s’est jamais découragé. En fait, c'est dans ses dernières œuvres que sa pensée trouvera sa meilleure expression. Il s'est aussi beaucoup investi dans l'éducation de ses enfants, veillant à leur apporter le meilleur de ce qu'il pensait leur être utile. Un engagement qui a porté ses fruits au-delà de toute espérance si l'on en juge par le génie et l'œuvre de ses deux fils William et Henry James.

Il a entre autres écrit The Secret of Swedenborg, 1869 (6). Voici quelques extraits de ce qu'il y écrit à son sujet :

« Il est connu de tout le monde que Swedenborg, bien des années avant sa mort, prétendait être le précurseur d'un nouvel avènement spirituel du Divin dans l'histoire de l'humanité. Des assertions similaires ne sont pas rares dans l'histoire, et je ne peux dénier que mon attitude à leur égard soit celle a priori d'une réaction de mépris et d'hostilité. Mais la mission présumée de Swedenborg, telle qu'il la concevait lui-même, et telle que ses livres la présente, ne réclame aucune sanction personnelle ou extérieure, et ne nécessite aucun autre crédit que celui de la joie spontanée de tout homme pour la vérité auquel elle se donne. Il était lui-même remarquablement détaché de ces reconnaissances personnelles ou intellectuelles que réclame l'estime populaire ; et je suis absolument convaincu que de telles considérations ne sont jamais entrées dans son cœur sans prétention, comme celui de s'attribuer un quelconque pouvoir qui aurait pu éclipser de quelque façon que ce soit la relation à l'homme ou au Divin.
Swedenborg, comme nous l'apprend son dernier biographe, M. White, dont le travail est presque un modèle en son genre, fait honneur à son esprit et à sa conscience, et il possédait l'intelligence la plus saine et la plus étendue que notre époque ait connue. Cette doctrine, dans l'esprit de ceux qui sont capables de discerner sa profonde signification intellectuelle, représente l'ultime apothéose de la philosophie
».


Charles Baudelaire (1821-1867 / 46 ans) France (Écrivain, critique littéraire et d’art et journaliste. Il occupe une place considérable parmi les poètes français pour un bref recueil, au regard de l’œuvre de son contemporain Victor Hugo, mais qu’il aura façonné sa vie durant : « Fleurs du mal ».)

En 1843, il découvre les « paradis artificiels » où il goûte à la confiture verte (haschisch). Il renouvellera cette expérience qui semble décupler sa créativité, occasionnellement, et sous contrôle médical, en participant aux réunions du « club des Haschischins ». Sa pratique de l’opium est plus longue. Comme Thomas de Quincey avant lui, l’accoutumance lui fait augmenter progressivement les doses. Croyant y trouver un adjuvant créatif, il en décrira les enchantements et les tortures. Dans l'année 1848, il commence à traduire l’écrivain américain Edgar Allan Poe, qu'il admire beaucoup et dont il deviendra le traducteur attitré. Dès sa parution en 1857, Les Fleurs du mal sont poursuivies pour offense à la morale religieuse et outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs. Victor Hugo, à qui Baudelaire a envoyé son recueil, lui envoie de son exil à Guernesey une lettre enthousiaste : « Vos Fleurs du Mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles. Je crie bravo de toutes mes forces à votre vigoureux esprit. Permettez-moi de finir ces quelques lignes par une félicitation. Une des rares décorations que le régime actuel peut accorder, vous venez de la recevoir. Ce qu’il appelle sa justice vous a condamné au nom de ce qu’il appelle sa morale ; c’est là une couronne de plus ». Il laissera, outre Les Fleurs du Mal, Le Spleen de Paris, recueil de poèmes en prose, et des œuvres comme Les Paradis artificiels, Mon cœur mis à nu ou encore Fusée. On compte parmi ses relations proches, Édouard Manet, Théophile Gautier, ou encore Gérard de Nerval. Il appréciait particulièrement par les peintures d’Eugène Delacroix, la musique de Richard Wagner, et il fut un grand admirateur de l’œuvre d'Honoré de Balzac. Il mourra prématurément de la syphilis à l'âge de 46 ans.

Baudelaire a probablement découvert Swedenborg à travers Balzac. La première référence dans son œuvre se trouve dans son premier écrit, une nouvelle intitulée : La Fanfarlo, qui parut pour la première fois dans le « Bulletin de la société des gens de lettres » en janvier 1847 alors qu'il n'avait que 26 ans. Je cite ce passage de son roman dans lequel on notera l'ambiguïté de savoir si le livre de son protagoniste, Samuel Cramer, sur lequel s'éteint la seconde bougie ne parle pas du premier, celui de Swedenborg : « Il souffla résolument ses deux bougies dont l’une palpitait encore sur un volume de Swedenborg, et l’autre s’éteignait sur un de ces livres honteux, dont la lecture n’est profitable qu’aux esprits possédés d’un goût immodéré de la vérité ». (7)

La doctrine des « correspondances » de Swedenborg fascinera particulièrement Baudelaire qui en fera la pierre angulaire de sa métaphysique esthétique.
Voici, à travers un court résumé ce que Swedenborg en disait :

« La science des correspondances a été la principale science chez les anciens, surtout en Orient, en Égypte et en Grèce. Chez les anciens cette science était bien connue, elle était même la science des sciences et si universelle, que tous leurs livres ont été écrits par correspondances. Aujourd'hui elle est au nombre des sciences entièrement perdues, surtout en Europe. Néanmoins, cette science l'emporte sur toutes les autres sciences, car elle était la science même des sages, elle est aussi la science angélique par excellence.

Le Ciel est conjoint à la Terre par les correspondances. Les correspondances ont une très grande force, c'est pour cela que la Parole a été écrite par de pures correspondances, de là son sens interne ou spirituel, dont on ne peut connaître ni la nature, ni à peine l'existence, sans la science des correspondances. Cette science l'emporte sur toutes les autres, puisque sans elle on ne peut pleinement comprendre la Parole.

Il y a deux mondes, le spirituel et le naturel, ces deux mondes sont tellement distincts qu'ils n'ont rien de commun entre eux, mais néanmoins créés tels qu'ils communiquent et qu'ils sont même conjoints par les correspondances. Toutes les choses qui existent dans le monde naturel, en général et en particulier et jusqu'aux plus infimes, ont une correspondance avec les choses spirituelles et par suite les signifient, et cela parce que le monde naturel existe et subsiste d'après le monde spirituel. Il n'existe rien dans le monde naturel qui n'ait une correspondance avec le monde spirituel. »

Pour plus de détails, voir sur le site Swedenborg :
http://emmanuelswedenborg.info/enseigne ... dance.html

Voici à présent un extrait d'une remarquable étude de François Requet intitulée : Baudelaire et la philosophie (8) :

« Les références que Baudelaire fait à Swedenborg sont nombreuses dans ses œuvres, et le poète montre toujours une grande admiration pour ce philosophe. Il avait assurément parcouru ses ouvrages et avait fait sien le terme « correspondance.
Swedenborg invente la notion de correspondance par laquelle il explique le lien entre le monde visible et le monde invisible. Baudelaire, à sa manière, fera sienne cette hypothèse qu’il exploitera et décrira à de nombreuses reprises. Dans l’article sur Victor Hugo, de Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains, il écrit :

« Swedenborg, qui possédait une âme bien plus grande nous avait déjà enseigné que le ciel est un très-grand homme ; que tout, forme, mouvement, nombre, couleur, parfum, dans le spirituel comme dans le naturel, est significatif, réciproque, converse, correspondant. Lavater, limitant au visage de l’homme la démonstration de l’universelle vérité, nous avait traduit le sens spirituel du contour, de la forme, de la dimension. Si nous étendons la démonstration (non seulement nous en avons le droit, mais il nous serait infiniment difficile de faire autrement), nous arrivons à cette vérité que tout est hiéroglyphique, et nous savons que les symboles ne sont obscurs que d’une manière relative, c’est-à-dire selon la pureté, la bonne volonté ou la clairvoyance native des âmes ».

L’emploi le plus évident de la notion de « correspondance » sous la plume du poète est fait dans le sonnet justement intitulé « Correspondances :

« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens
».

(Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, IV Correspondances.)

Baudelaire reprend bien ici l’hypothèse d’un lien existant entre le monde matériel et le monde spirituel, d’un lien qui serait fait de « forêts de symboles » et qui pourrait très bien être chuchoté par les esprits, ces « regards familiers ». La « Nature » pourrait représenter l’immanence, le monde visible de l’homme, et le « temple » la transcendance, la demeure du Divin. Ce « temple » ne laisserait sortir que « de confuses paroles », c’est-à-dire des signes voilés : la divinité nous proposerait des ponts vers elle, mais elle n’apparaîtrait pas dans l’évidence.
Cela ne s’opposerait pas forcément au fait que c’est bien la Nature qui est ce temple, sorte de caisse de résonance du Divin, et que par conséquent, le monde matériel et le monde spirituel ne seraient pas distincts l’un de l’autre, mais se confondraient. Baudelaire soutient de la sorte l’existence d’une unité de la création, mais une unité qui est à la fois dissimulée et intime, qui est « une ténébreuse et profonde unité. » Dieu n’a pas créé deux mondes indépendants, il a créé un monde cohérent à deux facettes, dont l’une pourrait, en termes swedenborgiens, être la cause, et l’autre l’effet.
Remarquons que par le biais de ce dualisme que Baudelaire emprunte à Swedenborg, le poète adopte ici une compréhension du monde proche de celle de Platon. L’on pourrait ainsi affirmer que Baudelaire, par son inspiration swedenborgienne, développe une poésie platonicienne ».

Notons que bien d'autres poèmes de Baudelaire illustrent des idées et des concepts majeurs de l'œuvre de Swedenborg, comme : « Le flambeau vivant » (la présence et la fonction spirituelle des anges) ; « Élévation » (le passage dans l'autre vie et la montée vers la transcendance Divine) ; « La mort des amants » (l'union mystique des âmes sœurs dans la vie après la mort).


Richard Heber Newton (1840-1914 / 74 ans) États-Unis (Illustre pasteur épiscopalien et écrivain américain.)

Il sera recteur de « All Souls' Protestant Episcopal Church » de New York, de 1869 à 1902. Figure de proue du mouvement : « Social Gospel movement » (mouvement de l'Évangile social), apôtre de la : « Higher Criticism of the Bible » (haute critique biblique), il a activement travaillé à l'unification des Églises chrétiennes aux États-Unis. Trois fois accusé d'hérésie à cause de ses sermons et publications, il échappe à ces procès d'intention grâce à la protection de l'évêque Henry Codman Potter.

« Depuis le temps de Jésus jusqu'à nos jours il n'y a eu que peu de déve¬loppement, s'il y en a eu, dans la foi à l'immortalité. La première conception réellement nouvelle du ca¬ractère de l'immortalité donnée au monde pendant dix-huit siècles vint par le grand savant, philosophe et théologien de Suède, Emmanuel Swedenborg, qui mourut en 1772. Sa pensée, quelles qu'en fussent les sources, fut révolutionnaire. Il reconstruisit toute l'idée de l'Au-delà. Pour la première fois depuis mille huit cents ans - on pourrait presque dire pour la première fois dans l'histoire de l’humanité - l'autre monde prit des formes saines et sensibles, devint rationnel et concevable, naturel et nécessaire. La pensée de Swedenborg a pénétré lentement les grandes Églises de la chrétienté dans le monde occidental, et sous son influence la conception traditionnelle de l'immortalité a changé sans qu'on s'en aperçût. Une floraison vraiment nouvelle s'étend aujourd'hui devant nos yeux, floraison absolument sans parallèle dans l'histoire du christianisme. »


William James (1842-1910 / 68 ans) États-Unis (Premier enfant de Henry James senior, mentionné ci-dessus, et frère aîné d'Henry James, le célèbre romancier. Psychologue et philosophe américain.)

James est un des membres les plus éminents de la génération de penseurs qui ont contribué à donner à la pensée américaine sa propre tonalité. Il fut un des fondateurs du « pragmatisme », mais également de la « philosophie analytique », souvent présenté comme le père de la psychologie en Amérique. Son premier grand livre, publié en 1890, est intitulé The Principles of Psychology. Ce livre présente une psychologie basée sur l'évolutionnisme et axée sur la réflexion philosophique. Dans sa conception, l'homme coopère avec Dieu pour créer un monde en évolution permanente. À noter, un fondamental, sa conférence : The Varieties of Religious Experience publiée en 1902 (9). Il meurt d'un arrêt cardiaque dans sa maison de campagne à l'âge de 68 ans.)

« Swedenborg passe pour le plus grand psychologue de son siècle. Je comprends qu'on fasse de lui son homme ; mais il faudrait pouvoir lui consacrer sa vie ! »


Julian Hawthorne (1846-1934 / 88 ans) États-Unis (Journaliste polémique et écrivain américain. Il a écrit de nombreux poèmes, des romans, des nouvelles, des polars, des essais, des livres de voyages, des biographies.)

Accusé en 1908 d'une fraude fiscale, pour laquelle il a toujours clamé son innocence, il est condamné en 1913 à un an d'emprisonnement dans un centre pénitentiaire. À sa sortie de prison, il publie The Subterranean Brotherhood (La confrérie souterraine), 1914. Une œuvre appelant à la fin de l'incarcération des criminels qu'il juge, sur la base de sa propre expérience, inhumaine, et qui devrait être remplacée, à ses yeux, par la persuasion morale.)

« Le secret de la nature humaine est tout entier dans ses livres. Si vous allez à Swedenborg dans l'intention de vous rendre maître de son plan, il vous faut le faire avec la perspective de passer le reste de votre vie à ce travail, et même alors vous laisserez inachevées plusieurs de ses esquisses. Il demeure auprès de vous et change votre nature même, pourvu que vous le lui permettiez. »


Sir Arthur Conan Doyle (1859-1930 / 71 ans) Écosse / Angleterre (Écrivain et médecin britannique. Auteur de livres de science-fiction, de romans historiques, de pièces de théâtre, de poésies et d'œuvres historiques.)

Il devra sa célébrité à ses romans et nouvelles qui mettent en scène le détective Sherlock Holmes, considérés comme une innovation majeure du roman policier.

« Le plus grand voyant suédois, Emmanuel Swedenborg, peut légitimement prétendre être le père de nos nouvelles connaissances dans le domaine du surnaturel. Lorsque les premiers rayons du soleil levant de cette connaissance spirituelle sont tombés sur Terre, ils ont illuminé le plus grand et le plus élevé des esprits humains, avant de poser leur lumière sur des hommes de moindre hauteur. Cette sommité de l'esprit fut ce grand réformateur religieux. »


William Butler Yeats (1865-1939 / 74 ans) Irlande / France (Poète, dramaturge et visionnaire irlandais. Il est un des instigateurs du renouveau de la littérature irlandaise.)

Yeats rencontra Maud Gonne en 1889, une jeune admiratrice engagée dans le mouvement nationaliste irlandais, pour laquelle il conçut une grande passion qui eut une influence déterminante sur sa poésie et toute sa vie à venir. Il crée « l’Abbey Theatre » à Dublin en 1904, institution théâtrale à laquelle il restera attaché jusqu’à sa mort. Son œuvre, pour laquelle il reçoit en 1923 le prix Nobel, met en scène des héros irlandais, s’inspire des luttes nationalistes et indépendantistes, tout en s'inspirant de symboles religieux ou théosophiques. Lors de l’indépendance en 1921, il sera élu sénateur de « l'État libre d’Irlande » pendant deux mandats. En 1930, il se retire et s’installe dans le sud-est de la France où il meurt 9 ans plus tard.

Yeats a commencé à lire Swedenborg dès la vingtaine. Plus tard, il a édité les œuvres de William Blake en collaboration avec le peintre et poète Edwin Ellis. Des années plus tard de retour à l’étude de Swedenborg, il écrira dans son célèbre essai Swedenborg, Mediums et Desolate Places (10) :

« C'est bien Swedenborg qui découvrit au monde moderne - à l'encontre de la raison abstraite des savants, de la doctrine et de la pratique des lieux désertés par les bergers et les sages-femmes - la réalité d'un monde des esprits où il y a une scène comme celle qu'il y a sur la Terre, des formes humaines belles ou grotesques, des sens qui connaissent le plaisir et la douleur, le mariage et la guerre, tout ce qui peut être dépeint sur une toile, ou raconté dans des histoires ».

Yeats évoquera encore Swedenborg lors de son discours de remise du Nobel à Stockholm.


Paul Ambroise Valéry (1871-1945 / 74 ans) France (Écrivain, poète, essayiste et philosophe français.)

La poésie qu'il rédige à cette époque s'inscrit dans la mouvance symboliste. En 1890, sa rencontre avec Pierre Louÿs sera déterminante pour l'orientation de sa vie de poète. Ce dernier lui présentera André Gide et l'introduira dans le cercle étroit de Stéphane Mallarmé. Paul Valéry restera fidèle à Mallarmé jusqu'à sa mort.

Il s'intéresse aux expériences spirituelles de Swedenborg à travers la biographie de Martin Lamm, publiée pour la première fois en suédois en 1915, et écrira un avant-propos à son sujet dans la traduction française de cette biographie en 1936 (11) :

« Swedenborg est un personnage singulier du grand drame de l'Esprit Humain, une figure puissamment intéressante, dont l'histoire intellectuelle suscite une quantité de problèmes de première importance dans le domaine de la psychologie de la connaissance.

Je n’en finirais plus si je suivais toutes les questions auxquelles les enseignements de Swedenborg m’ont engagé. J’y suis entré sans soupçonner que je pénétrais dans une forêt enchantée où chaque pas fait lever des vols soudains d’idées, où se multiplient les carrefours à hypothèses rayonnantes, les embûches psychologiques et les échos, où chaque regard entrevoit des perspectives tout embroussaillées d’énigmes, où le veneur intellectuel s’excite, s’égare, perd, retrouve et reprend la piste. Mais ce n’est point du tout perdre son temps. J’aime la chasse pour la chasse, et il n’est point de quête plus prenante et plus diverse que celle au Mystère Swedenborg.

Le beau nom de Swedenborg sonne étrangement aux oreilles françaises. Il éveille en moi toute une profondeur d'idées confuses autour de l'image fantastique d'un personnage singulier, moins défini par l'histoire que créé par la littérature. Je confesse que je ne savais de lui, il y a peu de jours, que ce qui me restait de lectures déjà fort lointaines. Séraphitus-Séraphita de Balzac et un chapitre de Gérard de Nerval avaient été jadis mes seules sources, et je n'y avais pas bu depuis une trentaine d'années. Ce souvenir évanouissant m'était pourtant un charme. La simple résonance des syllabes du nom magique, quand je l'entendais, par hasard, me faisait songer de connaissances incroyables.

Swedenborg est un personnage singulier du grand drame de l'Esprit Humain, une figure puissamment intéressante, dont l'histoire intellectuelle excite une quantité de problèmes de première importance dans le domaine de la psychologie de la connaissance. J'aime la chasse pour la chasse, et il est peu de chasses plus prenantes et plus diverses que la chasse au mystère Swedenborg
».

Carl Gustav Jung (1875-1961 / 86 ans) Suisse (Grand psychologue suisse, fondateur de « la psychologie des profondeurs ». Il fut un penseur extrêmement influent du vingtième siècle.)

« J’admire Swedenborg comme un grand scientifique et un grand mystique à la fois. Sa vie et son travail m'ont toujours beaucoup intéressé et j'ai lu sept gros volumes de ses écrits lorsque j'étais étudiant en médecine. » (12)

SUITE : MESSAGE SUIVANT

Re: Swedenborg, pourquoi ? Swedenborg, comment ?

MessagePosté: 11 Oct 2018 14:49
par Patrick
« Swedenborg, pourquoi ? »

SUITE DU PRÉCÉDENT MESSAGE

Helen Keller (1880-1968 / 88 ans) États-Unis (Helen Adams Keller est une écrivaine, conférencière et militante politique américaine. Elle a milité toute sa vie au sein de mouvements socialistes, féministes et pacifistes, ainsi que pour d’autres causes similaires.)

Elle est frappée, à l'âge de dix-huit mois, par une maladie qui la laisse aveugle, sourde et muette. L'arrivée d'Annie Sullivan chez les Keller, marque le début d'un processus « miraculeux » qui conduisit, quelque 17 ans plus tard, la jeune fille d'un état quasi sauvage au diplôme, avec tous les honneurs, en lettres anciennes et modernes de la prestigieuse université de Radcliffe. Elle a écrit au cours de sa vie une douzaine de livres, et de nombreux articles pour la presse, dont : « Ma libératrice : Anne Sullivan », 1956, qui raconte comment sa professeure - qui deviendra plus tard la compagne de sa vie - a réussi à briser l’isolement dans lequel elle se trouvait plongée du fait d'une absence presque totale de langage. Permettant à la jeune fille de s’épanouir en apprenant à communiquer, celle-ci devint la première personne handicapée dans l'histoire des États-Unis à obtenir un diplôme universitaire. Son extraordinaire détermination a frappé les esprits et suscité une grande admiration. À l’âge de 22 ans, Keller publie l'histoire de cette incroyable sortie des ténèbres. Traduite dans plus de 50 langues elle deviendra son ouvrage le plus célèbre : The Story of my Life, 1903, traduit en français sous le titre de : Sourde, muette et aveugle. L'histoire de ma vie, 1956. Elle inspirera la pièce de théâtre : The Miracle Worker, et plusieurs films : Deliverance, film muet de 1919, puis Miracle en Alabama d'Arthur Penn en 1962, et le film hollywoodien largement inspiré de son histoire Black de Sanjay Leela Bhansali en 2005. Elle publiera 24 ans plus tard son autobiographie spirituelle, fruit de sa rencontre dès l’âge de seize ans, avec l'œuvre de Swedenborg, intitulée : My Religion, 1927. Au cours des 50 années qui suivent, Helen Keller se consacre au service de l'humanité, luttant pour les droits des femmes, des ouvriers, et des minorités défavorisées. Elle deviendra une ambassadrice mondiale des faibles et des opprimés. Elle prouva au monde que les personnes sourdes peuvent apprendre à communiquer, et être tout aussi aptes de faire des choses que les personnes entendantes font. Helen Keller devient l’une des personnes sourdes et aveugles les plus connues de l’histoire, un véritable modèle pour beaucoup de personnes aveugles et malentendantes dans le monde. En 1915, elle fonde avec George Kessler l'organisation « Helen Keller International » pour la prévention de la cécité et la réduction de la malnutrition dans le monde, fondation qui est aujourd'hui présente dans plus de 22 pays. Malgré le double handicap de sa cécité et de sa surdité, elle décédera le 1er juin 1968, à l’âge vénérable de 88 ans. Toutes les archives d'Helen Keller, stockées à New York, ont été perdues lors de la destruction des tours jumelles du World Trade Center lors des attentats du 11 septembre 2001.

Quelques-unes de ses publications en anglais :

- The Frost King, 1891. Un de ses premiers écrits à l'âge de 11 ans.
- The Story of My Life, 1903. L'histoire de sa vie jusqu'à l'âge de 21 ans, rédigé pendant ses années de collège avec l'aide d'Anne Sullivan et de son mari John Macy.
- The World I Live In, 1908. Donne aux lecteurs une vision de sa façon de voir le monde.
- Out of the Dark, 1913. Une série d'essais sur le socialisme.
- My Religion, 1927. Sa biographie spirituelle. Cet ouvrage entièrement révisé et augmenté avec d'autres textes de sa main sur Swedenborg, retitré : Light in My Darkness, est régulièrement réédité par la Swedenborg Foundation, 1994-2007.
- Midstream, 1929. Sur la décade de l'après-guerre.
- Teacher: Anne Sullivan Macy, 1955. Sur les 22 premières années de sa vie et son extraordinaire relation avec son professeur Miss Sullivan.

Quelques traductions françaises :

- Helen Keller. Ma religion, traduit de l'anglais et préfacé par Benjamin Vallotton, librairie Fischbacher, 1931.
- Helen Keller. Sourde, muette, aveugle : histoire de ma vie, traduction de l'anglais par A. Huzard, Payot & Rivages, 2001. (Date de la première édition : Édition Payot Mayenne, 1950.
- Ma libératrice : Anne Sullivan Macy, Payot, 1956.

Voici à présent quelques extraits d'une lettre qu'elle écrivit en 1926 à Paul Sperry, pasteur swedenborgien, qui lui avait suggéré l'idée d'écrire un livre qui témoigne de sa rencontre avec les enseignements de Swedenborg (13) :

« Plus je pense à cette idée et plus je me sens profondément motivée par ce projet. J'ai commencé par tenter de clarifier dans mon esprit mon impression au sujet de Swedenborg et de son œuvre. Ai-je une claire vision de sa personnalité ? Comment vais-je pouvoir faire comprendre à un public impatient et sceptique son incroyable affirmation d'avoir été pendant 27 ans en constante communication avec le monde spirituel ? Ai-je une compréhension suffisante de son extraordinaire expérience pour pouvoir en rendre compte aux lecteurs d'une façon constructive ?
J'ai lu tout ce qu'il m'a été possible de trouver en braille sur Swedenborg, et puis je dois avouer que je me suis senti dépassée par l'ampleur du sujet. Je me suis retrouvé complètement découragée à l'idée d'écrire un livre sur un homme dont la vie a été tellement unique et merveilleuse, au point que toute personne qui l'étudie doit se sentir aussi démunie qu'un petit enfant.
Ce serait une joie immense pour moi que de pouvoir devenir l'instrument qui permette de porter Swedenborg à ce monde, spirituellement sourd et aveugle. J'avais envisagé de commencer ce livre par un récit biographique et un éloge de Swedenborg, suivi par un long chapitre sur la question de l'amour - essence et somme de tous ses enseignements - ainsi que de courts résumés sur sa vision de la nature Divine, de la vie, du bonheur, de l'immortalité et des correspondances, ou du symbolisme sacré. Je le terminerais par un chapitre montrant combien le message de Swedenborg - à l'image du rocher frappé par Moïse dont a jailli une source d'eau douce et de guérison - génère une abondance de vérités pour tous ceux qui ont faim et soif dans la longue traversée de ce siècle asservie par le matérialisme et l'égoïsme.
Il y a parmi nous une désespérante indifférence pour toutes les choses de la foi, et une intolérance à l'égard de toute tentative d'appréhender les lois de cette vie d'une façon spirituelle. Je rencontre souvent des esprits instruits, et pourtant tellement incapables et lourds, qu’il leur faut plus d'une demi-heure pour aligner deux pensées au sujet de vérités de la plus simple nature.
Après avoir tenté de leur transmettre deux ou trois pensées, j'ai généralement affaire à une attitude de désespérante résignation, ou à de frénétiques efforts pour changer de conversation. Réellement, M Sperry, « penser » fait violence à la plupart des gens ! Mais je suppose que nous devons continuer à les faire avancer en les poussant doucement d'une façon ou d'une autre, jusqu'à ce qu'ils apprennent à utiliser l'esprit que Dieu leur a donné, pour peu qu'ils soient prêts à réaliser de plus grandes possibilités de vie.
Il y a une chose dont je suis convaincue, tout effort d'apporter du bien-être à ceux qui sont limités et aux prises avec ce siècle obscur et égocentrique, vaut la peine. Le message de Swedenborg a signifié tant de choses pour moi. Il a donné couleur, réalité, et unité à ma vision de la vie à venir. Il a exalté ma conception de l'amour, de la vérité et de l'utilité. Il a été ma plus forte incitation à surmonter mes limites. L'atmosphère créée par Swedenborg m'a totalement absorbée. Sa plus petite phrase est pour moi pleine de signification. Son livre « Divin Amour, Divine Sagesse » est une fontaine de Jouvence auprès de laquelle je suis toujours au comble du bonheur de me tenir. Je trouve en elle une paix bienfaisante, à l'abri de la folie bruyante du monde extérieur, avec sa débauche de mots sans signification, et d'actions sans grande valeur. Je plonge mes doigts dans cet immense fleuve de lumière, plus haute que toutes les étoiles, plus profonde que le silence qui m'enveloppe (Helen ne pouvait lire que le braille, du bout de ses doigts, et était totalement sourde). Lui seul est grand, tandis que tout le reste est petit et fragmentaire. Si j'étais seulement capable d'interpréter pour d'autres la moitié des idées vivifiantes et des nobles sentiments enfouis dans les écrits de Swedenborg, je les aiderais plus que je ne pourrais jamais le faire de n'importe quelles autres façons. J'ai une année de dur labeur devant moi, mais j'aimerais la commencer avec le sentiment que je parviendrais à rendre à mes semblables un tel service spirituel
».

Comment après cela, résister à l'envie de citer quelques extraits de son livre sur sa rencontre avec les enseignements de Swedenborg ? Ces paroles sont d'une puissance et d'une beauté stupéfiantes :

« Eût-il été illettré, si merveilleuse qu'ait été son expérience, si solides et justifiés qu'aient été ses jugements, il n'aurait pu maintenir ses positions et aurait été condamné par l'enquête impitoyable menée contre lui par les gens les plus compétents. Mais nous avons en lui un savant qui devance de beaucoup son époque, un maître dans le domaine des sciences. Il publia des travaux volumineux, qui font autorité, sur les merveilles de la nature, depuis le lichen minuscule s'agrippant aux rochers, jusqu'à l'extraordinaire complexité du cerveau humain, conservant un équilibre merveilleux, même dans les problèmes les plus ardus. Puis, avec la même audace, le même calme, la même maîtrise de soi, il se fraya, en dépit du danger, un chemin au milieu des précipices et des abîmes du monde spirituel, afin de nous faire connaître avec l'autorité du témoin oculaire, et sans crainte du ridicule, par quels fils ténus, mais inaltérables, l'esprit est relié à la matière, l'éternité au temps, et Dieu à l'homme.
Swedenborg était comme un œil, dans un monde d'aveugles, comme une oreille dans un monde de sourds, comme une voix criant dans le désert, mais dont on ne comprenait pas le langage. Il est possible que mon propre isolement du monde de la lumière et des sons me permette de sentir avec plus d'intensité l'étrange situation dans laquelle il devait se trouver. Je ne puis m'empêcher de penser qu'il se sentait extraordinairement seul, enveloppé d'une solitude plus que terrestre. Le monde lui paraissait étrange, parce qu'il l'avait déjà dépassé et je doute qu’il ne se soit jamais senti « chez lui » sur la terre après son « illumination.
En réfléchissant à cette phase de l'expérience de Swedenborg, je me sens particulièrement bien placée pour en saisir, du moins en partie, la signification. Pendant près de six ans, je n'eus aucune idée quelconque de la nature, ni de l'esprit, ni de Dieu. Je pensais littéralement au moyen de mon corps. Sans une seule exception, mes souvenirs de cette époque sont uniquement des impressions de toucher. Je sais que comme un animal, j'étais poussée à rechercher la nourriture et la chaleur. Ces souvenirs, impressions entièrement corporelles, sont pour moi très distincts, mais ils ne s’associent dans ma pensée, avec aucune étincelle d'émotion, avec aucun raisonnement. J'étais aussi inconsciente qu'une motte de terre. Et soudain, sans que je réalise comment, où et quand, mon cerveau sentit le choc d'un autre esprit, et je m'éveillai au langage, à la connaissance, à l'amour, aux concepts généraux de la nature, à l'idée du bien et du mal ! Je fus littéralement tirée de mon néant et placée sur le plan de la vie humaine, sur un plan aussi différent du premier que pour Swedenborg l'expérience du suprasensible était différente de son expérience terrestre !
Il est certain qu'il n'envisageait pas le fait d'être consciemment présent dans le monde spirituel comme le but auquel il devait parvenir ; il le considérait plutôt comme un moyen de comprendre différemment l'esprit et la matière, comme un moyen de tirer de la Parole de Dieu des principes, et non seulement des mots et des phrases. Il était convaincu qu'il avait pour mission de sonder et d'interpréter le sens spirituel, le symbolisme sacré des Écritures, et que ses expériences dans l'autre monde devaient l'aider à comprendre véritablement la Parole Divine, à communiquer à l'humanité les vérités les plus bienfaisantes et les plus merveilleuses.
La lumière se fit dans son esprit ; la vérité l'affranchit, et, à son tour, il employa ses talents remarquables à la libération du monde. Il se retira tranquillement, loin des splendeurs d'une société brillante, loin des honneurs dont on l'avait comblé, dans la solitude d'une petite cabane ; il y écrivit vingt-sept livres, dans le seul but de faire du christianisme une réalité vivante sur la terre.
Il faisait toute chose tranquillement et avec réflexion. Il n'avait rien de l'enthousiaste ni de l'exalté. Plus il pénétrait profondément dans le domaine spirituel, plus il devenait humble et calme. Il ne cherchait point à faire des prosélytes ; il ne désirait pas non plus donner son nom à la « Nouvelle Église » que le Seigneur, disait-il, allait établir dans le monde. Il sentait que son message était destiné à la postérité plutôt qu’à sa propre génération. Il ne savait que trop avec quelle incrédulité la plupart de ses affirmations seraient reçues. À sa mort, on chercha à faire taire son nom illustre, et l'on peut même dire que pour un certain temps l'un des plus nobles apôtres du christianisme fut presque oublié.
Cent cinquante ans se sont écoulés depuis la mort de Swedenborg, et le monde commence à reconnaître graduellement ce qu'il a accompli. L'opposition que ses doctrines soulevaient autrefois s'est transformée en une attitude de sympathie et d'intérêt. Un grand nombre d'esprits cultivés ont répandu ses enseignements dans les centres du monde civilisé. Son message s'est propagé comme la lumière, au côté du renouvellement de la science, de la liberté de penser et de la civilisation, renouvellement qui de toutes parts cherche à s'établir dans la vie de l'humanité. Je pourrai citer nombre de personnes dont l'existence n'était que difficulté et désespérance et qui se sont trouvées enrichies et éclairées par ce grand message. J'en suis moi-même un humble et vivant témoignage, et si par ce livre je pouvais aider, ne fût-ce qu'un seul de mes frères, à réaliser une union plus intime avec Dieu, j’en éprouverais une joie immense.
Tandis que je tâtonne dans l'obscurité, rencontrant sans cesse d'innombrables obstacles, j'entends des voix qui, du monde spirituel, murmurent à mes oreilles des paroles de réconfort et d'encouragement. Je suis traversé par un frisson sacré qui se déverse comme un flot de sources infinies. Je vibre aux accents d'une musique immensément douce, rythmée par les battements du cœur même de Dieu. Reliée aux soleils et aux planètes par d'invisibles liens, je sens la flamme de l'éternité en mon âme. Dans l'air que nous respirons tous les jours ici-bas, je perçois les courants et les ondes d'une atmosphère éthérée. Je suis consciente de la splendeur qui relie toutes les choses de la terre à toutes celles du ciel. Emmurée dans le silence et les ténèbres, je possède cette lumière qui me donnera une vision mille fois plus grande lorsque la mort m'aura libérée
».

(« Helen Keller. Ma religion », traduit de l'anglais et préfacé par Benjamin Vallotton, librairie Fischbacher, 1931. Pages 60-61 ; 18-30. En partie retraduit par mes soins à partir de l'original anglais.)


Jorge Luis Borges (1899-1986 / 87 ans) Argentine / Suisse (Poète, romancier, et essayiste argentin, pionnier du réalisme magique. Il est l’un des écrivains les plus influents du 20e siècle. Il avait une grande passion pour la littérature anglaise. Ses influences philosophiques incluent la pensée kabbalistique, Swedenborg, George Berkeley et d'autres philosophes idéalistes.)

Borges souffrait d’une grave maladie qui entraîna assez jeune une cécité progressive qui devint définitive en 1955. Cette épreuve aura une forte influence sur ses écrits. Il n'est découvert par la critique internationale qu'en 1950, et commence à jouir d'une renommée internationale au début des années 1960, reconnaissance qui lui vaudra de nombreuses distinctions et de multiples prix de littérature. Principalement connu pour ses fictions, nouvelles et romans, il écrit aussi des poèmes et publie une quantité considérable de critiques de films et de livres. Borges privilégie l’aspect fantastique du texte poétique, rejetant une écriture rationnelle, qu’il juge insuffisante et limitée. Une des influences majeures du réalisme magique latino-américain, Borges est aussi un écrivain universel dans lequel chacun peut se reconnaître. « Jorge Luis Borges est l’un des dix, peut-être des cinq, auteurs modernes qu’il est essentiel d’avoir lus. Après l’avoir approché, nous ne sommes plus les mêmes. Notre vision des êtres et des choses a changé. Nous sommes plus intelligents », dit à son propos Claude Mauriac. Il choisit, à la fin de sa vie, de retourner à Genève, la ville où il avait fait ses études, et y meurt d’un cancer du foie en 1986.

Swedenborg sera une des premières et des plus importantes influences mystiques chrétiennes qui influencera l'ensemble de son œuvre littéraire. Il manifeste sa reconnaissance pour Swedenborg, son auteur mystique préféré, dans divers anthologies et prologues écrits pour des traductions d'ouvrages de Swedenborg en espagnol. Notons également, son essai à son intention dans : Testimony to the Invisible (Témoins de l'invisible) (14).

« Il ne prêche pas, il publie ses livres anonymement, dans un latin sobre et austère. L'accusation de folie est réfutée par la clarté de son œuvre, et par le fait que nous n'avons jamais l'impression d'être en présence d’un homme qui aurait perdu la raison. Lorsqu’il développe ses enseignements, il est toujours d'une grande limpidité. Son œuvre est très vaste, écrite dans un style très serein. Il expose toute chose avec autorité, et une sage autorité.
J'ai rencontré des swedenborgiens aux États-Unis, où il y a une Fondation qui traduit et qui publie toujours ses livres en anglais. Mais on ne trouve aucun ouvrage de Swedenborg dans les nombreuses librairies de littérature spirituelle. Pourtant, c'est un mystique tellement plus riche que les autres, qui prétendent seulement avoir vécu des extases, ou qui décrivent leurs expériences de façon littéraire. Comme avec Dante par exemple, qui donne lui aussi une description des enfers, du purgatoire et des cieux, mais avec lequel nous avons affaire à une fiction littéraire, d'ailleurs soumise à sa prose en vers. Nous ne pouvons donc pas réellement croire que ce qu'il raconte fait référence à une expérience personnelle, il ne peut pas avoir fait l'expérience de ses vers. Swedenborg lui est le premier explorateur de l'autre monde, un explorateur que nous devrions sérieusement considérer.
» (15)

Voici un très beau poème composé par Borges en 1964 en l'honneur de Swedenborg (16) :

« Plus grand que les autres, cet homme
Marcha parmi eux, à une distance.
De temps à autre appelant les anges
par leurs noms secrets. Il vit
Ce que les yeux terrestres ne voient pas.
L'ardente géométrie, le cristal
Labyrinthe de Dieu, et le sordide
Dédale des plaisirs infernaux.
Il savait que la Gloire, et l'Enfer aussi,
Sont dans nos âmes, avec tous leurs mythes.
Il savait, comme les Grecs, que les jours
Du temps sont les miroirs de l'Éternité.
Dans un austère Latin, il inventoria
Les Choses Dernières et Inconditionnelles
».

Czeslaw Milosz (1911-2004 / 93 ans) Lituanie / Pologne / États-Unis (Poète, romancier, essayiste, traducteur, critique et érudit polonais. Il obtient le prix Nobel de littérature en 1980. Il fut une véritable figure de la liberté d'expression pour le 20e siècle.)

Né en Lituanie, il commence par étudier le droit en Pologne, mais se tourne très tôt vers la philosophie et la poésie. Il fonde avec d'autres poètes le groupe littéraire et la revue d'avant-garde Zagary. L'influence de son cousin, le poète français d'origine lituanienne, Oscar Venceslas de Lubicz Milosz, qu'il rencontre lors de son séjour de 1931 à Paris, et qui avait étudié Swedenborg, sera considérable. Socialiste engagé, il travaille à la radio polonaise en 1937. Suite à l'invasion de son pays par l'Armée Rouge en 1940, il fuit à Varsovie où il rejoint la résistance polonaise. Il y apporte son aide aux Juifs traqués par le régime nazi. Le mémorial de Yad Vashem en Israël lui attribuera le titre de « Juste parmi les Nations ». Il rompt ses liens avec le régime de Varsovie, en 1951, et demande l'asile politique à la France, où il vit dix ans. En 1953, il reçoit le prix littéraire européen. Il s'installe en 1961 aux États-Unis, occupe la chaire de langues et littératures slaves à l'université de Berkeley en Californie, où il obtient la nationalité américaine en 1970. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1980, suite à quoi ses poèmes sont enfin autorisés dans son pays d'origine. À partir de 1995, il effectue des séjours de plus en plus fréquents en Pologne et s'y réinstalle finalement les dernières années de sa vie.
Le thème de l'exil, qui marqua toute sa vie - polonais né en Lituanie, expatrié en France puis en Californie - constitue l'un des fils directeurs de son œuvre. La culture plurielle et polyglotte de Milosz ainsi que ses désillusions politiques se retrouvent dans ses compositions qui mêlent méditations, émotions, pensées métaphysiques, philosophiques ou historiques et motifs plus personnels.
Il considérait l'alcool et le tabac comme les drogues dangereuses. Il lui fallut des années de lutte pour arrêter de fumer, et modérer sa consommation d'alcool. Selon lui, la marijuana est quelque chose de tout à fait innocent, et l'obstination avec laquelle dans les années 60 les autorités américaines l’ont combattue relevait de l’obsession, et on ne peut l’expliquer que par la peur irrationnelle de ce qui est « autre ». Pour lui, l'usage des psychédéliques est un moyen démocratique de lutter contre l'ennui. Il leur attribuait une importance sociale considérable, comparable aux armes nucléaires et aux voyages interplanétaires. Leur diffusion pourrait, selon lui, ouvrir une nouvelle ère.

Note :
J'aimerais souligner à cette occasion que bien que le cannabis soit considéré comme une « drogue douce » - pour peu que l'on ait affaire à une qualité de produit biologique, ce qui est rare, et que la fréquence de son usage soit raisonnable - et que dans ces conditions il soit bien moins toxique et dangereux que l'alcool et le tabac, il n'est pas non plus tout à fait anodin. Quant à l'usage des psychédéliques, il engage, du fait de leur grande puissance, une consommation bien centrée et bien dosée, avec un produit de bonne qualité, dans un environnement adapté, et si possible avec un accompagnement, surtout pour les néophytes. Par ailleurs, ils ne devraient être utilisés que dans le contexte d'une « quête de vision », au sens où certaines traditions amérindiennes et chamanistes l'entendent, et n'être le fait que d'une consommation très occasionnelle. Leur consommation récréative, n'ayant pour perspective que de « briser l'ennui du quotidien », ne justifie en rien la prise de risque potentielle que représente cette « intoxication volontaire ». Bien qu'un tel usage, en quelque sorte « ritualisé », ne soit pas non plus fait pour tout le monde (sujets psychologiquement fragiles, tempéraments hypersensibles, ou personnes dénuées de tout élément de culture spirituelle), et sous réserve que de telles conditions soient rassemblées, il est indéniable que l'usage de ces « plantes sacrées » peut constituer un très puissant levier psychospirituelle, et avoir des vertus potentiellement curatives (addictions diverses, dépression, syndromes post-traumatiques, maladies graves, etc.). Il existe à présent une vaste culture livresque, documentaire et cinématographique sur ce sujet.

Je pense tout de suite au livre fondateur sur Maria Sabina (1894-1985). Guérisseuse mazatèque originaire du Sud du Mexique, elle fut la première chaman à inviter des Occidentaux à participer à des cérémonies alors secrètes nommées « Welada », au cours desquelles elle consommait avec ses patients des champignons hallucinogènes. Lors de ces cérémonies très cadrées, qui avaient lieu la nuit jusqu'à l'aube, elle priait et chantait pour la guérison de ses patients en s'accompagnant de percussions. Ses cérémonies avaient un but thérapeutique et spirituel mais non récréatif.

« La Sage aux champignons sacrés », de Maria Sabina, R. Gordon Wasson, Alvaro Estrada, Poche, 1994 (sur l'édition originale : « Autobiographie de Maria Sabina, la sage aux champignons sacrés » de Alvaro Estrada, 1979).

Voici une autre référence incontournable :

Stanislav Grof (né à Prague en 1931). Psychiatre tchèque, pionnier dans la recherche des états modifiés de conscience, chef de projet au Centre de recherches psychiatriques du Maryland aux États-Unis, il poursuit ses travaux sur le potentiel psychothérapeutique des états de conscience produits par l'utilisation du LSD dans un contexte approprié et très encadré. Le programme porte en particulier sur certains types de sujets : toxicomanes, personnes atteintes de cancer, ou en phases terminales, etc. Il est, avec Abraham Maslow, un des fondateurs de la psychologie transpersonnelle, et actuellement conseiller scientifique à l'Institut de recherche sur les expériences extraordinaires (INEERS).

« La rencontre de l'homme avec la mort », Stanislav Grof, en collaboration avec Joan Halifax, Monaco, Éditions du Rocher, 1982, (édition originale : « The Human Encontre with Death », 1977).

Voici encore les références d'un excellent film sur la cérémonie de l'ayahuasca, pratiquée depuis des temps immémoriaux dans tous le bassin Amazonien, par des prêtre-chamans guérisseurs attitrés :

« Icaros : A vision », réalisateurs : Matteo Norzi, Leonor Caraballo, Durée : 1h 31m. Une femme adopte une nouvelle façon de voir la vie et d'appréhender son destin après avoir voyagé en Amazonie péruvienne et s'être liée d'amitié avec un chaman indigène. Tourné au Pérou par un réalisateur italo-uruguayen et une cinéaste argentine (décédée pendant la post-production du film). Le film s'inspire d'ailleurs du parcours personnel de cette dernière, alors qu'elle se savait atteinte d'une maladie incurable, et de sa découverte de l'ayahuasca, breuvage composé de plantes hallucinogènes. Les « Icaros » du titre, sont les envoûtants chants chamaniques qui accompagnent la prise de ce breuvage. Chants qui sont eux-mêmes dotés de pouvoirs médicinaux sur ceux qui les écoutent.

Revenons - après ce détour utile - à Milosz qui a reconnu Swedenborg comme l'une de ses principales sources d'inspiration, avec Blake, Dostoïevski, Adam Mickiewicz, Simone Weil, et son propre cousin, Oscar. V. de L. Milosz.

« Le destin de Swedenborg est extraordinaire. Scientifique de grande renommée il a mené des recherches dans de nombreuses disciplines, de la géologie à l'anatomie. Membre de la Commission royale des Mines en Suède, il vécut une période d'illumination soudaine. Abandonnant ses travaux scientifiques, il produisit une œuvre volumineuse dans laquelle il décrit ses voyages à travers les Cieux et les enfers, ainsi que ses conversations avec les esprits. Il continua à fréquenter la haute société à laquelle il appartenait en tant que conseiller royal. Malgré le fait qu'il affirmait vivre simultanément dans l'autre monde, sa convivialité et son humour désarmaient ceux qui auraient aimé le faire passer pour un fou. Après sa mort, en 1772, son œuvre, traduite en anglais, amena plusieurs adeptes à fonder l'Église Swedenborgienne de la Nouvelle Jérusalem. Le romantisme, à son tour, récupéra Swedenborg en l'adaptant à ses propres attentes. Pour ses disciples, un monde éthéré et spirituel, opposé à ce monde matériel, était une thèse plutôt séduisante, ce qui n'est pas exactement conforme à ses enseignements. Le « Séraphita » de Balzac est typique de ce genre de mésinterprétation dans le romantisme. »

« Dans l'histoire de la rébellion de l'Homme contre Dieu, et contre l'ordre de la Nature, Swedenborg se distingue comme un guérisseur qui voulut briser le sceau des livres sacrés et qui rendit ainsi toute rébellion inutile. » (17)

« Sa vision de « l'autre rive » constitue un témoignage décisif de la vie imaginative de notre civilisation. Œuvre de la suprême faculté humaine, l'Imagination, grâce à laquelle tous les hommes seront un jour unis dans une humanité divine. L'Imagination, grâce à laquelle les vérités spirituelles se transforment en choses visibles. Il était donc essentiellement concerné par « l'énergie » qui se révèle dans la constante interaction de l'Imagination avec les choses perçues par nos cinq sens. » (18)


Louis Jean Français, pseudonyme de Benjamin Allard. France (Je n'ai trouvé ni date de naissance et de décès ni informations biographiques, concernant Benjamin Allard.) (19)

Il a publié un ouvrage intitulé : Naissance du monde nouveau annoncé par Emmanuel Swedenborg, L. Jean Français, édition des « Eaux-Claires », 1951, Paris. La première partie de ce livre est constituée par un texte biographique de 61 pages sur Swedenborg.

Voici ce qu'il écrit dans la préface de son ouvrage, et qui reste 67 ans après d'une étonnante actualité :

« Il semble parfois que nous vivons à une époque de désordre et de déraison. Malgré les grands progrès de la science et de l'industrie, nous longeons un diorama de ruines, celles des deux dernières guerres, et nous nous dirigeons vers un avenir qui se prépare avec des forces destructrices considérablement accrues.
Ce drame de notre époque de transformation est-il sans issues ? N'y a-t-il aucune lumière à poindre dans cette nuit troublante ? Quel est le but de cette évolution qui est si puissamment mue ? Pourquoi toutes ces guerres horribles ? Y a-t-il une possibilité de les éviter ?
Un homme a répondu d'avance à toutes ces questions. Il ne les a pas posées, mais il a exprimé dans toute leur intégrité les lois nouvelles vers lesquelles l'humanité est conduite. Il a donné l'origine de ces lois. Il a montré la logique de l'évolution spirituelle de l'humanité et son aboutissement. Il a situé notre époque dans cette évolution. Cet homme s'appelle Emmanuel Swedenborg.
Il peut paraître étrange qu'un homme dise qu'il a été chargé par la Divinité de révéler des vérités nouvelles, de dévoiler l'histoire spirituelle de l'humanité, de montrer le point d'évolution où nous sommes et où cette évolution nous conduit. Mais si les faits de la réalité dans laquelle nous sommes entraînés prouvent la vérité du message, alors il devient urgent de l'analyser de plus près et d'y porter une profonde attention.
On a trop souvent, en France et ailleurs, adjoint au nom de Swedenborg celui de mystique et d'illuminé, avec tout ce que ces mots comportent de péjoratif. Cette étiquette dispense de prendre au sérieux l'homme sur lequel on la place. Il est donc nécessaire de faire une mise au point. Le mot « mystique » peut donner des résonances très diverses. Mais si on accepte la définition et les caractères du mystique donné par certains auteurs, il est certain que ce terme qualifie très faussement Swedenborg. En effet, il n'y a rien de commun entre l'exaltation mystique et les exposés si rationnels et si logiques des œuvres de Swedenborg.
Comment appeler mystique (qui sacrifie la raison au sentiment) un homme qui affirme : « maintenant il est permis d'entrer intellectuellement dans les Arcanes de la foi. »
Comment appeler mystique (qui s'en prend à la liberté) celui qui écrit : « Une loi divine inviolable, c'est que l'homme doit être dans la liberté ? »
Il n'y a chez Swedenborg ni renoncement à la raison au profit de la contemplation ni ascétisme à aucun degré
».


Kenneth Ring (né en 1936) États-Unis (Professeur de psychologie à l'université du Connecticut. Surtout connu pour les études qu'il a menées sur un grand nombre d'individus ayant vécu des NDE ou EMI, expériences de mort imminente. Président et cofondateur de l'International Association for Near-Death Studies (IANDS). Fondateur et éditeur du Journal of Near-Death Studies.)

« Je donne un cours sur les (NDE), les expériences de mort imminente, et tous les phénomènes qui y sont reliés. Dans ce contexte j'ai consacré deux conférences à Swedenborg et à sa vie, de façon à le faire connaître à mes étudiants. J'y ai montré toutes les correspondances qu'il y a entre les enseignements de Swedenborg au sujet de ce qui se produit après la mort, et les toutes récentes découvertes qui ressortent des expériences de mort imminente. Je trouve cela très instructif.
Je ne sais pas de quelle façon le définir, comme un sage, un voyant, ou un mystique ? Probablement tout cela en même temps je suppose. Il semble qu'il ait, sur la seule base de ses propres expériences, complètement anticipé les découvertes de la recherche contemporaine sur la question des expériences de mort imminente. Il est réellement extraordinaire qu'il ait pu mettre en lumière tant de choses à ce sujet. Une personne qui a eu une expérience de mort imminente ne fait essentiellement qu'entrapercevoir ce qui se passe à travers l'embrasure d'une porte, tandis que Swedenborg lui a exploré toute la maison de la mort !
»

J'aimerais compléter cette citation de Kenneth Ring par ces quelques extraits empruntés à Charles Byse - qui a écrit une remarquable biographie sur Swedenborg, et une synthèse de ses enseignements en cinq volumes - car ils en font mieux comprendre les raisons (20) :

« Par une grâce très exceptionnelle, Swedenborg a été capable de vivre pendant vingt-sept années consécutives en relations conscientes avec les habitants de l'au-delà. Il les a vus et entendus comme ils se voient et s'entendent entre eux. Il a reçu leurs visites et visité leur domaine. En un mot, il a vécu en même temps dans les deux mondes, celui de la matière et celui de l'esprit. Sans passer par la mort il a, pour ainsi dire, exploré l'univers invisible, dont nous savons si peu et qui nous intéresse si fort, et il raconte, souvent en détail, ce dont il a été témoin dans ces voyages d'un genre si nouveau.
Mais ce n'est pas seulement pour éclairer les hommes sur l'autre monde que Swedenborg a reçu le privilège d'y être admis pendant vingt-sept ans ; c'est aussi pour leur enseigner des doctrines plus justes que celles de la chrétienté de son époque, pour leur présenter une nouvelle conception du christianisme, qui fût rationnelle ou philosophique, c'est-à-dire en parfait accord avec la science et la raison, en même temps que scripturaire et spirituelle. Ce grand but me parait légitimer la faculté merveilleuse et incroyable, dont il fut doué pendant toute la seconde partie de son existence.
La religion, telle qu'il l'a comprise, est une religion de l'esprit, en contraste avec la religion matérialisée et institutionnalisée des Églises catholiques et protestantes d'alors. Une religion personnelle en accord avec les influences auxquelles il avait été soumis. Pas de mysticisme précoce, nulle trace d'exaltation, pas de songe significatif, comme en eut son père ; mais une foi vivante, plus éclairée et plus tolérante que la simple orthodoxie, foi qui est une communion avec Dieu et qui a pour essence l'amour et la compassion. C'est en même temps un esprit philosophique, aussi remarquable dans la synthèse que dans l'analyse. Il aimait par-dessus tout écrire, et publier, ses productions de jeunesse sont le prélude à une immense littérature, supérieure.
» (21)

Voici, pour conclure, une nouvelle liste d'auteurs et de créateurs, peut-être un peu moins connu que ceux de la liste qui figure dans le sous-forum : « Les visions de Swedenborg en question », et qui ont également été influencés à des degrés divers par les enseignements de Swedenborg :

John Flaxman (1755-1826) ; Charles Augustus Tulk (1786-1849) ; Arthur Schopenhauer (1788-1860) ; Jacques Matter (1791-1864) Édouard Richer (1792-1834) ; Ferdinand Christian Baur (1792-1860) ; Frédérika Brémer (1801-1865) ; Hiram Powers (1805-1873 ; John Greenleaf Whittier (1807-1892) ; Edgar Allen Poe (1809-1849) ; Alfred Lord Tennyson (1809-1892) ; Éliphas Lévi, né Alphonse-Louis Constant (1810-1875) ; James John Garth Wilkinson (1812-1899) ; Henry Ward Beecher (1813-1887) ; Joseph Sheridan Le Fanu (1814-1873) ; Frédéric William Robertson (1816-1853) ; Walt Whitman (1819-1892) ; Coventry Patmore (1823-1896) ; Edward Everett Hale (1823-1909) ; John Bigelow (1817–1911) ; Mary Catherine Hume (1824-1885) ; George MacDonald (1824-1905) ; George Inness (1825-1894) ; Dante Gabriel Rossetti (1828-1882) ; Theodore Thorton Munger (1830-1910) ; Phillips Brooks (1835-1893) ; Charles Byse (1835-1925) ; Lymann Abbott (1835 -1922) ; Richard Heber Newton (1840-1914) ; Mary Artemisia Lathbury (1841-1913) ; Anna Collier Lee (1845-1908) ; Gabriel Fauré (1845-1924) ; Daniel Hudson Burnham (1846-1912) ; Julian Hawthorne (1846-1934) ; Elbert Green Hubbard (1856-1915) ; Fernand-Edmond-Jean-Marie Khnopff (1858-1921) ; Alice Archer Sewall James (1870-1955) ; Robert Frost (1874-1963) ; Vachel Lindsey (1879-1931) ; Martin Lamm (1880-1950) ; David Herbert Lawrence (1885-1930) ; Erza Pound (1885-1972) ; Carolyn A. Blackmer (1889-1972) ; Jean-Jacques Gailliard (1890-1976) ; Alice Very (1894-1977) ; William Archie Matson (1899-1885) ; Malcolm de Chazal (1902-1981) ; Kathleen Raine (1908-2003) ; Richard Yardumian (1917-1985) ; Wilson van Dusen (1923-2005) ; Colin Henry Wilson (1931-2013) ; Eugene Taylor (1946–2013) ; Louis Jean Français, pseudonyme de Benjamin Allard (???) ; Jean-Marie Gustave Le Clézio (né en 1940) ; Ping Chong (né en 1946) ; Kenneth Ring (né en 1936) ; Eben Alexander III (né en 1953).

Notes :

(1) « Swédenborg », vol. III, cours sept : « Admirateurs de Swedenborg », Charles Byse, Lausanne, 1912.
(2) « Awaken From Death. An inspiring description of the soul journey into the spiritual realms upon bodily death », Emanuel Swedenborg, J. Appleseed & Co., San Francisco, 1993.
(3) SwedenborgStudy.com : « http://www.swedenborgstudy.com/articles ... uenced.htm », Richard Lines, un spécialiste de l'influence de Swedenborg dans la littérature. Il y a également sur ce site des articles d'intérêt dans ce domaine d'autres auteurs. Voir aussi :
https://swedenborgsociety.wordpress.com ... wedenborg/
https://www.thelordsnewchurch.org/famou ... nborg.html
https://swedenborg.com/emanuel-swedenborg/influence/
(4) Comte Anders Johan von Hoepken (1712-1789 / 77 ans). Homme d'État suédois influent. Appelé à faire partie du sénat à l'âge de 55 ans, il se dis¬tingua par son zèle, la sagesse de ses conseils, et la protection qu'il accorda à toutes les institutions utiles. Il fut Premier ministre sous Gustave III, l'un des fondateurs de l'académie des sciences de Suède, et membre des principales acadé¬mies d'Europe. Auteur distingué, le style noble de ses biographies et de ses discours lui valurent le titre de Tacite suédois, et contribuèrent à épurer la langue suédoise, et à lui don¬ner la précision, la force et l'élé¬gance qui font sa marque. Voici ce qu'il écrira encore au sujet de Swedenborg : « J'ai souvent dit au roi (Gustave III de Suède) que si l'on avait à fonder un nouvel état, aucune religion ne serait plus propre à lui assurer de la force et de la stabilité́ que celle exposée par Swedenborg. Et cela pour deux raisons : d'abord, plus qu'aucune autre, cette religion tend à former des citoyens honnêtes et laborieux, car elle fait consister le culte divin dans la vie ou les bonnes œuvres. Ensuite elle affaiblit la crainte de la mort. La doctrine de la Nouvelle Église (celle du théologien suédois) est plus claire et plus satisfaisante qu'aucune autre pour la raison. Elle est incompatible avec toute espèce de fanatisme et de superstition, ces deux cruels fléaux du monde. Enfin je trouve dans tout son système une simplicité́ un enchainement, une logique semblable à ce que j'aperçois partout dans la nature, c'est-à-dire dans les œuvres de Dieu ».
(5) « Representative Men » (1850), version pdf : https://www.globalgreyebooks.com/conten ... ve-men.pdf
(6) « The Secret of Swedenborg », Henry James, AMS Press, Boston, 1869 ; réédité en 1983, version pdf : https://books.google.fr/books/about/The ... edir_esc=y
(7) Au sujet de « La fanfarlo » en lien avec Swedenborg voir : « The Dream of an Absolute Language. Emanuel Swedenborg & French Literary Culture », Lynn R. Wilkinson State University of New York Press, 1996, Albany ; pages 223-226.
(8) « Baudelaire et la philosophie », université de Franche-Comté, faculté des Lettres et Sciences Humaines, section de philosophie, année 2010-2011 ; chapitre : « Baudelaire, Swedenborg et De Maistre », pages 74-89. Ouvrage généreusement mis à disposition en en version pdf : https://www.atramenta.net/telecharger-e ... 37899.html
(9) « Varieries of Religious Expérience », édition avec nouvelle introduction d'Eugène Taylor et Jeremy Carette, 2002, en version pdf : https://rosswolfe.files.wordpress.com/2 ... nature.pdf Traduction française : « Variété de l'expérience religieuse », par Frank Abauzit, 1906, version pdf : http://classiques.uqac.ca/classiques/ja ... ieuse.html
(10) « Swedenborg, Médiums et Dessolante Places » a été réédité dans une version critique entièrement annotée : « Between Method and Mandes: Essays on Swedenborg and Literature »,éd. Stephen McNeilly, Swedenborg Society, London, 2005, version pdf : http://www.sacred-texts.com/neu/celt/vbwi/vbwi21.htm
(11) « Swedenborg », Martin Lamm de l'Académie Suédoise, traduit du suédois par E. Söderlindh, préface de Paul Valéry de l'Académie française, publications du Fonds Descartes, librairie Stock, Paris, 1936. Voir aussi le ci-dessus : « The Dream of an Absolute Language », pages 1, 2, 139, 149.
(12) Voir : « L'homme à la recherche de son âme », 1933 ; « Souvenirs, rêves et pensées », 1982.
(13) New Church History Fun Fact, voir : http://www.newchurchhistory.org/funfact ... html?p=534, March 18, 2010. Posted by: Ed and Kirsten Gyllenhaal.
(14) « Testimony of the Invisible, Essays on Swedenborg », by Jorge Luis Borges, Czeslaw Milosz, Kathleen Raine, D.T. Suzuki, Eugene Taylor, Wilson Van Dusen, Colin Wilson, edited by James F. Lawrence, Swedenborg Foundation, New York, 1995. Voir aussi ci-dessus : « Writers Influenced by Swedenborg ». Également : « Swedenborg and Borges: the Mystic of the North and the Mystic in puribus », de Emilio R Baez-Rivera, dans : « In Search of the Absolute: Essays on Swedenborg and Literature », edited and introduced by Stephen Mc Neilly, Swedenborg Society, 2004 ; pages 71-88.
(15) « Emanuel Swedenborg », Borges Oral, Madrid, Alianza, 1998.
(16) « The Other, The Same », Borges, 1964.
(17) Pages 22, 46, dans : « Testimony to the Invisible. Essays on Swedenborg » edited by James F. Laurence, Chrysalis Books, Swedenborg Foundation, Pennsylvania, 1995 ; « Dostoevsky and Swedenborg », by Czeslaw Milosz, pages 19-49.
(18) D'après : « In Search of the Absolute » page xvi ; et : « Testimony to the Invisible » pages 42, 25, 26.
(19) Ce n'est pas tout à fait exact, voir à ce sujet : « La Nouvelle Église de Lausanne et le mouvement swedenborgien en Suisse Romande des origines à 1948 », Jean-François Mayer, Swedenborg Verlag, Zürich, 1984 ; pages 104-106, 233-236.
(20) « Swédenborg », 5 volumes, Charles Byse, Lausanne ; vol. I et II : Georges Bridel et Cie Éditeurs ; vol. III-V : Léon Martinet Éditeur ; vol. I-II, 1911 ; vol. III-IV, 1912 ; vol V, 1913.
(21) (Swédenborg. I. Biographie. Le savant. Le philosophe. Le révélateur », deuxième édition, Lausanne, Paris, 1918. D'après les pages : 49, 121, 122, 226)

- Pour les notes biographiques : encyclopédie Larousse, Wikipédia, Babelio, etc.

Re: Swedenborg, comment ?

MessagePosté: 11 Oct 2018 16:31
par Patrick
Fanny, 4 juin 2018 à 11:29

Cher patrick

Un grand merci pour ce partage fort intéressant !!! Je ne sais pas si cela peut vous intéresser mais je lis actuellement le livre de Jean Prieur sur Swedenborg. J’en suis au tout début mais il a l'air de qualité....

Fanny

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Swedenborg, comment ?


« Tout ce qui est précieux est aussi difficile que rare ».

(Baruch Spinoza. Cité dans le très beau livre : « Le miracle Spinoza. Une philosophie pour éclairer notre vie », Frédéric Lenoir, Fayard, 2017)


Bien chère Fanny,

Un grand merci pour votre message. Lisez le dernier sous-forum, dont je vous ai envoyé le lien hier : « Les visions de Swedenborg en question », dans lequel je cite votre question que vous m'avez récemment autorisé à publier, après deux autres messages adressés l'année dernière par deux internautes, avec leurs réponses.

Vous y trouverez quelques allusions à Jean Prieur, dont j'avais par ailleurs mentionné la biographie sur Swedenborg dans la bibliographie du site Swedenborg.

Jean Prieur (1914-2016) professeur et écrivain français. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages consacrés à l’histoire de la spiritualité, à l'ésotérisme, à l'au-delà, à la vie après la mort, autant de sujets qu'il a fait découvrir, en tant qu'historien et philosophe, à de nombreux contemporains.

« Un Prophète pour notre temps, Swedenborg », Jean Prieur, bibliographie par Claude Bruley, Cercle Swedenborg, imprimerie Desseaux et Fils, 1970. (Petite biographie moderne en français de 74 pages, suivie d'une bibliographie de l'œuvre scientifique et théologique de Swedenborg de 18 pages. Ce livre serait la première publication spirituelle de Jean Prieur, avant son livre « Les témoins de l'invisible », et tous ceux qu'il a écrits ensuite. 92 pages)

C'est une œuvre qui a ses qualités, celle en particulier d'être d’une lecture aisée et rapide, mais qui manque à mes yeux d'approfondissement. Il est de ce point de vue vraiment dommage d’aborder un sujet aussi riche et passionnant d'une façon aussi succincte. Je citerai de ce point de vue cette citation de Samuel Sandels : « La belle histoire de sa vie demande à être abordée avec attention », et j'ajouterais « avec une très grande attention », pour les raisons évidentes que soulignent si bien la précédente collection de citations.

La deuxième édition augmentée pose un autre problème :

« Swedenborg, biographie et anthologie », suivi d'une bibliographie par Claude Bruley, Jean Prieur, Éditions Fernand Lanore, Paris, 1983. (Biographie, p. 7-72 ; anthologie, p. 76-222 ; bibliographie, p. 224-240. La biographie et la bibliographie sont les mêmes que celles de l'édition précédente. L'anthologie est un index thématique classé par ordre alphabétique. Il s'agit de petits résumés sur une grande diversité de sujets et de symboles. Réalisé sur la base de textes de Swedenborg, mais sur celle aussi de plusieurs auteurs de la littérature collatérale, voir : « Note de l'éditeur », p 75)

Cette anthologie, développe pêle-mêle toutes sortes de sujets qui n'ont bien souvent pas grand-chose à voir entre eux. Swedenborg n'y est quasiment jamais cité dans le texte, mais toujours paraphrasé avec plus ou moins de succès. Par ailleurs, il n'y a aucune référence ni aux ouvrages de Swedenborg ni à ceux dont cette anthologie se réclame. Elle laisse finalement l'impression d'un bric-à-brac pour le moins hétéroclite et confus, tout le contraire des ouvrages de Swedenborg toujours parfaitement orchestrés, d'une grande clarté et d’une simplicité épurée qui touche à la perfection.

Sa troisième publication : « Les visions de Swedenborg », pose à mes yeux encore davantage de problèmes. En effet, certains extraits de ses visions me paraissent tout à fait inappropriés, en cela que sorties de leur contexte elles ne manqueront pas d'être mal interprétées et de créer de regrettables méprises. Par ailleurs, ce livre, comme sa précédente anthologie, est un mélange de citations paraphrasées, et de commentaires sans aucune référence précise, au point qu'il est impossible de savoir vraiment qui écrit quoi, Swedenborg, Jean Prieur, ou d'autres commentateurs ?

Voici ce que Jean Prieur y écrit dans son introduction intitulée, « La Divine Comédie du Prophète Scandinave » :

« Cette Divine Comédie, diront certains, n'existe-t-elle pas depuis longtemps ? Son auteur ne l'a-t-il pas intitulée Arcana Coelestia et De Caelo et Inferno ? (1) À quoi je répondrai : quelles que soient les apparences, elle restait à écrire. Swedenborg, en effet, a publié ses Adversaria (2), où il relate ses premiers entretiens avec les esprits, en 1747 ; Arcanes Célestes, entre 1748 et 1756 ; puis Ciel et Enfer, qui en reprend certains thèmes, en 1758 ; or il a quitté ce monde en 1772. Pendant quatorze ans, il a vécu beaucoup d'autres expériences spirituelles, il a obtenu d'autres révélations, il a échangé d'autres propos avec les anges qui lui montrèrent de nouvelles visions.
Les œuvres postérieures à 1758 sont émaillées de références à l'Au-delà, mais ces descriptions, qui constituent la partie la plus originale de ses écrits, sont noyées dans une mer de considérations philosophiques, morales et religieuses ; elles sont disséminées dans une œuvre foisonnante qui, sur les rayons d'une bibliothèque, tient autant de place que celle de Balzac ou celle de Victor Hugo.
Il était donc nécessaire d'ajouter à Ciel el Enfer des éléments puisés dans les livres composés après l758. Ces livres sont innombrables : inspiré par ceux qu'il appelle les anges et qui sont des humains ayant parachevé leur régénération, l'infatigable auteur ne cessait de produire.
Ses tableaux de l'autre monde, tantôt affreux, tantôt plaisants, font constamment penser au triple voyage de Dante, qui commence son exploration par l'Enfer, la poursuit par le Purgatoire et l'achève dans les Cieux. Swedenborg dans son De Coelo et Inferno adopte un itinéraire différent : Ciel-Monde des Esprits-Enfer.
Contrairement à ces auteurs illustres, j'ai choisi la succession ; Monde des Esprits-Enfer-Ciel, qui me semble logique et conforme à la réalité des évolutions post-mortem, Swedenborg lui-même nous enseigne que tout un chacun débarque dans le monde intermédiaire avant d'être dirigé, selon la qualité de sa vie, soit vers les Enfers, soit vers les Cieux.
Je me suis donc attaché à regrouper les divers éléments empruntés aux œuvres du Prophète en perruque poudrée et à les organiser selon cette ligne de conduite. Au début, j'avais pensé présenter les textes tels quels ; c'était la solution de faci¬lité. Je m'aperçus bientôt qu'il fallait tout récrire. La phrase de Swedenborg, apparentée à la période latine, est toujours trop longue, trop compacte, surchargée de conjonctions et de relatifs, enlisée dans les incidentes, alourdie de tournures pléonastiques (3), dues à l'excès d'explications. Un abus des procédés de subordination et de coordination la rend indigeste, illisible et décourage les lecteurs les mieux disposés.
La prose du visionnaire est un large fleuve encombré de rochers, de troncs d'arbres et d'îlots. II était urgent d'enlever tous ces obstacles et de libérer son cours ; autrement dit, il s'agissait d'organiser des paragraphes, de diviser en plusieurs phrases la période interminable, de rajeunir et de varier le vocabulaire, d'éliminer l'accumulation des termes abstraits et surtout les redites qui conduisent à la fatigue et à l'ennui.
Mais Swedenborg n'est pas le seul responsable de cette lourdeur. Ses traducteurs français, qui étaient gens de bibliothèque, n'ont pas écrit dans la langue alerte de Voltaire, laquelle est si proche de nous, mais dans la langue rocailleuse et empêtrée de la première partie du XVIIe siècle. Certaines tournures employées par Moët, bibliothécaire de Louis XV, par Penéty, (4) bibliothécaire de Frédéric II, et par Le Boys des Guays étaient déjà vieillies à leur époque ; exemples : lors donc que, puis donc que ; il était difficile au XVIIIe, il est impossible aujourd'hui de couper en deux lorsque et puisque. (5)
En outre, l'absence de neutre, lacune propre au français, à l'espagnol et à l'italien, ne leur facilitait pas les choses ; il est sûr que Swedenborg est plus clair en latin et en allemand qu'en français. Quand il écrit verum durum, nos compatriotes des deux derniers siècles traduisent un vrai dur, et il faut comprendre : une vérité implacable. Quand il parle de vrais scientifiques, entendons : des vérités scientifiques et non pas d'authentiques savants. (6) Chaque fois que j'étais embarrassé par des amphibologies (7) de ce genre, je me suis reporté aux originaux, retrouvant après tant d'années l'heureux temps des versions latines.
Il fallait donc moderniser cette prose sans la dépoétiser, sans la désacraliser ; il s'agissait de la rendre fluide.
J'ai délibérément gardé le ton candide et parfois désuet de l'original. Par exemple, quand il est question de religieuses cloîtrées, j'ai pieusement conservé vierges catholiques romaines. J'ai également maintenu scortation et scortateurs, termes auxquels Swedenborg tenait beaucoup (8).
Que les swedenborgiens de stricte obédience se rassurent : cette restauration a été faite avec fidélité, avec respect par un homme qui n'a rien d'un iconoclaste (9), et qui a maintenu les passages opposés à ses croyances.
Quand il fut question de nettoyer les monuments de Paris, il y eut des gens pour crier au scandale comme si dépoussiérer et lessiver relevait du vandalisme, comme si restituer une œuvre à sa beauté première était un sacrilège.
M'inspirant de cette rénovation, que nul ne conteste plus aujourd'hui, j'ai nettoyé les pierres de l'édifice swedenborgien, arraché les lierres et gratté les lichens. Pressé par la nécessité de tout faire tenir en un seul volume, j'ai éliminé les constructions adjacentes, mais je n'ai ajouté ni clochetons ni tourelles.
Chaque fois que je me heurtais à un labyrinthe, j'ai résumé le passage, j'ai tracé une voie directe afin que l'esprit du Dante scandinave puisse s'y engouffrer avec plus de force.
» (10)

(« Les visions de Swedenborg », Jean Prieur, Éditions Fernand Lanore, François Sorlot Éditeur, Paris, 1984. 213 pages.)

Notes :
(1) Arcana Cœlestia ou : « Arcanes Célestes, contenus dans les Écritures Saintes, ou Parole du Seigneur, dévoilés : En Genèse et en Exode. Ainsi que les merveilles qui ont été vues dans le Monde des Esprits et dans le Ciel des Anges », 8 volumes, Londres, 1749-1756, et non 1748.
De Cœlo et de Inferno ou : « Du Ciel et de ses merveilles, et de l'Enfer, d'après ce qui a été entendu et vu. » Londres, 1758.
(2) Adversaria ou « Explication de la parole historique de l'Ancien Testament », 3 vol., 1746 et non 1747. Il s'agit d'un ouvrage posthume qui précède ses « Arcanes célestes » et qui est considéré par la critique comme secondaire. Il marque en effet la phase de transition au cours de laquelle Swedenborg bascule de la théologie luthérienne de son enfance, à sa théologie inspirée par ses révélations intérieures. Voir à ce sujet le forum « Two Major Transitions in Swedenborg » : viewtopic.php?f=8&t=2203
(3) Pléonastique : qui forme un pléonasme. Pléonasme : répétition de mots ayant le même sens. Ce n'est pas tout à fait vrai. Chez Swedenborg chaque mot prend toute sorte de nuances de sens en fonction du contexte de la phrase dans laquelle il est utilisé. Bien souvent, ce qui a une première lecture pourrait être interprété comme une répétition, s'avère à la lumière d'une lecture plus attentive ne pas être le cas.
(4) Antoine-Joseph Pernety (1716-1796).
(5) Ces tournures ne sont jamais employées par Le Boys des Guays, dont les traductions sont très tôt devenues la référence en français.
(6) Idem que précédemment.
(7) Amphibologies : double sens, ambiguïté, équivoque, que présente une proposition, à cause de sa construction ou du choix des mots qui la forment.
(8) « Délices de la Sagesse de l'Amour Conjugal. Suivi en second par les folles voluptés de l'amour scortatoire. » Scortatoire, mot à présent inusité qui désigne ici les amours pervers, contraires à la réalisation harmonieuse du couple. Je ne vois pas en quoi Swedenborg pouvait plus spécialement tenir à ce terme latin, usité en son temps.
(9) Iconoclaste : personne qui cherche à détruire les traditions.
(10) Ces quatre dernières phrases, qui culminent dans son : « j'ai nettoyé les pierres de l'édifice swedenborgien... j'ai tracé une voie directe... », me semblent être, au regard du résultat final que constitue cet ouvrage, tout ce que l'on voudra sauf une oeuvre de « rénovation » et encore moins « un accès direct ».

J'aimerais à présent citer ce que son traducteur français de référence, Le Boys des Guays, écrit en prologue de la première édition de sa traduction de « Ciel et Enfer » (1850). Notons que son titre est en parfaite adéquation avec le sujet qui nous préoccupe ici :

AVERTISSEMENT.

« Cette Traduction nouvelle du Traité du Ciel et de l'Enfer est tout à fait littérale ; il n'a pas été ajouté un seul mot au texte, et il n'en a pas été retranché un seul ; la simplicité et la précision du style ont été conservées avec soin, et le tour de phrase a été maintenu toutes les fois que la langue française l'a permis ; enfin aucune période n'a été coupée, et la ponctuation elle-même n'a subi que de légers changements. Si le traducteur s'est attaché à suivre ainsi son Auteur avec une exactitude qui pourrait paraître minutieuse, c'est en raison de motifs puissants, qui vont être exposés.
La fidélité, chacun le reconnaît, est la principale condition imposée à tout traducteur. Celui qui substitue sa pensée à celle de l'auteur cesse d'être fidèle ; et celui qui, tout en respectant la pensée de l’Auteur, remplace le style de celui-ci par le sien propre, cesse aussi d'être fidèle, car il change la forme, et le changement de la forme altère toujours plus ou moins le fond de la pensée. Il est vrai que le manque de fidélité n'a plus autant d'importance, lorsqu'il s'agit de traductions libres, car le lecteur est averti ; et même il arrive quelquefois qu'on en sait gré au traducteur, s'il a eu le mérite de remplacer les pensées de l'auteur par d'autres plus profondes, ou de les embellir par les charmes du style. Mais, dans aucun cas, il ne saurait en être de même à l'égard des ouvrages de Swedenborg ; la condition de fidélité doit être remplie avec rigueur, non seulement à cause de la nature de ces ouvrages, mais aussi parce que l’Auteur emploie toujours l'expression propre, et qu'il n'y a pas un seul mot dans ses écrits qui ne soit à sa place, ou qu'on puisse supprimer ou même changer sans nuire à la symétrie ou au sens de la phrase. D'ailleurs qui pourrait, sans impudence, substituer ses pensées à celles que nous transmet Swedenborg ? Et même n'y aurait-il pas une grande témérité à vouloir seulement modifier la forme, puisque par là on s'exposerait à altérer le fond ?
En outre, s'écarter de la simplicité du style pour lui donner un vernis qui plût aux hommes du monde, ce serait méconnaître le motif qui a porté Swedenborg à adopter ce style. En effet, quel auteur fut plus brillant que lui, lorsqu'il trai¬tait des sciences du monde ? Quel auteur fut même plus élégant que lui, lorsqu'il composait ses ouvrages de transition ? Si donc il est passé peu à peu de l'élégance à la simplicité, lorsqu'il fut parvenu à un plus haut degré d'intuition dans les choses spirituelles, c'est évidemment parce que tout autre style n'aurait pas convenu aux nouveaux sujets qu'il traitait. Dès lors, de quel droit un traducteur irait-il faire sortir Swedenborg de cette simplicité qu'il avait reconnue nécessaire, et dans laquelle il s'est définitivement retranché ? En vain alléguerait-on que c'est pour se conformer au goût du siècle, et avoir plus de lecteurs, ceci indiquerait seulement que les intentions sont bonnes, mais ne suffirait pas pour disculper du reproche de témérité. Cette simplicité est d'ailleurs un cachet de véracité qu'il est important de conserver. Swedenborg n'est pas le seul qui, dans les temps modernes, ait eu des communications avec le monde spirituel, mais il est le seul qui en ait rendu compte dans un style simple et didactique ; tous les autres se laissent emporter par l'enthousiasme et se perdent dans le vague, lui seul reste toujours calme et précis ; ce qu'il rapporte a beau être merveilleux et bien au-dessus de tout ce que l'imagination des poètes a pu inventer, il n'y a jamais chez lui ni déclamation, ni emphase, c'est toujours la raison qui parle. N'est-ce donc pas là aussi une des preuves de la mission qu'il déclare avoir reçue ? Le Divin Géomètre voulant faire connaître aux hommes les Lois de son Ordre Spirituel, qui ont été établies aussi mathématiquement que les Lois de son Ordre Naturel, ne devait-il pas de préférence se servir d'un homme qui fût à la fois philosophe chrétien et mathématicien profond ? Et n'était-il pas conve¬nable que ces Lois fussent transmises aux hommes dans le style simple et exact des géomètres, style qui est précisément celui dont Swedenborg s'est servi ?
D'après ces divers motifs, les efforts du traducteur ont dû rendre et ont toujours tendu à conserver aux ouvrages de Swedenborg leur vraie physionomie. Qu'on ne s'étonne donc pas de rencontrer dans cette traduction quelques néologismes (1), certains mots pris dans une acception toute spéciale, plusieurs adjectifs employés substantivement (2), quelques termes didactiques (3) et des locutions techniques, puisqu'il aurait été impossible, sans y avoir recours, de rendre exactement l'Auteur. Toutes ces expressions deviendront en peu de temps familières, et seront d'ailleurs comprises à la première lecture par les érudits. Cependant, comme ce Traité est destiné au public en général, et non pas aux savants seuls, il était du devoir du traducteur d'en faciliter la lecture ; et c'est pour s'acquitter de ce devoir qu'il donne à la fin de l'Ouvrage un Vocabulaire, auquel le lecteur pourra recourir, lorsqu'il ne saisira pas le sens des expressions dont il vient d'être parlé.
Ce Vocabulaire est précédé d'un index, que pourront consulter ceux qui voudront faire une étude particulière de ce Traité ; le traducteur s'est appliqué à le dresser dans le genre des index que Swedenborg a placés à la suite de quelques-uns de ses Traités.
Une dernière observation : Quoique le traducteur se soit appliqué à suivre exactement l'Auteur, il a cru cependant pouvoir sans inconvénient supprimer les Que au commencement de toutes les phrases dans les EXTRAITS des Arcanes Célestes, qui sont donnés en note, et au commencement des titres d’Articles ; mais il les a conservés avec soin dans le corps de l'Ouvrage où ils sont indispensables ; ou bien, il a remplacé le que par si, lorsque le sens ne pouvait pas en être altéré.
»

(« Du Ciel et de ses Merveilles, et de l'Enfer, d'après ce qui a été entendu et vu. » Par Emmanuel Swedenborg. Traduit du latin par J.-F.-E. Le Boys des Guays, Saint-Amand, Paris, 1850. Pages IV-VIII.)

Notes :
(1) Néologisme : mot nouveau dans une langue.
(2) Substantif : adjectifs employés comme des noms.
(3) Didactiques : qui appartient à une langue de spécialité.

Bien que ne me considérant pas comme un « swedenborgien de stricte obédience », et que je sois d'accord avec certains points évoqués par Jean Prieur concernant le style parfois lourd et répétitif du latin de Swedenborg, et de ses traducteurs (j'ai moi-même récemment tenté une retraduction plus moderne de la « NDE » de Swedenborg, qui sera prochainement publiée sur le forum), je trouve ses assertions concernant son soi-disant travail de rénovation des textes de Swedenborg, pour le moins présomptueuses et hasardeuses. Je crois fortement à l'intérêt que peut avoir un travail de vulgarisation, afin de mettre ces textes, parfois ardus, à la portée du grand public, mais ce genre de « paraphrasage » s'avère tellement éloigné de l'original, qu'il est difficile de ne pas y voir une forme de réinterprétation autant abusive que romanesque, qui n'a plus rien à voir avec une quelconque œuvre de retraduction moderne ou d'actualisation des textes originaux. Points critiques qui, je tiens à souligner, ne retirent rien au respect que je puisse avoir pour cet auteur dont l'œuvre a ouvert à beaucoup de nombreuses portes sur tous ces domaines de connaissances.

Si vous souhaitez à présent avoir accès à une information plus objective et qualitative, lisez la biographie : « La vie d'un homme extraordinaire », et la synthèse sur ses enseignements : « De merveilleux enseignements » qui se trouvent sur le site Swedenborg. C'est, en langue française, ce qu'il y a actuellement de plus complet et de plus moderne dans ce domaine :

http://emmanuelswedenborg.info

Cette biographie en ligne est de plus richement illustrée et sera publiée dans une nouvelle version revue et corrigée dans le courant de l'année prochaine.

En attendant, si vous préférez compulser un bon vieux livre de papier, plutôt que de lire sur un écran d'ordinateur, une tablette ou une liseuse, vous pouvez acquérir n'importe laquelle de ces trois excellentes biographies de références :

Voici une première biographie de Swedenborg en français :

« Emmanuel de Swedenborg, sa vie, ses écrits et sa doctrine », M. Matter, conseiller honoraire de l'université, Librairie Académique, Didier et Cie, Libraires-Éditeurs, Paris, 1863. (De Jacques Matter. Une des premières biographies et certainement une des plus complètes à ce jour. 436 pages.)

Voir la note biographique sur Jacques Matter avec quelques-unes de ces citations dans le texte précédent : « Swedenborg, pourquoi ? »

Il est possible de trouver cet ouvrage en vente sur Internet. Il y est également disponible en version pdf : https://books.google.be/books?id=5jU0GWtsCjQC

Seconde biographie en deux éditions successives :

« Swédenborg. Premier Cours : Sa biographie. Le savant. Le philosophe. Le révélateur. Second Cours : Le Ciel tel qu'il l'a vu », Charles Byse, Georges Bridel et Cie Éditeurs, Lausanne. (« Préface », p. 7-9, datée du 20 mars 1911. Partie biographique, p. 13-174)

Cette première édition marque le début d'une longue série de cours qui développent les enseignements de Swedenborg.

« Swédenborg. I. Biographie. Le savant. Le philosophe. Le révélateur», deuxième édition, Lausanne, Léon Martinet Éditeur, Paris, Librairie Fischbacher. (Ouvrage édité cette fois indépendamment de la série de cours précédente en 5 volumes. Même texte avec seulement de légères modifications. « Préface » p. 5-7, datée du 20 mars 1911 ; Nouvelle préface, p. 8-9, datée de janvier 1918.)

Cet ouvrage rare est encore disponible à la vente sur le site Swedenborg : http://emmanuelswedenborg.info/livresenvente.html

L'édition de 1911 est également disponible sur internet au format pdf : https://livres-mystiques.com/partieTEXT ... ophete.pdf

Charles Byse (1835-1925 / 90 ans) Suisse (Théologien, pasteur, professeur, conférencier, écrivain et philosophe spiritualiste. Grande figure fondatrice du mouvement swedenborgien en Suisse romande. Pasteur de l'union des Églises libre de France à Paris puis à Nîmes, et de l'Église libre de Suisse dans le canton de Vaud à Bex. À l'initiative de la fondation de la Société vaudoise de théologie en 1875. Rédacteur en chef du « Journal du Protestantisme Français » à Paris, destiné à promouvoir l'unité des protestants de France, il découvre, à travers un ami, le Baron Alphonse Mallet (+1906) régent de la banque de France, et Edmond Chevrier (+1897) un des héritiers spirituels de Le Boys des Guays, l'œuvre de Swedenborg. Il devient pasteur au sein de l'Église chrétienne missionnaire belge à Bruxelles ou il sera dénoncé comme hérétique par la Conférence pastorale de Liège. Il revient à Lausanne ou il exerce un ministère indépendant en dehors de toute structure d'Église, et dans le contexte duquel il assume des fonctions d'enseignant et de conférencier. Swedenborg devient le fil conducteur de toute la seconde partie de sa vie. Il commence à le faire connaitre à partir à travers de conférences publiques à partir de 1899. Il commence à publier celles-ci en 1901 avec une biographie titrée : « Swedenborg le Prophète du Nord : vie et doctrine de Swedenborg » (Fischbacher, 1901), qui connaitra un certain succès ; date à laquelle il commence à organiser des groupes d'études réguliers à son domicile. Âgé de 75 ans, Byse fait paraitre, de 1911 à 1913, sous le titre général de « Swédenborg », cinq volumes contenant le texte de ses conférences. Il démissionne officiellement de l'Église libre en 1925, quelques mois avant sa mort, pour se rallier à l'Église swedenborgienne suisse fondée par son ancien étudiant et disciple Gustave Regamey.)

Voici une troisième biographie de référence en français, également excellente :

« Swedenborg », traduit du suédois par E. Söderlindh, préface de Paul Valéry de l'Académie française, Martin Lamm, de l'Académie Suédoise, Publications du Fonds Descartes, Librairie Stock, Paris, 1936. (Troisième biographie de référence en français. Traduite de l'ouvrage original en suédois publié en 1915.)

Cet ouvrage rare est disponible à la vente sur Internet, par contre il ne semble pas s'y trouver en version numérique. Voir : https://www.abebooks.fr/servlet/SearchR ... Swedenborg

Martin Lamm (1880-1950 / 70 ans) Suède (Écrivain suédois, professeur-assistant en histoire de la littérature à l'Université d'Uppsala (1908) et professeur dans la même matière à l'Université de Stockholm (1919-1945). Il devient membre de l'Académie suédoise en 1928, et membre de l'Académie Royale des sciences en 1949. Il meurt le 5 mai 1950 à l'âge de 70 ans dans un accident de tram à Stockholm. Il a écrit de nombreux ouvrages historiques et plusieurs biographies, dont une sur August Strindberg, célèbre auteur dramaturge suédois, lui-même profondément influencé par Swedenborg.)

Je voudrais souligner ici l'importance qu'il y a à commencer par lire au moins une bonne biographie, étape préliminaire indispensable si l'on veut pouvoir appréhender ses enseignements d'une façon complète. En effet, de la même façon que pour les textes bibliques, comme il en va d'ailleurs de n'importe quelle œuvre, il est indispensable, si l'on veut en acquérir une pleine compréhension, de pouvoir la replacer au mieux dans le contexte historique et culturel dont elle est issue. Même si certains éléments de leur contenu peuvent avoir une dimension universelle et intemporelle.

Il en va comme d'un arbre dont l'existence est indissociablement liée aux circonstances de sa mise en terre, de sa germination, à la nature du sol qui l'accueille, interdépendante aussi de son environnement et des conditions climatiques qui conditionnent sa croissance. Arbre qui est encore le fruit de son histoire, des intempéries, des accidents ou des maladies qui ont pu accompagner son développement, ainsi que de sa relation avec ses compères, des facteurs de compétition et d'association qui conditionnent dans une certaine mesure son existence.

Après avoir lu une biographie de ce personnage extraordinaire, il pourra être utile de lire dans un second temps une synthèse de ses enseignements, comme celle disponible sur site Swedenborg, ou, pour une version livresque, celle de Charles Byse, en cinq volumes :

« Swédenborg. Vol. I. Premier Cours : Sa biographie. Le savant. Le philosophe. Le révélateur. Second cours : Le Ciel tel qu'il l'a vu », avec diagrammes, Charles Byse, Lausanne, Georges Bridel et Cie Éditeurs. (« Préface », p. 7-9, datée du 20 mars 1911. « Second cours », p. 177-312. 135 pages.)

« Swédenborg. Vol. II. Cours trois à six. 3. Le monde des esprits. 4. L'enfer. 5. L'art de vivre. 6. La Divine Triade ou le monothéisme de Jésus-Christ», Charles Byse, Éditeurs Georges Bridel et Cie Éditeurs, Lausanne, Paris, Librairie Fischbacher. (« Préface », p. 7-8, datée du 12 octobre 1911. 370 pages.)

« Swédenborg. Vol. III. Cours sept à neuf. 7. Admirateurs de Swedenborg. Procès en Hérésie. 8. Pionniers et fondateurs de la nouvelle Église. 9. La rédemption», Charles Byse, Lausanne, Léon Martinet Éditeur, Paris, Librairie Fischbacher. (« Préface », p. 7-11, datée du 2 avril 1912. 346 pages.)

« Swédenborg. Vol. IV. Cours dix à douze. 10. L'esprit dans la lettre. 11. Le canon de la nouvelle Église. 12. Exemples et avantages du sens spirituel», Charles Byse, Lausanne, Léon Martinet Éditeur, Paris, Librairie Fischbacher. (« Préface », p. 7-14, datée du 27 juillet 1912. 342 pages.)

« Swédenborg. Vol. V. Cours treize à quatorze. 13. La foi qui sauve. 14. La psychologie de Swedenborg», Charles Byse, Lausanne, Léon Martinet Éditeur, Paris, Librairie Fischbacher. (« Préface », p. 7-10, datée du 10 juillet 1913. 327 pages.)

Cette série de cours rédigée juste avant la Première Guerre mondiale est encore très actuelle. Elle est complémentaire de la synthèse proposée sur le site Swedenborg, développant des sujets un peu différents qui font davantage référence à la théologie de Swedenborg.

Je ne puis résister à l'envie de partager avec vous un extrait de ces beaux textes. Il s'agit ici de l'introduction à son premier cours sur le Ciel :

« Le Ciel : ce mot résume toutes nos idées de repos, de bonheur et de perfection. Le Ciel : nous savons que c'est la patrie d'en haut, le séjour des justes, la suprême réalisation de toutes nos espérances en contraste avec les douleurs et les désappointements d'ici-bas. Le Ciel : nous désirons y être admis, mais nous ne sommes pas toujours certains de l'être. Peut-être ne nous sommes-nous jamais enquis sérieusement des conditions mises à son entrée. En tout cas, on ignore généralement où il est, en quoi il consiste, quelle est son organisation, quelles sont ses lois, les différents états de ses habitants, leurs relations entre eux. Pourtant tout cela nous intéresserait au plus haut degré. Quand nous devons aller voir la Norvège, l'Italie ou la Grèce, nous prenons la peine de nous mettre d'avance au courant de la géographie, du climat, des mœurs et du gouvernement de ces divers pays ; nous lisons les guides, les récits propres à rendre notre voyage plus facile et plus fructueux. Comment se fait-il que la plupart des hommes, même des chrétiens, cherchent si peu à se renseigner sur le grand voyage, le plus mystérieux, pour beaucoup le plus effrayant, que nous serons tous forcés d'entreprendre dans quelque temps, peut-être demain, sans avertissement préalable ; sur cet au-delà lumineux, mais inconnu, sur ce pays des âmes désincarnées dont l'existence même nous suggère tant de problèmes inquiétants ?
Vous me direz que l'Évangile jette peu de lumière sur ce glorieux avenir, qu'il nous annonce la « vie éternelle » sans nous expliquer sa nature, que les descriptions du Ciel dans l'Apocalypse sont symboliques, que Dieu paraît vouloir nous maintenir dans l'ignorance, du moins dans une demi-obscurité sur le monde à venir. Je reviendrai dans un instant sur cette objection.
Vous me direz encore que nul n'en est jamais revenu pour nous raconter ce qui s'y passe. - À ceci je répondrai que cette assertion n'est plus de saison depuis plus d'un siècle et demi. Un homme a pendant vingt-sept ans vécu à la fois dans les deux univers, le visible et l'invisible ; il a rempli des volumes de ses récits et de ses descriptions concernant le Ciel, l'Enfer et l'Hadès. Il est le seul, remarquez-le, qui ait jamais prétendu les avoir visités et nous en apporter des nouvelles de visu et audit... ; car ce qu'il en a écrit, il le donne pour vrai dans l'ensemble et dans les détails, tandis que la Divine Comédie de Dante est le produit de l'imagination d'un poète. Or cet homme, qui se pose en Voyant, se trouve n'être pas le premier venu ; c'est le plus grand savant de la Suède, un mathématicien exact jusqu'au scrupule, une tête forte et froide, accoutumée à la rigueur des méthodes critiques, un chrétien avancé dont la sincérité est au-dessus de tout soupçon et qui de plus se montre sévère pour les enthousiastes. En conséquence on reconnaît aujourd'hui, même dans le camp de ses adversaires, qu'il a cru à ses propres visions.
Mais comment pourrait-il y croire si elles n'étaient pas authentiques ? Comment pourrait-il inventer tant de conversations, de discussions, de scènes grandioses, d'idées et d'observations d'une haute portée, sans se douter qu'il est le jouet de la fantaisie la plus étrange et la plus riche ? Comment pourrait-il se faire de telles illusions en donnant journellement la preuve de son calme, de sa raison, de la plus entière domination sur lui-même ? Comment enfin ses élucubrations mystiques formeraient-elles un système plus logique, plus pondéré et plus profondément chrétien que celui d'un Père de l'Église, d'un réformateur ou d'un docteur quelconque et seraient-elles présentées avec une double puissance d'analyse et de synthèse qui ne se rencontre nulle part ?
Je vois là des difficultés si considérables que je préfère admettre la réalité objective des visions de Swedenborg et de ses rapports avec les esprits et les anges, comme j'admets l'authenticité des récits analogues faits, dans notre Bible, par des prophètes et des apôtres. Les sadducéens modernes, ne croyant qu'à cette vie et qu'à la matière, ne peuvent pas croire à Swedenborg, a priori du moins ; car, s'ils l'écoutent, nul mieux que lui ne peut les guérir de leur incrédulité. Mais les chrétiens n'ont pas de raison pour repousser son témoignage sur un ensemble de faits qui imprime à sa carrière de prophète et de théologien son cachet le plus spécial.
Du reste je ne vous demande point de commencer par un acte de foi, je veux dire d'accepter d'emblée l'absolue harmonie des déclarations de Swedenborg avec la réalité, ni de renoncer en quoi que ce soit à votre propre jugement. Si je le faisais, je serais en contradiction avec Swedenborg lui-même, qui condamne toute soumission servile de l'intelligence, toute foi aveugle, et réclame au contraire l'exercice le plus large de la raison. La seule chose que je vous demande, c'est un esprit sincère, impartial, ouvert à l'influx divin. Si vous êtes chrétien, rappelez-vous que dans la nouvelle alliance il y a encore des prophètes, que ces prophètes doivent être infiniment supérieurs à ceux de l'ancienne, que Jésus n'a pas pu tout dire lorsqu'il était sur la terre, vu le développement trop incomplet de ses disciples d'alors, et que son Esprit doit, de siècle en siècle, nous « conduire dans toute la vérité ».
Peut-être - j'en viens ici à votre première objection - peut-être est-il réservé à notre époque de faire de grandes découvertes dans le domaine de l'esprit comme dans celui de la matière, de recevoir de nouvelles révélations ou du moins de comprendre d'une façon plus complète et plus vivante certaines portions obscures de nos saints livres. C'est par des personnalités élues et sanctifiées que Dieu inaugure les périodes successives de son règne. Dans un siècle où, quelque nom qu'on lui donne, le scepticisme a envahi et matérialisé l'Église à un point vraiment épouvantable, le Prophète du Nord me paraît être le prédicateur qu'il nous faut pour nous réveiller de notre torpeur, nous donner l'intuition des choses suprasensibles et nous faire préférer le Ciel à la terre. Si, par son moyen, nous pouvons acquérir une connaissance religieuse qui contraste avec la théologie traditionnelle comme la science contemporaine contraste avec les ténèbres du moyen âge, je ne puis me figurer que nous contrevenions aux intentions du Seigneur. Loin de vouloir nous maintenir dans l'ignorance afin que nous restions toujours mineurs, ce Père sage et généreux doit souhaiter de nous voir sonder toujours davantage les problèmes de notre destinée, parvenir à la maturité spirituelle et avancer indéfiniment dans l'intelligence de ses plans d'amour
».

(Swédenborg. Vol. I. Second cours : Le Ciel tel qu'il l'a vu », Charles Byse, Lausanne, 1911. Pages 177-181)

Notons que Charles Byse a accompli une œuvre qui s'inscrit en parfaite continuité avec celle de Le Boys des Guays. Elle s'avère très complémentaire, en faisant ce que son prédécesseur n'avait point fait. Après avoir intégralement traduit son œuvre théologique et l'avoir doté de tous les outils indispensables à son bon usage, rédiger une biographie de Swedenborg, et réaliser une synthèse de ses enseignements était la suite logique de ce qu'il fallait réaliser.

L'actuel projet de création du site Swedenborg avec sa biographie et sa nouvelle synthèse de ses enseignements ne fait que s'inscrire dans cette ligne. Il en propose une version renouvelée et plus moderne. Il importait en effet de s'affranchir d'une approche par trop théologique et religieuse, pour aborder davantage le personnage et son œuvre sous l'angle de la psychologie et de la philosophie, dans l'esprit d'une spiritualité laïque et agnostique, ou pour mieux dire humaniste et universelle, plus en phase avec notre époque, et plus fidèle à son message.

Après avoir lu sa biographie et une bonne synthèse de ses enseignements, nous serons prêts à aborder, dans les meilleures conditions qui soient, Swedenborg dans le texte. Le mieux sera certainement de commencer par son « best-seller », son livre le plus connu, le plus traduit de par le monde, je veux parler de son célèbre « Ciel et Enfer », dans sa traduction française de référence, celle de Le Boys des Guays, évidemment.

« Ciel et Enfer », réédition en fac-similé de l’édition de Le Boys des Guays, Cercle Swedenborg de France 1973, Swedenborg-Verlag, Zürich. (Édition simple, sans les longues références à ces « Arcanes célestes », qui figurent en bas des pages de l'édition originale, et sans l'index de Le Boys des Guays. Disponible à la vente sur le site Swedenborg.)

« Du Ciel et de ses merveilles et de l'Enfer d'après ce qui a été entendu et vu », par Emmanuel Swedenborg, traduction Le Boys des Guays, revue et corrigée, Paris, 1899. (Il s'agit de l'édition originale de Le Boys des Guays, avec les références aux « Arcanes Célestes » de l'original, et l'index très complet de son traducteur. Livre aussi rare que précieux, et en nombre limité, encore disponible à la vente sur le site Swedenborg.)

J'aimerais citer à cette occasion ce qu'Helen Keller en dit dans son autobiographie spirituelle :

« Je fus en premier introduite au « Ciel et Enfer » de Swedenborg par mon cher ami, M. John Hitz, tandis que j'étais encore dans mon adolescence. Il m'en donna un exemplaire imprimé en relief (1), me prévenant que je le comprendrais peu au début, mais que cette lecture serait un excellent exercice pour mon esprit.
Quand j'ai commencé la lecture de l'ouvrage en question, j'étais aussi inconsciente de la nouvelle joie qui allait faire irruption dans ma vie, que le jour où bien des années auparavant, j'attendais pour la première fois sur les marches de notre véranda, ma préceptrice (2). Poussée par une simple curiosité de jeune fille aimant lire, j'ouvris ce grand livre, et voici que mes doigts tombèrent sur un paragraphe dans la préface, où il était question d'une femme aveugle dont les ténèbres avaient été illuminées par les merveilleuses vérités contenues dans les écrits de Swedenborg. Cette femme prétendait que ces vérités avaient apporté à son esprit une lumière qui avait plus que compensé pour elle sa privation de lumière terrestre. Elle n'avait jamais douté qu'il y ait eu un corps spirituel à l'intérieur du corps matériel, doué de sens parfaits, et qu'après quelques années de cécité ici-bas, les yeux à l'intérieur de ses yeux s'ouvriraient à un monde infiniment plus merveilleux, plus complet et plus satisfaisant que celui-ci.
Mon cœur tressaillit de joie. Voilà, me disais-je, une croyance qui confirme ce que je ressentais si profondément : la distinction entre l'âme et le corps, entre un monde que je pouvais me représenter comme un tout harmonieux et le chaos des choses fragmentaires et des contingences irrationnelles que mes sens physiques si limités rencontraient à tout moment. Je me mis donc à la besogne avec l'ardeur joyeuse de la saine jeunesse, j'essayais de comprendre les termes étranges et les graves pensées du sage suédois. Je sentais d'une certaine manière qu'il parlait de Celui que j'aimais comme étant le Seul et l'Unique, tel qu'Il est véritablement, et je brûlais du désir de le comprendre davantage. Les mots « Amour » et « Sagesse » semblaient caresser le bout de mes doigts de paragraphe en paragraphe, et ces deux mots libéraient en moi des forces nouvelles qui stimulaient ma nature quelque peu indolente, me poussant à aller toujours plus loin en avant. À maintes reprises, je revins à ce livre, en retirant une phrase par ci, une phrase par-là, retenant un précepte, entrevoyant tantôt l'une, tantôt l'autre des vérités divines cachées sous les obscurités du texte.
À mesure que je saisissais la signification de ce que je lisais, mon âme semblait se dégager, s'élargir, et gagner en confiance, malgré les difficultés qui faisaient obstacle à mon chemin. Les descriptions de l'autre monde me transportaient dans de lointaines régions sans limites, inondées d'une lumière étrange et surhumaine, où les robes des anges resplendissent de beauté, où de nobles génies et des esprits créateurs illuminent d'une clarté radieuse les circonstances les plus sombres, où les conflits innombrables et incessants s'évanouissent, où le sourire de Dieu donne à la nuit la clarté éblouissante d'un jour sans fin. Je rayonnais de joie, dans cette sphère des âmes, et je regardais passer sous mes yeux en une longue et majestueuse procession des hommes et des femmes dont l'esprit s'était montré profondément attaché à la vérité. Pour la première fois, je comprenais le sens du mot « immortalité », et la vie terrestre prit pour moi une beauté et une signification toutes nouvelles. Je fus ravie de découvrir que la cité de Dieu n'était pas une affaire stupide de rue en cristal et de murailles en saphir (3), mais un trésor de sagesse créatrice, de pensées positives et de nobles influx ! Peu à peu, je me rendis compte de l'usage que je pouvais faire de la Bible, qui m'avait tant déconcertée, comme d'un instrument dans lequel je pouvais puiser de précieuses vérités, de la même façon que j'avais appris à utiliser mon corps entravé et hésitant afin de répondre aux besoins de mon esprit.
Le ciel tel que Swedenborg le décrit n'est pas simplement une sphère de pensées radieuses, mais un monde vivant et concret. Il ne faudrait jamais oublier que la mort n'est pas la fin de la vie, mais seulement une de ses plus importantes étapes. Dans le grand silence de mon esprit, tous ceux que j'ai aimés sur terre, qu'ils soient proches ou éloignés, vivants ou morts, existent avec leur propre personnalité, leur aura et leur unique façon d'être. À tout moment, je peux les appeler à moi afin d'égayer ma solitude. C'est pourquoi je sais qu'il y a deux mondes, un que nous pouvons mesurer en temps et en distance, et un autre que nous pouvons appréhender avec nos cœurs et nos esprits.
Swedenborg rend la vie future non seulement concevable, mais enviable. Son message aux vivants - qui confrontent la toute-puissance de la mort, avec ses douloureuses séparations et ses flots de douleur - traverse le cœur même de la vie humaine, du souffle de la douce présence Divine. Nous pouvons à présent embrasser la mort comme le fait la Nature, dans un flamboiement de lumière, en entrant dans la tombe d'un pas joyeux, revêtu de nos plus rayonnantes pensées et de nos plus brillantes perspectives.
Certaines personnes aux idées étroites m'avaient enseigné que ceux qui n'étaient pas chrétiens ne pouvaient pas être sauvés. Mon esprit bien évidemment s'était révolté contre cette idée, sachant que dans les nations non chrétiennes de nombreux hommes et femmes remarquables avaient vécu et avaient même sacrifié leurs vies pour la cause de la vérité telle qu'ils l'avaient entrevue ? Mais dans « Ciel et Enfer », il est dit qu'aucun homme qui croit en Dieu et qui vit selon le bien et le vrai ne peut en aucune façon être damné.
Tout ce que je puis dire c'est que la Parole divine, libérée des erreurs et des entraves, des crédo inhumains qui l'emprisonnent, a depuis lors été pour moi la principale source de bonheur et de joie de mon existence. Les vérités qu'elle contient sont pour moi ce que la lumière, les couleurs et la musique sont aux yeux et aux oreilles. Elles ont remplacé le désir nostalgique que j'avais de jouir plus complètement de la vie de mes sens, par la pleine conscience de l'être intact et véritable que je suis intérieurement. Chaque journée m'offre des possibilités nouvelles, et dans sa courte durée je discerne toutes les vérités et toutes les réalités de mon existence, la béatitude que l'on ressent à progresser, la gloire d'agir, l'élévation spirituelle que nous apporte la beauté.
Certains penseront sans doute : cette pauvre Hélène Keller, sourde et aveugle, ne peut être qu'une proie facile pour ceux dont les opinions, et les doctrines religieuses ne sont le fait que de petites minorités. C'est pourquoi avant de considérer les affirmations de Swedenborg, affirmations qui, depuis le jour où elles ont été faites, ont étonné le monde, j'aimerais placer devant mes lecteurs les opinions de certains écrivains célèbres qui, tout en connaissant ses ouvrages, n'ont jamais été affiliés à l'Église (4) qui fait si grand cas de ses enseignements
(5) ».

Notes :
(1) Helen Keller était sourde, muette et aveugle, et ne pouvait lire qu'en braille, écriture en relief adaptée aux aveugles.
(2) Anne Sullivan, qui la sortit de l'isolement total dans lequel elle se trouvait alors.
(3) Allusion à la description symbolique de la Nouvelle Jérusalem céleste, « demeure de Dieu avec les hommes » qui, à la fin des temps après la destruction de ce monde, descend des cieux, dans l'Apocalypse de Jean (Ap 21, 1-3, 10-27 ; 22, 1-5).
(4) « L'Église de la Nouvelle Jérusalem », ou « Nouvelle Église » est une Église swedenborgienne initialement fondée en 1787, quinze ans seulement après la mort de Swedenborg, en Angleterre. Elle s'est ensuite ramifiée en au moins trois branches indépendantes, principalement implantées en Angleterre et aux États-Unis, où elles ne comptent que quelques centaines de milliers de membres.
(5) Peut-être y a-t-il là une petite pointe critique, parfaitement exprimée dans cette note trouvée sur Internet dans : « Swedenborg’s Cultural Influence », au chapitre : « Other Famous Swedenborgians » : https://swedenborg.com/emanuel-swedenborg/influence/
En 1923, Marguerite Beck Block, érudite et historienne des religions a réalisé une vaste et minutieuse étude sur l'influence de Swedenborg sur la culture américaine. Il en résulta un ouvrage de 460 pages intitulé : « The New Church in the New World: A Study of Swedenborgianism in America ». Sa conclusion est simple et profonde. Selon elle : « l'avenir de l'influence de Swedenborg réside dans la fidélité à l'esprit, et non à la lettre, de Swedenborg, dans la culture de ses idées et non dans le culte de ses paroles ».

« Ciel et Enfer » ainsi que toutes les autres œuvres théologiques de Swedenborg, dans la traduction de Le Boys des Guays, sont également disponibles au format pdf sur le site Swedenborg : http://emmanuelswedenborg.info/livrespdf.html

Jean-François-Etienne Le Boys des Guays (1794-1864 / 70 ans) France (Magistrat à Saint Amand et sous-préfet de l'arrondissement dont cette ville était le chef-lieu. Bien que n'étant pas le premier traducteur de Swedenborg Le Boys des Guays sera indéniablement le principal traducteur de son œuvre, du latin au français. Il sera aussi le seul à avoir intégralement traduit toute son œuvre théologique et à l'avoir publié, avec l'aide de quelques généreux amis, à ses frais. Il réalisa la plus grande partie de ce travail durant sept années de labeur ininterrompu (de 1843 à 1850), pour en achever la publication intégrale en 1859. À cela s'ajouteront les traductions de ses principaux ouvrages posthumes, ainsi que la rédaction de plusieurs ouvrages collatéraux écrits de sa propre plume, ou traduits d'autres auteurs anglais. Il créera également de nombreux et précieux outils de travail et de recherches : de très nombreux index portant sur l'ensemble de toute son œuvre, de nombreux extraits et synthèses thématiques, etc. Toutes les éditions françaises modernes seront basées sur celles de Le Boys des Guays. Il sera également un des principaux fondateurs du mouvement swedenborgien en France, et une de ses principales figures pour ce qui est de l'histoire de ce mouvement au 19e siècle.)

Une version numérique de grande qualité de sa traduction de « Ciel et Enfer » est en préparation. Cette édition sera complétée par une collection de textes collatéraux rédigés par ses nombreux traducteurs et commentateurs anglais et français, qui sont autant d'éléments d'enrichissement utiles pour une lecture et une compréhension complète et approfondie de cet ouvrage fondamental.

J'aurais tendance, dans un deuxième temps, à conseiller la lecture de ces deux livres, majeurs dans son œuvre :

« La Sagesse Angélique sur le Divin Amour et sur la Divine Sagesse », traduit du latin par J.-F.-E. Le Boys des Guays, deuxième édition, Paris, 1890.

« La Sagesse Angélique sur la Divine Providence », par Emmanuel Swedenborg, traduit du latin par J.-F.-E. Le Boys des Guays, deuxième édition, Paris, Londres New York, 1897.

Je voudrais rappeller à cette occasion la petite note d'Helen Keller à son sujet :

« Son livre Divin Amour et Divine Sagesse est une fontaine de Jouvence auprès de laquelle je suis toujours au comble du bonheur de me tenir. Je trouve en elle une paix bienfaisante, à l'abri de la folie bruyante du monde extérieur, avec sa débauche de mots sans signification, et d'actions sans grande valeur».

Peut-être aussi son traité sur l'amour conjugal :

« Les Délices de la Sagesse sur l'Amour Conjugal », traduit du latin par J.-F.-E. Le Boys des Guays, deuxième édition, revue par C.H., Paris, 1887.

Une autre façon de lire Swedenborg consiste à se procurer son œuvre complète (disponible sur le site) et d'entreprendre une lecture par thèmes - un peu au hasard des questions qui pourraient nous préoccuper, où piquer notre curiosité - en utilisant les précieux index dont Le Boys des Guays a doté chacune de ses traductions. Le Cercle Swedenborg aurait le projet de rassembler en un seul volume tous ces index en un seul « Index général de l'œuvre théologique de Swedenborg », afin de faciliter au maximum une telle lecture thématique. Lecture, à bien des égards, complémentaire d'une lecture linéaire de ses ouvrages, qui s'avère bien souvent longue et fastidieuse. Mode de lecture donc, bien plus attrayant, mais également indispensable à tous travaux d'études et de recherches concernant ses enseignements.

Nous cherchons d'ailleurs, par manque de temps, une personne bénévole qui aimerait réaliser cet important travail de compilation, de refonte, et de mise en forme au format numérique dans un premier temps, de tous ces index répartis dans les 16 œuvres théologiques de la traduction française de Le Boys des Guays. Un outil qui ne pourra être qu'infiniment précieux à tous les lecteurs de Swedenborg, et à la recherche future. Cet index général était un projet que Le Boys des Guays avait tout particulièrement à cœur. Il en avait formulé le vœu dans la préface de son index des Arcanes Célestes, un an avant sa mort : « Lorsque nous aurons à notre disposition en français les Index ou Tables alphabétiques et analytiques de tous les Traités de Swedenborg ; alors, si la divine miséricorde du Seigneur nous le permet, nous aurons à composer avec tous ces Index un Vocabulaire Général, qui formera une sorte d'Encyclopédie, et qui sera, nous le pensons, d'une très grande utilité ».

Swedenborg ne se laisse pas appréhender aisément. Comme nous venons de le voir, il importe d'abord de se procurer les bons ouvrages, ce qui n'est pas toujours aisé. Il faut ensuite prendre le temps de les lire avec patience et attention. Aucune lecture rapide et superficielle ne pourra prétendre nous en faire acquérir une véritable connaissance. Il nous faudra certainement aussi passer par-dessus de nombreux conditionnements, préjugés et à priori faciles et trompeurs auxquels beaucoup cèderont d'emblée.

Swedenborg est un Graal qui se gagne durement, qu'aucun ne pourra prétendre appréhender après la lecture de quelques paragraphes, ou le survol de quelques chapitres, comme il est de coutume en ce siècle consumériste au possible. Il ne sera donc - comme il en a toujours été - accessible qu'à très peu. À ceux-là seuls qui sauront céder au mystérieux appel d'une connaissance qui échappe au commun, d’une parole qui descend du Ciel, d'une sagesse qui vient du dedans. À ceux-là, il donnera la grâce rare et unique d'une connaissance de la vie, de l'amour, de la mort, de l'existence des mondes invisibles et supérieurs, du Divin, que personne depuis la nuit des temps n'aura jamais permis d'une telle façon, avec une telle force, une telle grandeur et une telle beauté. Car au-delà de l'homme, de son génie et de sa folie, de sa théologie « christocentrique » jusqu'à l'obsession, mais qui ne cède jamais à la « jésuslâtrie » (d’idolâtrie) qu'affectionnent tant les Églises d'hier et d'aujourd'hui, il est un maître éternel et universel sans pareil !

« Il n'y a rien de secret qui ne doive être mis au jour,
et rien de ce qui a été caché qui ne doive venir au grand jour.
Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende ! »

(Marc 4, 22-23)

Tout avec vous, sur le long, étroit, et ardu sentier de cette connaissance qui vient du Très-Haut.

Patrick

P.S. Rappelons à ce sujet que le Divin Créateur de l'Univers est au-delà de toute religion. Même si l'on peut comprendre l'évidente logique d'un « Divin-Humain », au sens où l'entend Swedenborg, il importe de souligner que le Divin peut prendre absolument toutes les formes. Ce que confirme avec force la toute récente science des NDE, à travers les milliers de récits qui font état d'une rencontre avec l'Être suprême (voir à ce sujet : God in the Afterlife, Jeffrey Long, HarperCollins Publishers, New York, 2016).

Rencontre avec le Divin qui se décline en une infinité d'expériences différentes, toujours uniques, et en fonction très souvent de la culture et du système de croyances de chaque individu. N'oublions donc jamais que, le « Je celui qui Est » du buisson ardent, est fondamentalement transcendant et universel, quel que soit le nom ou le visage que l'on puisse lui donner. Il peut apparaître sous la forme d'un Jésus rayonnant, plein de connivence et d'espièglerie, comme celle d'une Déesse de vie remplie d'amour pour ses enfants que sont « les dix mille êtres de cette création », que comme un chaman qui fait gronder son tambour avec une joie indicible, générant les mondes par milliards.

Il peut encore ne prendre aucune forme ni aucun visage, être silence absolu, ténèbres insondables, innommable et ineffable. Incréé contenant toute chose, toute vie, tout être, avant qu’ils ne soient, sans besoin aucun d'exister, grand refuge.

Soulignons de ce point de vue que Swedenborg n'a jamais eu l'intention de fonder aucune Église, quelle qu'elle soit. Il a jeté les bases d'une spiritualité agnostique (hors religion) et universelle, et prophétisé en son temps l'avènement d'une nouvelle conscience et d'une nouvelle ère pour l'humanité, fondée sur la liberté de penser, et sur une approche plus intérieure et plus spirituelle du Divin.

Je cite :

« L'état du monde dorénavant sera absolument semblable à ce qu'il a été jusqu'à présent, il y aura des choses civiles comme auparavant, il y aura des paix, il y aura des alliances et il y aura des guerres comme auparavant, et tout ce qui concerne les sociétés en général et en particulier. Quant à ce qui concerne l'état des religions parmi les nations, il sera semblable, il est vrai, quant aux apparences extérieures. Elles seront divisées comme auparavant, leurs doctrines seront enseignées comme auparavant, mais l'homme sera dorénavant bien plus libre de penser sur les choses de la religion, ainsi que sur les spirituels et les vérités qui appartiennent au Ciel, et de cette façon être plus aisément régénéré, parce que la Liberté spirituelle a été rétablie. D'après cette Liberté qui a été rendue à l'homme, et qui était jusqu'à présent comme retenue en captivité et en esclavage, il pourra dorénavant bien mieux percevoir les vérités intérieures s'il veut les percevoir, et de cette façon devenir intérieur s'il veut le devenir. Il pourra bien plus librement recevoir la lumière spirituelle, entrer dans une foi spirituelle par la vie et par le cœur, aimer le Divin, et être ainsi régénéré (transformé). » (D'après Jugement Dernier 73-74)

Force nous est de constater aujourd'hui que sa prophétie s'est parfaitement réalisée.