La vie après la mort

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Re: La vie après la mort

Messagepar Patrick » 13 Juin 2018 18:04

Je suis très honoré de poster ce texte de Jean-Pierre, envoyé par mail pour le présent forum :

1) Rappel sur la convergence partielle entre les enseignements bouddhistes (Vajrayana / Bardo Thödröl et commentateurs ultérieurs) et la réflexion contemporaine sur les NDE.
Nous nous référons ici au tableau synthétique (« Les trois bardos de la mort
 (vue d'ensemble)
 » : http://forumswedenborg.com/viewtopic.php?f=10&t=3389). Le bardo du moment de la mort, premier des trois qui précèdent la renaissance, humaine ou autre, comprend deux phases fondamentales de dissolution de l’individu mourant, divisées elles-mêmes en phases secondaires :
- la dissolution externe est physique et consiste en 5 phases de résorption des éléments corporels les uns dans les autres (terre, eau, feu, air, conscience/espace), qui aboutit à la mort clinique telle que décrite par la médecine officielle.
- la dissolution interne est psychique (le corps étant mort, mais non l’esprit), et comprend trois visions (ou « chemins ») : blanche, rouge et noire (en fait un bleu très foncé type indigo) ; à la fin de la vision noire, la mort est effective et définitive, il n’y a pas de retour possible en arrière.
Les NDE s’expliquent donc de cette manière : ce sont des manifestations d’une des phases de la dissolution interne, qui n’est pas allée jusqu’à son terme, irréversible. Il est évident qu’elles sont rares statistiquement. Mais, comme la science médicale « historique » ne reconnaît pas la dissolution interne et estime à tort que la mort clinique est irréversible à la fin de la dissolution externe, elle ne peut expliquer les NDE. Il semble toutefois qu’une évolution soit en cours, et on ne peut que s’en féliciter.
Patrick critique le discours rationaliste dominant, selon lequel les visions des NDE seraient simplement le produit de réactions chimiques dans le cerveau (« ultime shoot de sérotonines et d’hallucinogènes sécrétés par le cerveau afin d’échapper à l’effrayante imminence de sa propre mort »). Alors même que l'auteur de ces lignes pense que la conscience « survit » après la mort clinique, de même qu'elle précède la conception, on ne peut écarter ce type d'objection « matérialiste » d'un revers de main. À notre sens, il faut plutôt s’interroger sur l’impact du traitement médicalisé de plus en plus fréquent et de plus en plus intense de la fin de vie lorsque des souffrances physiques se développent. L’examen scientifique des NDE implique donc de séparer les NDE médicalisées de celles qui ne le sont pas (accident par exemple) ou peu. Même dans le cas des comas, il convient de séparer les NDE au cours de comas provoqués de celles survenues au cours de comas « spontanés ». Celles-ci sont beaucoup plus crédibles que celles-là à cet égard.
Un des commentateurs du Bardo Thödröl, Tsélé Natsok Rangdröl (maître tibétain du XVIIe siècle), écrit ceci, dans un contexte où la mort n’est absolument pas médicalisée : « En ce qui concerne les dissolutions progressives, j’ai pris ici comme exemple la façon dont ça se passe pour les gens en général. Mais, puisqu’il y a des différences et des particularités en ce qui concerne les canaux, les vents et les essences des individus ou en ce qui concerne les maladies, les influences maléfiques, les causes de mort et leur puissance, il existe différentes séquences de dissolutions. Pour certains, tout se passe en une fois : on ne peut donc pas généraliser », (TNR : le miroir qui rappelle et clarifie le sens général des bardés, Éd. Dharmachakra, 1993, p. 38).
La référence aux « canaux, vents et essences » reflète les croyances de la médecine tibétaine traditionnelle, qui fonctionne encore aujourd’hui. Ce qui est important, c’est la référence aux maladies et influences maléfiques (démons), qui peut changer la donne de l’expérience vécue par le mourant, mais surtout la possibilité d’un changement dans le déroulement standard des deux grandes phases de dissolution. Ainsi, une NDE de vision blanche (apparemment la plus fréquente) pourrait intervenir au cours de la dissolution externe normalement antérieure à cette première phase de la dissolution interne, un peu comme la géobotanique observe des inversions d’étages de végétation en altitude, pour des raisons micro climatique. Cette explication pourrait pallier l’inconvénient logique consistant à poser une recomposition des éléments de la dissolution externe après un retour en arrière au cours de la dissolution interne ; dans cette optique, les NDE proviendraient, au moins en partie, d’une dissolution externe incomplète avec une phase de dissolution interne intercalée.
La possibilité de traitement statistique scientifique d’une importante base de données sur les NDE (Jeffrey Long) ouvre des perspectives intéressantes. Ainsi, on devrait observer une faible fréquence de NDE de vision rouge, voire quelques cas de fréquence rares de NDE de vision noire/indigo. Si d’autres couleurs apparaissent, il y a certainement des explications à trouver sur la base des énonciations de TNR, par exemple.

2) Une NDE « bleue » : Jacqueline P., 2009.
Ainsi, ma mère Jacqueline, victime en 2009 d’une opération inutile qui a mal tourné, et qui était « perdue » selon le chirurgien qui l’a finalement sauvée, m’a relaté une NDE de « mur bleu » qu’elle a franchi sous les yeux de trois personnages immobiles qui n’intervenaient pas : mon père, une amie proche et moi-même.
Très impressionnée une fois sortie d’affaire (coma provoqué de plusieurs semaines), elle a apporté un certain nombre de précisions à mes questions.
2.1. Je l’ai d’abord interrogée sur la nuance de bleu, en prenant soin de ne pas influencer la réponse. Après qu’elle me l’ait fournie, je lui ai montré une image de Sangye Menla, le Bouddha de médecine, qui est bleu profond (« béryl » pour être exact), mais non pas indigo ni bleu ciel pour prendre les deux extrêmes : elle me répondit que c’était ce bleu-là. Or, pendant cet épisode la concernant, j’étais à des milliers de kilomètres dans l’Himalaya et dans l’ignorance de ce qui lui arrivait, mais je récitais à son intention le mantra de ce Bouddha en vue de sa guérison des conséquences d’un AVC antérieur à cette opération insensée pour une vieille dame de 85 ans, qui ne souffrait pas de la cause de ladite opération (calculs biliaires). Il est donc possible que cette « vision bleue » soit due à une intercession de Sangye Menla à ma prière, et qu’il aurait positivement guidé la main du chirurgien : ceci est évidemment très subjectif et je n’en ai aucune certitude. Mais, sur la base des observations de TNR, il y aurait eu alors une influence non pas maléfique, mais bénéfique, à l’origine de cette NDE.
2.2. Ensuite, je l’ai interrogée sur le mur lui-même et son ressenti dans cette expérience de « traversée ». Elle me répondit qu’après avoir éprouvé de l’irritation face à la passivité des trois observateurs lorsqu’elle se trouvait devant ce mur bleu, elle l’a traversé debout, et non couchée ou assise. Et après ? lui demandai-je. Après, rien de spécial, j’étais bien, c’est tout, me répondit-elle.
2.3. Qui dit vision dit interprétation de son contenu, et on entre là dans un domaine de grande subjectivité. À noter sur ce plan que ma mère avait déjà fait connaissance avec Sangye Menla auparavant : lorsqu’elle se remettait des suites de son AVC avant mon départ pour l’Himalaya, je lui avais fourni deux représentations iconographiques à placer sur sa table de chevet : Sangye Menla, et Tara verte, divinité féminine qui protège des peurs et des dangers, qui est un peu l’équivalent de la Vierge Marie pour les bouddhistes du Vajrayana, avec comme conseil de les contempler périodiquement. Il est donc possible que la mémorisation du bleu du « mur » soit intervenue à ce moment, indépendamment des prières à distance. Il n’est pas à exclure que les deux phénomènes aient joué concurremment.

3) Sur la validité des témoignages de NDE en eux-mêmes.
Il convient d'être circonspect. En dehors même de l'hypothèse du mensonge et de l'affabulation, toujours possible (cf. la problématique OVNI), rien ne permet de valider la véracité et la lucidité de ces témoignages, dans la mesure où quasiment personne ne part de zéro connaissance/croyance/information sur la question. S'il y a des préjugés sur la mort, il y en a aussi chez les sujets des NDE, en partie ou en totalité. Un témoignage est toujours fragile, même si la bonne foi est entière.
En dehors même de ce phénomène d'incrémentation interprétative, il faut aussi compter avec le phénomène d'autosuggestion : plus on va développer la réflexion et les discours sur les visions communes à beaucoup de sujets des NDE, plus le sujet sera popularisé, plus elles vont se développer en longue période, et cela fera que les Patrick du futur pourront enfoncer le clou un peu plus...

4) Sur les NDE en tant que « preuves » de ceci ou cela : vues de l’esprit !
S’agissant plus précisément des visions qui tendraient à accréditer l'intervention d'un Dieu unique « baptisé » par précaution « Être de lumière » ou autre, et qui émaneraient de personnes non croyantes, il convient d'appliquer l'aphorisme précédent : nous sommes tellement immergés dans ces croyances depuis des siècles que nous finissons par les prendre au sérieux même si nous n'y adhérons pas formellement.
Même observation pour le Bouddha de médecine, Sangye Menla: je ne déduis pas de mes croyances personnelles qu’il doit exister aux yeux de tout le monde. D’ailleurs, les enseignements ne lui confèrent pas d’existence de façon ultime, comme dans le cas, de façon plus large, des divinités du bouddhisme tantrique, qui sont représentées avec divers attributs que l’on a appris à reconnaître. Ces divinités sont toutes des aspects pédagogiques de l’Éveil et servent de support notamment aux prières de souhaits ; elles peuvent être à ce titre « rencontrées » par les pratiquants dans le premier bardo, s’ils ont un karma positif et ont développé leur méditation, mais surtout dans le deuxième bardo postérieur à la dissolution interne, celui de la « réalité en soi », puissant, terrifiant et bref. Selon le Bardo Thödröl, en effet, cent divinités (42 « paisibles » et 58 « courroucées »), dites « Karling Shithro », peuvent en effet apparaître successivement si l’on parvient à adopter une attitude méditative stable face à un tel déferlement sensoriel et après avoir reçu l’initiation correspondante de son vivant.
Tout ce qui peut apparaître dans une NDE est une projection de l’esprit du mort en puissance, selon les enseignements du Vajrayana. Questionnés-es sur ce qui peut apparaître aux tenants d’autres traditions spirituelles, les lamas tibétains ou occidentaux précisent que ces personnes peuvent « rencontrer » le Christ, Dieu lui-même, divers prophètes juifs, ou le Prophète des musulmans, etc. parce que ce sont des projections de leur esprit dans le contexte qui est le leur ; en tout cas, elles ne risquent pas de rencontrer les cent divinités en question ! On ne doit donc pas être surpris par les récits de NDE qui mentionnent de telles rencontres, mais cela n’est porteur d’aucune preuve de l’existence de Dieu, de Sangye Menla, etc. On peut donc dire : oui, Dieu existe, puisque plein de gens croient en lui, et certains-es affirment même l'avoir rencontré dans une NDE. Et cela vaut pour Sangye Menla aussi… Mais poser que certains récits de NDE tendent à prouver l’existence de Dieu revient à prendre son désir pour une réalité. Cette préoccupation n’est pas un hasard, et le cas du Dr Moody est emblématique : en bon « étatsunien » et certainement en bon chrétien, il a été obsédé depuis le début de ses travaux par le fait de ne pas se mettre à dos les autorités religieuses chrétiennes de son pays, alors que son hypothétique équivalent français « laïc » s’en serait moqué comme d’une guigne…
Ces « vues de l’esprit » qui surviennent dans les NDE n’ont rien de négatif, de ridicule, ni de critiquable, bien au contraire, puisqu’elles favorisent le progrès sur un chemin spirituel pour les « rescapés de la mort », mais elles ne prouvent que deux choses :
a) L’esprit (ou la conscience) peut être totalement séparé du corps, et même le réintégrer dans certains cas, ce qu’en dit Patrick est juste.
b) Cette conscience autonome, surpuissante par rapport à son état normal à l’état vivant, peut créer des réalités virtuelles susceptibles d’interprétation en fonction des acquis religieux ou spirituels, même de façon indirecte pour les non croyants.
Le rêve pendant le sommeil (bardo spécifique lui aussi) est une préfiguration en miniature de cette situation dans les trois bardos liés à la mort et à la transition : on prend pour la réalité ce qui ne l’est pas. La mort est donc un super-rêve, mais, à la différence du rêve ordinaire, il nous est donné de connaître à l’avance ce qui nous attend, à peu de choses près.
Une anecdote significative : il y a une vingtaine d'années, l'Irlande (de culture très catholique) a été traversée par le phénomène des « moving statues » de la Vierge Marie, qu'on trouve en assez grand nombre dans ce pays. À partir de témoignages isolés de quelques personnes ayant vu telle ou telle statue bouger en la regardant attentivement un certain temps, de plus en plus de gens se réunissaient en face de ces statues pour dire ensemble un peu partout : « mais oui, regardez, elle bouge... ». Or point n'est besoin d'être un grand scientifique pour constater que, quand on fixe n'importe quoi longuement, ça finit par bouger ! Et surtout si l’on sait que ça peut se produire au nom de la crédulité religieuse ! Tout cela n'était finalement que de l'hystérie collective, mais les médias ne parlaient que de ça et les cathos les plus convaincus pensaient enfin tenir leur revanche sur le déclin de la foi dans leur pays au moment où l’on commençait à parler des turpitudes de certains membres du clergé catholique irlandais... Cette affaire était en quelque sorte une « NLE » (« near life experience ») collective, et non pas une NDE individuelle.
On ne peut pas exclure à cet égard que le phénomène NDE devienne une hystérie collective, une « NLE » du même genre que les « moving statues » Irlandaises.

5) Sur les allégations de Patrick sur le karma, en référence au bouddhisme et à l'hindouisme :
« Et lorsque l’on approfondit la question on obtient, dans le meilleur des cas, l’image autant archaïque que médiévale d’une vie après la mort soit, mais avec un jugement unilatéralement obsédé par la part de bien ou de mal, du bon ou du mauvais karma, qui conditionne ensuite paradis ou enfer, bonne ou mauvaise réincarnation. C’est la récompense ou la punition niveau école maternelle : si tu es gentil, tu auras un bonbon, si tu es méchant tu iras au coin. Comme si tout le phénomène humain et l’alchimie infiniment complexe de l’incroyable transformation que représente cette existence terrestre n’étaient réductibles qu’à ces deux seuls dénominateurs ».
Depuis quand la croyance en la « loi du karma » induisant une « vie après la mort », mais aussi nécessairement avant la naissance, est-elle médiévale ? Pour être un fan de l'histoire du Moyen-âge, nous n'avons jamais rien rencontré de pareil, d'autant plus que le christianisme omniprésent et obligatoire à cette époque sous peine des pires sévices impliquait de croire en la résurrection après passage au paradis, en enfer, ou au purgatoire à partir d'une certaine date de l'histoire théologique.
C'est un abus de langage de parler de « bon » ou « mauvais » karma, ce dernier induisant une « punition karmique », en cette vie ou dans une vie future, qui n'est pas nécessairement la suivante d'ailleurs. Il vaut mieux parler de « rétribution karmique » dans les deux cas (positif ou négatif), et c'est un mécanisme automatique qui s'inscrit dans le courant de conscience continu dont nous avons déjà parlé ; il est possible de s'affranchir de ce mécanisme, mais c'est long et compliqué. Le caractère automatique de ce mécanisme fait qu'il n'y a PERSONNE pour distribuer bons et mauvais points, sucettes ou coups de martinet : ni Dieu ni Diable. Donc l'image utilisée par Patrick n'est pas justifiée sur le plan de la critique externe de la spiritualité qui pose l'existence du karma, il n'y a personne qui habite à l'adresse indiquée. Archaïque, alors, la croyance dans le karma ? Peut-être, mais c'est alors une qualité, alors que le monothéisme est « moderne » et récent, donc fort suspect de dégénérescence spirituelle de l'être humain parti de très haut, comme nous allons le voir plus loin. « Old is beautiful » !
D’ailleurs, les effets du karma sont observables dans cette vie même : il n’y a pas plus volés que les voleurs, pas plus agressés que les agressifs, pas plus trompés que les menteurs, etc. D’autres effets, provenant d’existences antérieures, sont observables : propension à la chance ou à la malchance, attractivité physique ou non, milieu familial ou pays de naissance plus ou moins favorable à la réussite dans la vie, capacités intellectuelles plus ou moins importantes, dons artistiques (cf. Mozart pour la musique), certaines maladies comme l’autisme… Le vieux débat sur l’inné et l’acquis dans les qualités humaines n’a pas grand sens, car les deux sont le produit du karma. Nier l’existence du karma est nier l’évidence.
Ce qui fonde la spiritualité bouddhique sur un plan plus philosophique que proprement religieux et qui sous-tend le discours sur ce qui se passe après la mort tient en trois axiomes, non démontrables par définition :
- La croyance en une EXISTENCE, et non une VIE, après la mort, donc aussi avant la naissance humaine ou autre (animale notamment), s'appelle « samsara », ou « cycle des existences ».
- Ce « samsara » est le produit du KARMA des êtres sensibles (humains ou non), qui produit une composition généralement matérielle de ces êtres, mais aussi toute la matière terrestre et cosmique, appelée « manifestation » en lieu et place de « création »; cette composition se traduit nécessairement par son IMPERMANENCE, la mort étant évidemment une de ses formes les plus manifestes, mais aussi le vieillissement constant de l'être humain toute sa vie ; il existe aussi des êtres sensibles immatériels, que nous ne pouvons voir ou rencontrer, et qui évoluent dans des mondes de renaissance possibles pour nous (dieux, dieux jaloux ou « asuras », esprits avides ou « pretas », être des enfers brûlants ou glacés); ceci est représenté dans la « Roue de la Vie » (« Sipa Khorlo » de l’iconographie) ; oui, l’enfer existe, ce n’est pas une plaisanterie, et ça n’arrive pas qu’aux autres…
- Ce karma est le produit de l’IGNORANCE fondamentale de la réalité telle qu'elle est : le clivage entre « soi » et le « reste du monde » est illusoire, seul existe l'esprit, dans l'espace (la vacuité) et la lumière, et c'est peut-être cela que les monothéistes appellent Dieu ; mais alors, « Dieu » serait un état, et non une personne qui se manifeste éventuellement dans les NDE, et, dans cette perspective, la mort est une illusion, elle n'existe pas vraiment, sauf pour les autres (entourage, amis, ennemis...).
Cette dernière explication paraît simple, mais elle est difficile à « avaler ». Il semblerait en définitive que ce que les monothéistes appellent Dieu soit une combinaison, ou un amalgame, du karma et de la vacuité, dont l’origine est indéterminée par rapport à un état des lieux spirituels plus évolué. Le plus brillant des philosophes matérialistes du XIXe siècle, Ludwig Feuerbach, inspirateur de Karl Marx, a démontré que la croyance en un Dieu « personne » (et non « état ») est une projection anthropomorphique, un « éjet » lié à l’aliénation de l’être humain dans une société mauvaise : sur ce point, il n’y a aucune contradiction entre la philosophie matérialiste du XIXe siècle et l’optique bouddhique. Cette position n’engage que l’auteur de ces lignes, elle n’est représentative du discours officiel d’aucune autorité bouddhiste, qui n’a pas pour habitude de se référer à Feuerbach ou à Marx.
Lors d'un enseignement récent dans un centre bouddhiste, une participante pose au lama (Tibétain) la question : « Peut-on être bouddhiste sans croire au cycle des existences ? » Traduction, réponse du lama en tibétain, réponse de la traductrice : « oui, c'est possible ». Froncements de sourcils et mouvements divers dans la salle, la plupart des présents (es) étant bouddhistes - ce qui n'était évidemment pas le cas de la femme à l'origine de la question - et ne pouvant pas croire que le lama énonce une telle contre-vérité. Perception de l’impact dubitatif par le lama, propos complémentaires de sa part en tibétain, et rectification de la traductrice : « C'est à dire que oui, on peut être une bonne personne (non bouddhiste) dans ce cas ». Soupir de soulagement généralisé : le lama a répondu diplomatiquement, ne voulant probablement pas paraître sectaire vis-à-vis d'une personne probablement de sensibilité chrétienne et souligner que la bonté source de karma positif et de renaissances positives n'est pas l'exclusivité d'une seule spiritualité.
D'autres participants à des enseignements sur la mort par un lama français ont posé des questions sur les fameux « plans d'existence supérieurs » dont parle Patrick, en référence à Swedenborg. Le lama a répondu que ces plans n'existent pas, à moins qu'il ne s'agisse d'une renaissance dans différents niveaux du monde des dieux dits « sans forme », auquel cas on est toujours dans le samsara, et une renaissance inférieure étant inévitable au bout d'un temps qui peut être très long. Il faut évidemment un karma très positif pour bénéficier d'une telle renaissance, c’est rare, et sans grand intérêt en définitive. Mais ce n’est en aucune manière un schéma usuel.
Cette « obsession » du karma est tout à fait justifiée, mais il ne sert à rien de « flipper » là-dessus. Il suffit d'être conscient des enjeux et d'en tirer les conséquences en matière de gestion des « trois portes » du karma au niveau personnel : le corps surtout, la parole beaucoup, et l'esprit dans une mesure plus faible (parole), et envisager de le faire (esprit), il y a un karma négatif décroissant, avec un fort contraste entre le premier et le troisième, à l'évidence.
Ce sera tout pour cette fois-ci. Un grand merci à Patrick pour son travail intense et son animation bienveillante du forum. Je fais pleinement mien son propos : « le sens que nous donnons à la mort conditionne aussi pour une grande part notre façon de voir la vie, de nous percevoir nous-mêmes, ainsi que ceux qui nous entourent ». Là est sans doute l’essentiel, au-delà des hypothèses et des constructions diverses qui nous amènent à ces affrontements chevaleresques et dépourvus de toute animosité.
Bon karma et bonne renaissance à tous et à toutes !

Jean-Pierre
Patrick
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Re: La vie après la mort

Messagepar Patrick » 08 Fév 2019 15:29

Chers amis,

J'ai le grand plaisir de publier cet étonnant témoignage qui ne pouvait tomber plus à propos ! En effet, il s'y trouve des éléments qui entrent en résonance de façon tout à fait synchronique avec le contenu du nouveau chapitre que je suis en train d'achever pour ce forum. J'aimerais profiter de cette occasion pour souhaiter à cette nouvelle internaute, qui vient également de poster un beau poème dans le sous-forum : « Textes pour accompagner les morts » une grande bienvenue, et la remercier de partager avec nous de si profondes expériences spirituelles.

La mort a pour moi une énorme ressemblance avec les trous noirs dans l'espace.
Ils attirent tout, engloutissent tout et rayonnent une luminosité extraordinaire.
Je ne suis pas entrée dans le "trou", mais dans la lumière oui.
Oui, à divers moments de ma vie j'ai été dans la lumière, mais jamais dans une situation de danger de mort, c'est pourquoi je ne sais pas si mes "expériences" ont à voir en quoi que ce soit avec la mort.
Cette lumière se présente à moi par le biais du rêve, de temps à autre.
Ces moments m'emplissent alors d'un bien-être incomparable qui perdure après le réveil.
Elle éclipse tout, sans pour autant éblouir ou aveugler.
Non, elle est apaisante et bienveillante. Elle est en moi, je suis en elle, et je me sens enfin chez moi, à ma place.
Il y a aussi des silhouettes qui veillent sur moi, me guidant à travers des émotions jamais encore éprouvées.
Il n'y a pas de présentations ni d'explications. Ils me confrontent à un événement qui se déroule devant moi en m'indiquant ma "participation".
Ensuite on me rappelle que mon "retour" est imminent et inéluctable, ce que je regrette fortement.

Ces rencontres lumineuses, qui ont commencé dans ma petite enfance, ont sans aucun doute modelé mon approche du monde et aiguisé ma curiosité de l'inconnue.

Alouette
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